Des premiers relevés scientifiques de la grotte de la Chambre d’Amour à la venue de Napoléon 1er! Episode 3/7

Les premiers relevés scientifiques de la grotte de la Chambre d’Amour:

La médiatisation de la grotte à travers la littérature française va attirer l’attention de plusieurs scientifiques:

Le naturaliste A. de Quatrefages livre dans « La Revue des deux Mondes » de 1847, les notes de son instructeur, le géologue émérite Alexandre Brongniart, venu travailler à Bayonne en 1794: « Le voyage de Bayonne à Biarritz se faisait à cette époque en cacolet avec un guide suivant les sentiers sablonneux ou trotter était impossible et, bien des fois, le touriste et sa cacoletière se reposaient dans les grottes de la Chambre d’Amour » . Il reprend: « la mer était partout très basse; à la marée haute, les flots battaient en tous sens les murailles à pic de la baie et envahissaient parfois une grotte percée dans le fond. Cette grotte, raconte la légende, servait de rendez-vous à deux amants… » (22)

En 1798, c’est Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, également naturaliste et géographe, qui vient à Bayonne pour rendre visite à la fameuse grotte décrite par Arnaud de Baculard. Il raconte dans son recueil qui s’intitule «Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire » son expérience des lieux: «Entre toutes les grottes de ces lieux, la Chambre d’Amour est la plus célèbre. On a soin d’y conduire les voyageurs. Ils y chercheraient en vain les Néréides et les Tritons: ce ne sont pas des divinités marines qui viennent s’y entretenir de leurs flammes, ce sont tout simplement les jeunes filles et les garçons du pays qui s’y donnent des rendez-vous. Cette Chambre est très remarquable par ses dimensions, mais ne serait pas plus remarquable que ses voisines, sans une histoire qu’on a bien soin de vous raconter…» (6, page 54)

En 1804, le jeune pyrénéiste V. de Chausenque fait plusieurs promenades à la Chambre d’Amour et dans la grotte durant ses fonctions d’officier de l’armée. (27, page 8 et 9)

En 1806, Jean Thore,  médecin et botaniste français, s’intéresse de près à la nature géologique des sols du sud-ouest de la France et à ses rapports avec la santé humaine. Il profite de sa venue pour faire une description géologique de la grotte qu’il transcrira dans son livre: « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe » sorti en 1810. (7)  Il écrit: « Rendu au port d’Anglet, situé entre l’embouchure de l’Adour et la Chambre d’Amour, il ne manquera pas, si la basse mer le lui permet, d’aller rendre hommage à cette grotte si renommée, et qui a reçu ce nom, dit une vielle tradition, de la fin fatale de deux amants qui s’y étaient retirés pour se soustraire aux yeux profanes, y rêver tranquillement à leurs amours, mais qui, enivrés de plaisir, ne songèrent pas à se précautionner contre la marée montante» (p284) ….. « A cet événement près, la grotte de la Chambre d’Amour n’a rien de curieux. Sa forme représente un demi cercle grossièrement tracé, de 36 à 40 pas de diamètre, l’ouverture est tournée vers l’ouest et sa plus grande hauteur, à l’entrée est de 5 à 6 mètres. Cette hauteur diminue graduellement jusqu’au fond de la grotte, où la voûte touche le sol; il y filtre continuellement de l’eau, et la surface de la voûte est tapissée d’une espèce de pâte que nous considérons comme de la matière des stalactites, qui n’a pas perdu encore toute son eau. Tout autour, et à toutes les hauteurs, même au niveau du sol, on distingue une foule innombrable de noms de diverses personnes. On en voit, là même ou il est impossible de pénétrer aujourd’hui, ce qui fortifie notre opinion, que le sol s’est exhaussé. Aucune date n’est très ancienne…. » Cette dernière phrase nous indique que les inscriptions doivent provenir du milieu voire de la fin du 18 ème siècle. Est-ce le temps qui aurait effacé les anciennes dates, ou bien est-ce la grotte qui aurait été autrefois inaccessible?

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Carte BRGM de 2006 montrant la frontière géologique entre les sables dunaires (en jaune) et la côte rocheuse (rouge clair).

« La voûte est formée d’un seul bloc de roche calcaire, ou se font remarquer quelques nummulites… La grotte s’encombre peu à peu de sables et la basse mer en permet aujourd’hui l’entrée, pendant les 3/4 de l’année. Voilà pourquoi elle sert de retraite aux pasteurs et aux troupeaux, quand ils sont surpris par le mauvais temps.» (7 p287-292) Au vu des mesures relevées par le géologue sur la grotte, les dimensions sont de 21 à 24 mètres de diamètre et de 5 à 6 mètres de hauteur. Ces dimensions sont proches de celles rapportées par d’Arnaud de Baculard, 22 ans plutôt!

