Vers une lente asphyxie de la grotte de la Chambre d’Amour…Episode 4/7

LA LENTE ASPHYXIE DE LA GROTTE

Après la chute de l’Empire, le tourisme côtier va poursuivre son essor. Parallèlement, l’attrait de la grotte va décliner face aux assauts des éléments naturels:

Vers 1815, P-J. Lesauvage, pharmacien aide major à l’hôpital militaire de Bayonne, témoigne dans un ouvrage peu connu de l’état de la grotte (55): « A l’extrémité d’Anglet, sur le bord de la mer, on voit la Chambre d’Amour, laquelle n’est autre qu’une roche qui offre une vaste cavité au niveau de la mer et qui est baignée par les flots dans les grandes marées….» . Ainsi nous apprenons que la grotte n’est plus atteinte que par les grandes marées alors que 9 ans auparavant, elle est quasiment immergée en permanence!

Dans le livre « Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » écrit par le Bayonnais Jean-Baptiste Bailac, l’auteur signale à la page 440 que la grotte de la Chambre d’Amour en 1820 est à demi-comblée …(58)

En 1822, Wilhelm von Ludemann, écrivain allemand mais aussi ethnographe, vient en voyage au pays basque! Quatre ans plus tard, il sort un livre qui s’intitule « Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » , dans lequel il écrit une nouvelle version de la légende, en choisissant des prénoms différents . Point important, il signale que l’événement sur lequel s’appuie la légende remonterait à la fin du 17 ème siècle…comme Etienne de Jouy cinq ans plus tôt. (34 page 54; 4 page 27)

En 1828, la duchesse de Berry, Marie-Caroline de Naples, est en pèlerinage royaliste dans le sud-ouest de la France. Elle fait un arrêt bucolique un soir d’été à la Chambre d’Amour avec sa cour. Pour l’occasion, la lune est de sortie et l’accompagne jusqu’à la mer dans une chevauchée incertaine. A son arrivée, le vicomte Walsh, journaliste et romancier raconte dans « Suite aux lettres vendéennes » (10 p447): « Enfin, on arriva à la Chambre d’Amour…O surprise, ô désappointement! Un tas énorme de sable amoncelé par les vagues avait tellement encombré la grotte, qu’il restait à peine à découvert quelques pouces de la voûte; mais cela n’arrêta pas la princesse; elle voulut voir le peu qu’il existait encore; précédée par des torches que portaient des habitants de ces bords, elle gravît gaiement la montée pénible….Arrivée en haut, elle repris haleine un moment et daigna adresser à ceux qui l’avait suivie quelques questions sur l’état antérieur de la grotte et sur les causes de son état actuel. La princesse, toujours aimable, malgré son désappointement, se replaça sur son cacolet et la caravane se remit en route » J. Thore n’avait pas tort! Les sables, venus du nord, étaient en passe de doubler la pointe de la Chambre d’Amour et par la même occasion, finissaient d’obstruer l’entrée de la grotte qui faisait encore 5 à 6 mètres de haut 20 ans plus tôt! Le phénomène d’ensablement était si marqué qu’il commençait à étouffer la légende. C’était les prémices de son déclin.

Le cadastre Napoléonien, réalisé en Septembre 1831, situe l’emplacement de la grotte. Une précision qui prendra toute son importance 150 ans plus tard…

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La grotte de la Chambre d’Amour signalée en pointillée sur le plan cadastral Napoléonien de 1831

Le 20 Juillet 1834, un obscur littérateur, Prosper de Lagarde, constate à son tour l’ensablement du seuil de la grotte. Il retranscrit son étape dans « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz » (11, p81),  sorti à Paris en 1835: « Après les rochers et les bains de Biarritz, j’avais encore à voir la Chambre ou Grotte d’Amour. C’est une grotte située au bord de la mer, dans un enfoncement de rochers, à quelques distances de ce village. On donne à cette dénomination de grotte d’Amour, l’origine suivante… » C’est alors que l’auteur livre sa version de la légende des amoureux, avant de reprendre un peu plus loin: « Quoiqu’il en soit de l’authenticité de cette histoire, toujours est-il que la Grotte d’Amour, quoique beaucoup moins digne d’attention que Biarritz, figure au nombre des curiosités de l’endroit. Je résolus donc de ne pas partir sans lui avoir payé mon tribut… » Pour la première fois, Biarritz semble voler la vedette à Anglet et à sa grotte. Les centres d’intérêt des touristes seraient-ils en train de changer? L’auteur reprend: « Après avoir laissé sur notre gauche un très beau phare de construction récente, auquel même on travaillait encore, nous arrivâmes à un petit hameau misérable nommé Bourdeille (voir photo cadastre Napoléonien). Là, trois ou quatre petits polissons prenaient leurs ébats. Catherine en appelle un, et lui dit de me conduire à la grotte d’Amour. Me voilà donc avec mon guide chevauchant dans le sable, comme tout à l’heure Glorieux (nom du cacolet), et ; comme lui, y entrant jusqu’aux genoux. Enfin nous arrivons devant un immense rocher, au bas duquel j’aperçois une ouverture d’un pied de hauteur sur trente ou quarante de longueur. Mon guide s’arrête et me montre du doigt cette ouverture:  Eh bien! lui dis-je, en regardant de tous les côtés, où est donc la Grotte d’Amour?_ La voilà! _Comment çà, la voilà, on y entre donc pas, dans cette grotte?_ Si fait, on y entre monsieur. _Mais Comment? _ En se couchant à plat ventre et en y descendant à reculons sur le sable. Oh! une fois que vous y serez, vous pourrez vous y tenir debout, vous y serez fort à votre aise. De temps en temps, on déblaie l’entrée pour la faciliter aux voyageurs; mais la mer y ramène toujours une quantité de sable et, au bout de peu de temps, c’est comme vous voyez. En effet, la mer s’avançait à cent pas de nous, terrible et furieuse; je ne vous mens pas: c’était justement une marée pleine lune, le dimanche 20 juillet; voyez l’almanach… »  L’enfant révèle que l’entrée de la grotte demande un entretien fréquent de désensablement pour en améliorer l’accès au gens de passage, mais en vain. « _Oh monsieur, soyez tranquille. La mer ne vient jamais jusqu’à la grotte: elle reste à plus de cinquante pas, même dans les plus fortes marées comme celle-ci. _ Mais tu viens de me dire que la mer y ramenait toujours des sables qui en bouchent l’entrée? _La mer les amène sur la plage, mais c’est le vent qui les porte jusqu’ici… » C’est alors qu’on réalise que la mer a abandonné la caverne car même les plus hautes marées ne l’atteignent plus.

L’auteur se lance: « Je pris donc mon parti et me décidais à pénétrer dans la grotte…_Allons, monsieur, mettez-vous à plat ventre, tout de votre long, les pieds vers la grotte, et ramper, comme moi, à reculons; et surtout, ne levez pas la tête, car vous la casseriez sur le rocher. Je m’exécutais de bonne grâce, après m’être bien assuré que la plage était déserte, et que personne ne pouvait me voir faire ma génuflexion. Nous descendîmes ainsi d’une douzaine de pieds en nous débattant dans ce sable, après quoi, nous pûmes mettre pied à terre et nous tenir debout….Après avoir erré quelques temps à tâtons dans cette caverne qui m’a paru avoir une forme à peu près circulaire, cinquante à soixante pied de diamètre, sur douze à quinze pieds de hauteur, comme il était avéré que j’avais bien vu la grotte de la Chambre d’Amour, je pensais à la retraite. Nous sortîmes aussi agréablement que nous étions rentrés… » Les dimensions de la grotte relevées par P. de Lagarde sont précieuses. Après conversion, on obtient un diamètre de 16.50 à 19.80 mètres pour une hauteur de 4 à 5 mètres. On a donc le sentiment que le sol s’est élevé au fil du temps!

En 1836, Félix Morel fait le même constat que Prosper de Lagarde dans le guide régional « Bayonne, vues historiques et descriptives » (41, page 417) et rajoute: « La Chambre d’Amour est aujourd’hui dépouillée de son attrait de terreur et de mystère; solitaire et abandonnée, elle n’est plus témoin que des amours 100 fois renouvelés des goélands et des éperviers qui planent et qui s’ébattent incessamment sur cette côte. Tous les vieux souvenirs que recommandaient une chapelle, une roche, un ermitage, ou un tombeau sont éteints ou déflorés et il faut au chroniqueur ou au romancier de longues études pour raviver ces couleurs et donner quelque prix à un récit des temps passés» Il confirme que la grotte est en train de disparaître sous les sables et avec elle, la flamme de sa légende. Il rappelle qu’elle fait l’objet d’un constant désensablement de son entrée pour permettre aux visiteurs de s’y introduire.

En 1842, G. de Lavigne rapporte dans l’ «Artiste en province», journal de la littérature et des beaux arts, que ce lieu de rendez-vous des amoureux existe toujours, que l’entrée de la grotte est à demi comblée, que la voûte est couverte de noms et de dates et qu’elle perd encore de son charme avec l’installation ressente de deux auberges près de la « tombe de Saubade et Laurens… » (43 p 201)

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Des noms, des dates et des codes gravés à plusieurs mètres de haut témoignent encore de ce passé romantique où la voûte était, durant un temps, à portée de main.

En 1843, Victor Hugo entreprend une escapade amoureuse dans les Pyrénées avec Juliette Drouet (23). De passage à Biarritz le 27 Juillet, il est subjugué par ce village blanc aux toits roux et aux volets verts. Il en parle dans des œuvres inédites: «En voyage, Alpes et Pyrénées » (44 page 54). Il décrit la présence de grottes « où l’eau filtre goutte à goutte, et pleure en longue perles depuis la voûte » et « des chambres sur les rivages avoisinant » du dit village, mais sans préciser si la fameuse caverne en fait partie. Manquait-il de temps pour aller lui rendre visite ou bien trouvait-il que la grotte avait tout simplement perdu son statut légendaire?