Puis, J. Thore finit par anticiper l’avenir de cette grotte au vu des éléments qu’il relève sur le terrain:  « La Chambre d’Amour, si basse, et presque totalement abandonnée par la mer aujourd’hui formait, il n’y a peut être pas trois siècles, une vaste et haute caverne, toujours baignée des eaux de l’océan, qui ne la visitent aujourd’hui qu’à l’époque des hautes marées, s’en éloigne par conséquent peu à peu, en déposant, dans son intérieur et aux environ, les sables qu’il vomit…La Chambre d’Amour disparaîtra entièrement » (7 p290). Fichtre,  le scientifique avait vu juste! Ses constats sur l’évolution de l’ensablement de la grotte vont se confirmer rapidement car la dérive littorale, venant du nord, va continuer pendant plusieurs décennies à apporter son lot de sable excédentaire et la pointe rocheuse va progressivement devenir une falaise « morte », c’est à dire, une falaise abandonnée par la mer! (voir carte précédente du BRGM)

L’Empire à la Chambre d’Amour:

 A partir du 19 ème siècle, la cour Napoléonienne va être aimantée par le pôle positif de la Chambre d’Amour, grâce à un vent des plus romantiques de notre histoire:

En 1806, Laure Junot, issue par sa mère d’une branche déchue des empereurs byzantins, marque son passage à la grotte en poétisant à son tour la légende dans « Mémoires de la duchesse d’Abrantès» (ouvrage publié en 1835 ). L’allée Paul Prieto correspondant à la piste cyclable qui passe tout près de la grotte portait encore le nom de Laure d’Abrantès, il y a 30 ans…(36)

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Macaron représentant l’entrée de la grotte, lieu de pèlerinage romantique réputé du 19 ème siècle

En 1807, c’est au tour d’Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, belle fille de Napoléon 1er, et future mère de Napoléon III, de venir à Bayonne. Probablement attirée par les récits d’Arnaud de Baculard, elle dira dans ses mémoires publiées plus tard par le prince Napoléon: « Je fus voir Biarritz et la grotte d’Amour » en  cacolet, s’il vous plait! (21)

En 1808, c’est au tour de l’impératrice Joséphine, femme de l’empereur Napoléon 1er, de visiter la grotte et se faire conter la légende devant l’entrée par un vieux paysan (29b, p51 et 29c, p 171). Elle reviendra un mois plus tard avec Bonaparte, qui profitera probablement de l’occasion pour jeter un œil à cette curiosité locale dans un instant de romantisme avec sa douce…Cet endroit lui tenait à cœur, il y reviendra une dernière fois la veille de son départ depuis le château de Marracq(8). C’est dire la beauté du site et sa valeur inestimable à une lieue et demie des portes de Bayonne. Napoléon 1er restera le visiteur le plus illustre que la Chambre d’Amour ait jamais reçu. Son passage répété aura une incidence sur ses descendants, qui en feront un lieu de villégiature qui contribuera à l’explosion du village de pêcheur de Biarritz comme station balnéaire de premier ordre.

En juillet de la même année, le Mercure de France publie la légende, contée par N. Lemercier, proche de Napoléon mais surtout poète et dramaturge français. Son poème, plutôt « mythologique », est une première dans ce style. (8b, page 97)

Mademoiselle d’Avrillon, première femme de chambre de l’impératrice Josephine, raconte dans son mémoire, son émoi devant la grotte lors de sa venue avec la cour (8c, p 384): « Nous visitâmes la Grotte-d’Amour, qui tire son nom d’un malheur arrivé à deux amants…Je passai une journée dans ce lieu enchanteur et je ne crois pas avoir éprouvé dans ma vie des sensations plus vives et plus délicieuses… »

En 1817, peu de temps après la chute de Napoléon 1er, Etienne de Jouy, membre de l’Académie Française, signe la plus belle version des deux amoureux disparus de la grotte, version qui reste encore aujourd’hui la version officielle de la légende. Vous la retrouverez dans  « L’Hermite en province » (9 page 119). A cette occasion, il situe l’accident vers la fin du 17 ème siècle.

Avec l’Empire, le charme de la Chambre d’Amour va gagner toutes les cours européennes. Cet engouement va inciter plusieurs écrivains étrangers à faire le voyage pour découvrir ces lieux et écrire sur sa légende, en prose ou en vers, en anglais ou en espagnol. Elle va accéder ainsi à une renommée internationale!

Prochain épisode: « Vers une lente asphyxie de la grotte de la Chambre d’Amour! »

L’équipe SosLa

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Saubade et Laurens, les vrais héros de cette légende qui perdurent encore aujourd’hui (Dessin extrait du livre d’E. de Jouie)

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725

La grotte de la Chambre d’Amour, à Anglet, est-elle bien celle que l’on croit connaitre? Episode 2/7

II- Des origines du terme « Chambre d’Amour » aux prémices d’une légende!