En 1845, le « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées» , édité par Richard parle d’une grotte de 13 mètres de diamètre.(44 page 594) Or, en 1806, J. Thore relève un diamètre situé entre 21 et 24 mètres. Ainsi, on constate une nouvelle fois que celle-ci s’ensable.

En Juin 1847, le naturalise M. de Quatrefages vient parcourir la baie de Biscaye et commence son étude par la côte angloye. Voici l’analyse qu’il dresse sur la grotte de la Chambre d’Amour dans la Revue des deux mondes: «depuis quelques années, sous le choc répété des vagues, une portion de la falaise s’est écroulée, des sables venus du large ont recouvert ces débris et obstrué l’entrée de la grotte… Aujourd’hui, le voyageur surpris par la marée et enfermé dans la Chambre d’Amour en serait quitte pour être pendant quelques heures en plein air; tout au plus, si la mer était grosse, serait-il forcé de chercher un refuge au sommet du monticule qui recouvre le tombeau des deux amants» (22) L’auteur explique aussi que le sable fin, emportés par le vent, s’accumule contre les falaises.

LE DEUXIÈME SOUFFLE POUR LA GROTTE

Pierre Lafargue révèle qu’en 1850, la municipalité a alloué une somme d’argent pour procéder à l’ouverture de la grotte et à son entretien pendant les dix années suivantes, dans le but d’éviter qu’elle ne disparaisse pour toujours. (13; p18 et 179).

En 1852, »Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » publié par C. Hennebutte, confirme l’intervention de la ville d’Anglet pour sauver la caverne: « La grotte a été longtemps comblée et que l’on s’occupe de la déblayer« .(12)  Ainsi la légende revit, mais pour combien de temps?

En 1853, le Courrier de Bayonne publie plusieurs articles sur la Chambre d’Amour:

Celui de E. Lamégnère, daté du 22 Mai, fait une analyse historique des lieux avec une grotte encore obstruée: « La chambre d’Amour était une grotte de la commune d’Anglet qui a longtemps joui d’une grande renommée dans le pays. On s’y rendait en pèlerinage le dimanche, de Bayonne et de Biarritz, comme d’Avignon on se rend à Vaucluse. Les parois en étaient couvertes intérieurement de noms, de devises et de chiffres amoureux. L’événement fort ancien qui s’y rattache et que raconte cette légende a été également célébré en prose par de Jouy, en vers par quatre poètes, français, espagnol, anglais et allemand Népomucène Lemercier, Iriarte, Southey, ou Bürger… Quant à la grotte, jadis, si célèbre, nul n’en parle plus de nos jours. Tous les pèlerinages élégiaques ont cessé depuis plus de trente ans. Les sables ont comblé l’asile des amours fugitifs; tous ces noms d’heureux inconnus, tous ces chiffres entrelacés, toutes ces devises palpitantes ont disparu sous l’avalanche aréneuse et la Chambre d’Amour n’est plus, pour les populations gasconnes et basques du littoral, qu’un souvenir lointain que le temps oublieux efface chaque jour de son aile.« (12b)

Un autre article, du 16 Octobre, d’Auguste Bouët, raconte une nouvelle légende, celle de Mérilla et Saubad. Il termine ses lignes en rappelant la situation de la grotte: « Bien qu’elle soit aujourd’hui presque entièrement obstruée par les sables, elle n’en attire pas moins encore les visites des curieux voyageurs, et plus d’une fois elle éveilla leur verve et leurs sympathiques souvenirs.« (42)

Pierre Lafargue déclare dans ses recherches en 1853: « Suite à son dégagement, la grotte de la Chambre d’Amour n’avait jamais été plus attrayante« . (13 p18)

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Dessin de Henry Charles Landrin de 1854 montrant l’entrée de la grotte récemment déblayée de ses sables par la municipalité.

En 1854, Napoléon III, probablement dans l’esprit d’un pèlerinage familial, fit construire une grande villa face à la mer au pied du cap St Martin, du côté de Biarritz. Sa femme, Eugénie de Montijo, y passa les quatorze années suivantes, de juillet à octobre, avec sa cour. Cette côte, qu’elle avait découverte dès l’age de 9 ans, lors de ses allez-venues entre Madrid et Paris, l’avait conquise. Une fois devenue impératrice, sa contribution pour le quartier de la Chambre d’Amour fut sans appel: construction d’une chapelle, financement d’une forêt de pins dans la lande littorale, soutien à Notre Dame du Refuge… Bien que nous n’ayons trouvé aucun texte attestant de sa visite à la grotte, il est dit qu’elle était reconnue de tous comme une aventurière romantique et qu’elle avait été séduite par la grotte et sa légende.

En 1855, A. Chaho, écrivain et périodiste basque, rappelle dans son ouvrage « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan » combien la terre gagne sur la mer à la Chambre d’Amour et prend la caverne comme repère pour signaler que le dénouement de la légende aurait été bien différent à son époque! (46)

En 1856, A. Germond de Lavigne signale, dans le guide: « Autour de Biarritz: promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays Basque« , que l’on peut entrer dans la grotte en se courbant mais qu’elle est loin des dimensions qui en ont fait sa réputation. (14, page 67-68)

Le 10 Août 1858, Adolphe Joanne publie ses fameux guides touristiques, dont un numéro sur le sud-ouest de la France: »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées« . Il n’est pas très enchanté par le coin et décrit les lieux tels quels: « La Chambre d’Amour, grotte insignifiante, à demi-fermée par les sables, est située dans une anse profonde, au pied d’une falaise escarpée« (35)

Les bains de mer qui continuent de recevoir l’approbation du corps médical, poursuivent leur développent à Anglet. Après les deux guinguettes implantées près de la grotte, voici quatre baraques de bain en bois en contre bas du chemin de la plage, représentées sur un document des Ponts et Chaussées de 1861.

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La Chambre d’Amour en 1861, avec sa grotte, sa pointe « entière », ses baraques de bains, sa végétation et ses grandes marées (en bleu et rouges)

En 1864, le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs, précise qu’il est difficile de pénétrer dans la grotte remplie de sable.(48, p15)

En 1865, Bismarck, ministre-président de Prusse, vient à Biarritz pour échanger avec Napoléon III sur l’avenir de l’Europe. Il décrit dans ses mémoires quelques unes de ses excursions, que P. de Gorsse recueillit dans une plaquette (23 page 18). La phrase suivante touche notre étude: « A un quart de lieu de Biarritz, il y a une étroite fissure dans les rochers de bord de la mer, gazonnée, buissonneuse, ombragée, invisible à tous les regards…. »  Que pouvait-il bien y faire???

Prochain épisode:  La grotte face a son imparable destin: sa disparition!

L’équipe SoSLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(10) Joseph de Walsh,  » Suite aux lettres vendéennes » Paris 1829.

(11) Prosper de Lagarde, « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz« Paris 1835.

(12) Charles Hennebutte « Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » 1852, Archives Médiathèque de Bayonne.

(12b) Courrier de Bayonne 19, 22 Mai et 16 Octobre 1853, Archive Médiathèque de Bayonne.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(14) Germond de Lavigne,  « Autour de Biarritz : promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays basque« , 1856, Paris.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(23) Pierre de Gorsse: « Biarritz de jadis, plage des rois » 1962.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(35) Adolphe Joanne : »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l’Océan a la Méditerranée » Edition Hachette, 1858.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(41) Félix Morel: »Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(42) Auguste Bouët, le Courrier de Bayonne: « La Chambre d’Amour » Octobre 1853, médiathèque Bayonne.

(43) Germond de Lavigne, l’Artiste, journal de la littérature et de l’art: « L’artiste en Province« , Paris, 1842.

(44) Victor Hugo, En voyage, Alpes et Pyrénées, 1843.

(45) Richard, « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées » 1845.

(46) Auguste Chaho, écrivain et périodiste basque: « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan : itinéraire pittoresque » Deuxième partie, Bayonne, 1855.

(48) Madame Lamagnière, « Le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs« ,  Bayonne, 1864.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(55) P-J. Lesauvage, pharmacien militaire: « Essai topographique et médical sur Bayonne et ses environs » Paris, 1825.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725.

(58) Jean-Baptiste Bailac:« Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » imprimerie Duhart-Fauvet, Bayonne 1828.

 

 

Des premiers relevés scientifiques de la grotte de la Chambre d’Amour à la venue de Napoléon 1er! Episode 3/7

Les premiers relevés scientifiques de la grotte de la Chambre d’Amour:

La médiatisation de la grotte à travers la littérature française va attirer l’attention de plusieurs scientifiques:

Le naturaliste A. de Quatrefages livre dans « La Revue des deux Mondes » de 1847, les notes de son instructeur, le géologue émérite Alexandre Brongniart, venu travailler à Bayonne en 1794: « Le voyage de Bayonne à Biarritz se faisait à cette époque en cacolet avec un guide suivant les sentiers sablonneux ou trotter était impossible et, bien des fois, le touriste et sa cacoletière se reposaient dans les grottes de la Chambre d’Amour » . Il reprend: « la mer était partout très basse; à la marée haute, les flots battaient en tous sens les murailles à pic de la baie et envahissaient parfois une grotte percée dans le fond. Cette grotte, raconte la légende, servait de rendez-vous à deux amants… » (22)

En 1798, c’est Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, également naturaliste et géographe, qui vient à Bayonne pour rendre visite à la fameuse grotte décrite par Arnaud de Baculard. Il raconte dans son recueil qui s’intitule «Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire » son expérience des lieux: «Entre toutes les grottes de ces lieux, la Chambre d’Amour est la plus célèbre. On a soin d’y conduire les voyageurs. Ils y chercheraient en vain les Néréides et les Tritons: ce ne sont pas des divinités marines qui viennent s’y entretenir de leurs flammes, ce sont tout simplement les jeunes filles et les garçons du pays qui s’y donnent des rendez-vous. Cette Chambre est très remarquable par ses dimensions, mais ne serait pas plus remarquable que ses voisines, sans une histoire qu’on a bien soin de vous raconter…» (6, page 54)

En 1804, le jeune pyrénéiste V. de Chausenque fait plusieurs promenades à la Chambre d’Amour et dans la grotte durant ses fonctions d’officier de l’armée. (27, page 8 et 9)

En 1806, Jean Thore,  médecin et botaniste français, s’intéresse de près à la nature géologique des sols du sud-ouest de la France et à ses rapports avec la santé humaine. Il profite de sa venue pour faire une description géologique de la grotte qu’il transcrira dans son livre: « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe » sorti en 1810. (7)  Il écrit: « Rendu au port d’Anglet, situé entre l’embouchure de l’Adour et la Chambre d’Amour, il ne manquera pas, si la basse mer le lui permet, d’aller rendre hommage à cette grotte si renommée, et qui a reçu ce nom, dit une vielle tradition, de la fin fatale de deux amants qui s’y étaient retirés pour se soustraire aux yeux profanes, y rêver tranquillement à leurs amours, mais qui, enivrés de plaisir, ne songèrent pas à se précautionner contre la marée montante» (p284) ….. « A cet événement près, la grotte de la Chambre d’Amour n’a rien de curieux. Sa forme représente un demi cercle grossièrement tracé, de 36 à 40 pas de diamètre, l’ouverture est tournée vers l’ouest et sa plus grande hauteur, à l’entrée est de 5 à 6 mètres. Cette hauteur diminue graduellement jusqu’au fond de la grotte, où la voûte touche le sol; il y filtre continuellement de l’eau, et la surface de la voûte est tapissée d’une espèce de pâte que nous considérons comme de la matière des stalactites, qui n’a pas perdu encore toute son eau. Tout autour, et à toutes les hauteurs, même au niveau du sol, on distingue une foule innombrable de noms de diverses personnes. On en voit, là même ou il est impossible de pénétrer aujourd’hui, ce qui fortifie notre opinion, que le sol s’est exhaussé. Aucune date n’est très ancienne…. » Cette dernière phrase nous indique que les inscriptions doivent provenir du milieu voire de la fin du 18 ème siècle. Est-ce le temps qui aurait effacé les anciennes dates, ou bien est-ce la grotte qui aurait été autrefois inaccessible?

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Carte BRGM de 2006 montrant la frontière géologique entre les sables dunaires (en jaune) et la côte rocheuse (rouge clair).

« La voûte est formée d’un seul bloc de roche calcaire, ou se font remarquer quelques nummulites… La grotte s’encombre peu à peu de sables et la basse mer en permet aujourd’hui l’entrée, pendant les 3/4 de l’année. Voilà pourquoi elle sert de retraite aux pasteurs et aux troupeaux, quand ils sont surpris par le mauvais temps.» (7 p287-292) Au vu des mesures relevées par le géologue sur la grotte, les dimensions sont de 21 à 24 mètres de diamètre et de 5 à 6 mètres de hauteur. Ces dimensions sont proches de celles rapportées par d’Arnaud de Baculard, 22 ans plutôt!

Puis, J. Thore finit par anticiper l’avenir de cette grotte au vu des éléments qu’il relève sur le terrain:  « La Chambre d’Amour, si basse, et presque totalement abandonnée par la mer aujourd’hui formait, il n’y a peut être pas trois siècles, une vaste et haute caverne, toujours baignée des eaux de l’océan, qui ne la visitent aujourd’hui qu’à l’époque des hautes marées, s’en éloigne par conséquent peu à peu, en déposant, dans son intérieur et aux environ, les sables qu’il vomit…La Chambre d’Amour disparaîtra entièrement » (7 p290). Fichtre,  le scientifique avait vu juste! Ses constats sur l’évolution de l’ensablement de la grotte vont se confirmer rapidement car la dérive littorale, venant du nord, va continuer pendant plusieurs décennies à apporter son lot de sable excédentaire et la pointe rocheuse va progressivement devenir une falaise « morte », c’est à dire, une falaise abandonnée par la mer! (voir carte précédente du BRGM)

L’Empire à la Chambre d’Amour:

 A partir du 19 ème siècle, la cour Napoléonienne va être aimantée par le pôle positif de la Chambre d’Amour, grâce à un vent des plus romantiques de notre histoire:

En 1806, Laure Junot, issue par sa mère d’une branche déchue des empereurs byzantins, marque son passage à la grotte en poétisant à son tour la légende dans « Mémoires de la duchesse d’Abrantès» (ouvrage publié en 1835 ). L’allée Paul Prieto correspondant à la piste cyclable qui passe tout près de la grotte portait encore le nom de Laure d’Abrantès, il y a 30 ans…(36)

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Macaron représentant l’entrée de la grotte, lieu de pèlerinage romantique réputé du 19 ème siècle

En 1807, c’est au tour d’Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, belle fille de Napoléon 1er, et future mère de Napoléon III, de venir à Bayonne. Probablement attirée par les récits d’Arnaud de Baculard, elle dira dans ses mémoires publiées plus tard par le prince Napoléon: « Je fus voir Biarritz et la grotte d’Amour » en  cacolet, s’il vous plait! (21)

En 1808, c’est au tour de l’impératrice Joséphine, femme de l’empereur Napoléon 1er, de visiter la grotte et se faire conter la légende devant l’entrée par un vieux paysan (29b, p51 et 29c, p 171). Elle reviendra un mois plus tard avec Bonaparte, qui profitera probablement de l’occasion pour jeter un œil à cette curiosité locale dans un instant de romantisme avec sa douce…Cet endroit lui tenait à cœur, il y reviendra une dernière fois la veille de son départ depuis le château de Marracq(8). C’est dire la beauté du site et sa valeur inestimable à une lieue et demie des portes de Bayonne. Napoléon 1er restera le visiteur le plus illustre que la Chambre d’Amour ait jamais reçu. Son passage répété aura une incidence sur ses descendants, qui en feront un lieu de villégiature qui contribuera à l’explosion du village de pêcheur de Biarritz comme station balnéaire de premier ordre.

En juillet de la même année, le Mercure de France publie la légende, contée par N. Lemercier, proche de Napoléon mais surtout poète et dramaturge français. Son poème, plutôt « mythologique », est une première dans ce style. (8b, page 97)

Mademoiselle d’Avrillon, première femme de chambre de l’impératrice Josephine, raconte dans son mémoire, son émoi devant la grotte lors de sa venue avec la cour (8c, p 384): « Nous visitâmes la Grotte-d’Amour, qui tire son nom d’un malheur arrivé à deux amants…Je passai une journée dans ce lieu enchanteur et je ne crois pas avoir éprouvé dans ma vie des sensations plus vives et plus délicieuses… »

En 1817, peu de temps après la chute de Napoléon 1er, Etienne de Jouy, membre de l’Académie Française, signe la plus belle version des deux amoureux disparus de la grotte, version qui reste encore aujourd’hui la version officielle de la légende. Vous la retrouverez dans  « L’Hermite en province » (9 page 119). A cette occasion, il situe l’accident vers la fin du 17 ème siècle.

Avec l’Empire, le charme de la Chambre d’Amour va gagner toutes les cours européennes. Cet engouement va inciter plusieurs écrivains étrangers à faire le voyage pour découvrir ces lieux et écrire sur sa légende, en prose ou en vers, en anglais ou en espagnol. Elle va accéder ainsi à une renommée internationale!

Prochain épisode: « Vers une lente asphyxie de la grotte de la Chambre d’Amour! »

L’équipe SosLa

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Saubade et Laurens, les vrais héros de cette légende qui perdurent encore aujourd’hui (Dessin extrait du livre d’E. de Jouie)

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725

La grotte de la Chambre d’Amour, à Anglet, est-elle bien celle que l’on croit connaitre? Episode 2/7

II- Des origines du terme « Chambre d’Amour » aux prémices d’une légende!

L’ORIGINE DU TERME « CHAMBRE D’AMOUR »

Les premiers termes retrouvés sur des documents bayonnais pour nommer ce coin d’Anglet datent de 1150, de 1198 (33; 54 page 48), ou encore de 1392 (13). Ils se présentent sous différentes orthographes: Igasc, Ygasc ou Higasc. Il s’agirait d’un terme occitan, d’origine pré-celtique signifiant ravin, falaise, bas fond ou encore basse terre humide. Hector Iglesias, professeur en langue basque, raconte qu’en 1307, l’endroit était aussi appelé « Roque d’Igasc »(18), ce qui signifie clairement pour l’agrégé d’histoire P. Hourmat: « Rochers du littoral ».(37)

Le terme « Chambre d’Amour » fait son entrée beaucoup plus tard, en 1612, avec le récit de Pierre de Lancre, conseiller au parlement de Bordeaux en voyage à Bayonne (2), mais il est fort probable que cette dénomination existait déjà à la fin du 16 ème siècle. En effet, ce magistrat ne fait que reprendre le terme à son avantage pour localiser ce coin de côte lors d’un épisode célèbre de chasse aux sorcières de 1609: « Elles sont là…caquetant et devisant le plus souvent de ce qu’elles ont veu la nuit précédente, et du plaisir qu’elles ont pris au Sabbat, aspreté et hauteur de ces montagnes, l’obscurité de ses antres qui s’y rencontrent, les cavernes, grottes et autres chambres d’amour qui se trouvent le long de cette coste de mer. Mer laquelle de son escume jadis engendra Venus: Venus qui renaist si souvent parmy ces gens maritimes, par la seule veüe du sperme de la baleine qu’ils prennent chaque année, d’où on dict aussi que Vénus a prins sa naissance: ce meslange de grandes filles et de percheurs qu’on voit à la coste d’Anglet en mandille, et tout nuds au dessous, se pesle-meslant dans les ondes, fait que l’Amour les tient à l’attache, les prend par le filet, les convie de pescher dans cette eau trouble, et leur donne autant de désir qu’elles ont de liberté et de commodité, s’étant mouillées partout, de s’aller seicher dans la Chambre d’Amour voisine, que Venus semble avoir planté pour cette seule occasion tout exprès sur le bord de la mer ». Ces notes, bien qu’elles soient sinistres et grotesques, vont probablement éveiller la curiosité de ceux qui seront amenés à les lire ou les entendre. De ce fait relaté, on comprend que la grotte est déjà accessible et se situe tout près d’un petit port de pêche angloy aujourd’hui disparu.

Le 20 Septembre 1611, c’est Antoine II, comte de Gramont, souverain de Bidache, gouverneur de Bayonne et de ses environs, qui conduit le prince de Condé, Henri II de Bourbon, à la Chambre d’Amour pour y faire une « belle collation ». Il  profitera de cette escapade pour lui montrer l’état inquiétant de l’embouchure de l’Adour, récemment détournée à Boucau neuf et qui méritait déjà de grands travaux onéreux (3).

Le 25 Mai 1621, le Maréchal de Bassompierre, de passage à Bayonne, profite de l’occasion pour aller voir, après dîner, la grotte d’amour et pêcher.(25, page 25)

En 1673, après avoir visité la plage de Biarritz, les échevins conduiront le comte de Molina à la grotte appelée « Chambre d’Amour ». (26, page 248)

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 La « Chambre d’Amour » est nommée pour la première fois sur cette carte pré-Belin réalisée entre 1680 et 1700 (17). Elle est située entre la Barre de l’Adour et le Cap Jette Chien qui deviendra plus tard la pointe de la Chambre d’Amour.   

Le 04 Janvier 1701, le jeune roi d’Espagne, Philippe V, se fait conduire en balade à cheval à la grotte, avec son frère et sa suite. (24 page 366) Voici la petite description qu’il en fait: «C’est une espèce de gouffre sous les rochers creusés par les flots». (32; page 6)

En 1706, la reine douairière d’Espagne, vient pour un long exil à Bayonne. Dès le mois de novembre, elle commence ses excursions pour découvrir les alentours et se rend à la Chambre d’Amour avec son cortège de cinq carrosses. Le site, suffisamment sauvage, inquiète la « Camarera mayor » qui demande à la reine de retourner à Bayonne sans voir la grotte…(29) Mais cette dernière, d’après Edouard Ducéré, revint souvent sur ces lieux. Ce nouvel épisode démontre le caractère attractif que suscitait déjà la caverne en ces temps anciens, notamment avec la noblesse de passage. Mais pour l’instant aucun écho de légende…

En 1728, Joseph Simonin, célèbre ingénieur hydrographe de Bayonne travaillant pour la marine royale, note pour la première fois sur une carte l’emplacement exacte de la grotte!

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La grotte de Chambre d ‘Amour, signalée par la flèche orange, est balayée par l’océan à marée haute.  (Carte de l’estuaire de l’Adour, J Simonie, 1728)

Et puis plus rien! Plus une seule ligne parlant de la grotte et ce, pendant près de 56 ans. Mais que s’est-il passé?

Sur la carte de J. Simonin, on peut voir que l’embouchure de l’Adour avait atteint un cap extrême vers le sud la plaçant à moins de 2.7 km de la grotte.(57) Il semblerait que les travaux pharaoniques pour ramener l’embouchure à son exutoire initial se soient multipliés à partir de 1694 et tout au long du siècle suivant. La dépense de sommes d’argent colossales pour contribuer au retour du fleuve ont attiré toute l’attention des personnalités de passage. Depuis les quais de la ville de Bayonne, ces derniers se déplaçaient sur le fleuve à l’aide d’une embarcation spéciale jusqu’à la Barre de l’Adour, pour apprécier l’avancée des travaux et le spectacle des navires franchissant les passes. En général, une fois sur place, un grand repas était servi sur la plage dans un pavillon en bois monté pour l’occasion, suivi d’une belle fête! (3) La grotte s’était-elle fait prendre la vedette par la terrifiante Barre de l’Adour, où bien aurait-elle simplement disparu du paysage?

LES PRÉMICES D’UNE LÉGENDE

Au 18 ème siècle, les bains de mer sur la côte basque se développent grâce à l’attrait des bayonnais pour la thalassothérapie. Cette mode, encouragée par les médecins dès 1750, aurait des effets bénéfiques pour la santé.(52) La Chambre d’Amour, plage la plus proche de Bayonne, devient la plage de référence face à un Biarritz qui n’est encore qu’un petit port de pêche, d’accès difficile et qui périclite suite à la disparition de la chasse à la baleine (4, page 9). René Cuzacq, célèbre historien local, rappelle dans une de ses publications que « de nombreux récits de ce siècle montrent la venue d’innombrables jeunes baigneurs et baigneuses se plongeant en foule dans les flots de la Chambre d’Amour» (21). De ce fait, la prévalence des accidents par noyades augmente avec cette nouvelle coutume. D’après M. Goyhenetche, en 1772, 8 personnes y périrent malgré la distribution d’un fascicule de premiers secours aux habitants l’année précédente.(30) Dans ce contexte, il est facilement imaginable que la tragédie d’un jeune couple imprudent qui se noie devant où dans la grotte de la Chambre d’Amour, balayée par des fortes houles, comme le précise J. Thore en 1806, ait pu se réaliser. Rappelez-vous, plus proche de nous, le cas de ce drame survenu au cap St Martin durant l’hiver 2014. Un couple de trentenaires, s’étant trop approché de la falaise durant une tempête, se fit emporter par une vague massive devant l’entrée de la grotte du phare…  Ainsi, il n’est pas difficile d’imaginer qu’une légende s’appuyant sur un incident similaire et défrayant la chronique locale, ait émergé du quartier. (6, page 54) D’ailleurs, deux auteurs du début du 19 ème, qui feront des recherches sur cet événement tragique, situeront l’accident vers la fin du 17 ème siècle.(9 et 34)

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Saubade et Laurens en plein échange romantique dans un coin de la caverne de la Chambre d’Amour.

C’est en 1784 que la légende de la grotte fait officiellement son entrée dans l’histoire du pays et devient rapidement un fait littéraire par la plume de François d’Arnaud de Baculard, écrivain sentimental, rival de Voltaire et pourtant illustre inconnu de nos jours! Son oeuvre intitulée: « Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » (5) va directement placer la grotte de la Chambre d’Amour aux premières places du hit-parade des lieux les plus romantiques de France! Ce témoignage exalté, qui attirera la noblesse de passage, livre de précieux détails sur l’aspect physique de cet antre, sur ses fréquentations et son environnement : « Sous le rivage, et presque sous les murs de Bayonne, sont amoncelés un nombre de rochers dont la plupart sont inaccessibles. Au pied de ces rochers, l’assaut répété des vagues et les coups du temps qui frappent et qui minent en silence, ont creusé des cavités très spacieuses, où, lorsque les heures de la marée le permettent vont s’amuser les diverses sociétés de la ville; on y sert d’agréables collations, on y donne des concerts; une de ces espèces de grotte l’emporte sur les autres, pour la situation et les commodités qu’on y trouve: elle a environ dix toises de long, sur trois de haut et huit de large: de ce lieu se dégage le spectacle si imposant et varié de la mer, l’entrée et la sortie des vaisseaux……. Cette retraite, qu’embellit son air sauvage, semble avoir été formée exprès par la nature pour servir d’asile au sage qui médite et à l’amant qui cherche à se remplir de sa passion: il n’appartient en effet qu’a ces deux individus de goutter le charme de la solitude: c’est pour eux que la nuit étend ses voiles épais, que la lune fait vaciller à travers les arbres ou sur les eaux sa lumière mobile et argentée; oui, c’est pour le philosophe et le cœur sensible que les flots mugissent, et vont se briser contre la rive; l’un et l’autre préféreront à un palais la caverne que nous venons de décrire…. » . D’après les détails erronés de la première phrase du texte, le professeur de littérature Emile V. Telle déduit que l’existence du lieu fut certainement colportée aux oreilles d’Arnaud de Baculard à Paris.(4) Mais qu’importe, cette première description est déjà un témoignage sur l’aspect de la caverne. Ses dimensions, après conversion, sont de 19.49 mètres de long x 5.85 mètres de haut et 15.60 mètres de large. D’autres détails intéressants sont cités ce qui nous invite à imaginer l’ambiance des environs. Puis l’auteur nous plonge dans la première version des amoureux de la grotte qui se noient où les protagonistes se nomment Angélique et Henry! Il y précise aussi que le drame est antérieur à 1784 et fixe ainsi la première pierre à l’édifice romantique local. Ensuite, ce sont les nombreuses visites de touristes, animées par la curiosité de cette histoire qui contribueront à la notoriété du lieu et au développement sans fin de nouvelles versions. A suivre…
Prochain épisode: « Des premières visites scientifiques à la venue de Napoléon 1er »

L’équipe SosLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725