L’ORIGINE DU TERME « CHAMBRE D’AMOUR »

Les premiers termes retrouvés sur des documents bayonnais pour nommer ce coin d’Anglet datent de 1150, de 1198 (33; 54 page 48), ou encore de 1392 (13). Ils se présentent sous différentes orthographes: Igasc, Ygasc ou Higasc. Il s’agirait d’un terme occitan, d’origine pré-celtique signifiant ravin, falaise, bas fond ou encore basse terre humide. Hector Iglesias, professeur en langue basque, raconte qu’en 1307, l’endroit était aussi appelé « Roque d’Igasc »(18), ce qui signifie clairement pour l’agrégé d’histoire P. Hourmat: « Rochers du littoral ».(37)

Le terme « Chambre d’Amour » fait son entrée beaucoup plus tard, en 1612, avec le récit de Pierre de Lancre, conseiller au parlement de Bordeaux en voyage à Bayonne (2), mais il est fort probable que cette dénomination existait déjà à la fin du 16 ème siècle. En effet, ce magistrat ne fait que reprendre le terme à son avantage pour localiser ce coin de côte lors d’un épisode célèbre de chasse aux sorcières de 1609: « Elles sont là…caquetant et devisant le plus souvent de ce qu’elles ont veu la nuit précédente, et du plaisir qu’elles ont pris au Sabbat, aspreté et hauteur de ces montagnes, l’obscurité de ses antres qui s’y rencontrent, les cavernes, grottes et autres chambres d’amour qui se trouvent le long de cette coste de mer. Mer laquelle de son escume jadis engendra Venus: Venus qui renaist si souvent parmy ces gens maritimes, par la seule veüe du sperme de la baleine qu’ils prennent chaque année, d’où on dict aussi que Vénus a prins sa naissance: ce meslange de grandes filles et de percheurs qu’on voit à la coste d’Anglet en mandille, et tout nuds au dessous, se pesle-meslant dans les ondes, fait que l’Amour les tient à l’attache, les prend par le filet, les convie de pescher dans cette eau trouble, et leur donne autant de désir qu’elles ont de liberté et de commodité, s’étant mouillées partout, de s’aller seicher dans la Chambre d’Amour voisine, que Venus semble avoir planté pour cette seule occasion tout exprès sur le bord de la mer ». Ces notes, bien qu’elles soient sinistres et grotesques, vont probablement éveiller la curiosité de ceux qui seront amenés à les lire ou les entendre. De ce fait relaté, on comprend que la grotte est déjà accessible et se situe tout près d’un petit port de pêche angloy aujourd’hui disparu.

Le 20 Septembre 1611, c’est Antoine II, comte de Gramont, souverain de Bidache, gouverneur de Bayonne et de ses environs, qui conduit le prince de Condé, Henri II de Bourbon, à la Chambre d’Amour pour y faire une « belle collation ». Il  profitera de cette escapade pour lui montrer l’état inquiétant de l’embouchure de l’Adour, récemment détournée à Boucau neuf et qui méritait déjà de grands travaux onéreux (3).

Le 25 Mai 1621, le Maréchal de Bassompierre, de passage à Bayonne, profite de l’occasion pour aller voir, après dîner, la grotte d’amour et pêcher.(25, page 25)

En 1673, après avoir visité la plage de Biarritz, les échevins conduiront le comte de Molina à la grotte appelée « Chambre d’Amour ». (26, page 248)

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 La « Chambre d’Amour » est nommée pour la première fois sur cette carte pré-Belin réalisée entre 1680 et 1700 (17). Elle est située entre la Barre de l’Adour et le Cap Jette Chien qui deviendra plus tard la pointe de la Chambre d’Amour.   

Le 04 Janvier 1701, le jeune roi d’Espagne, Philippe V, se fait conduire en balade à cheval à la grotte, avec son frère et sa suite. (24 page 366) Voici la petite description qu’il en fait: «C’est une espèce de gouffre sous les rochers creusés par les flots». (32; page 6)

En 1706, la reine douairière d’Espagne, vient pour un long exil à Bayonne. Dès le mois de novembre, elle commence ses excursions pour découvrir les alentours et se rend à la Chambre d’Amour avec son cortège de cinq carrosses. Le site, suffisamment sauvage, inquiète la « Camarera mayor » qui demande à la reine de retourner à Bayonne sans voir la grotte…(29) Mais cette dernière, d’après Edouard Ducéré, revint souvent sur ces lieux. Ce nouvel épisode démontre le caractère attractif que suscitait déjà la caverne en ces temps anciens, notamment avec la noblesse de passage. Mais pour l’instant aucun écho de légende…

En 1728, Joseph Simonin, célèbre ingénieur hydrographe de Bayonne travaillant pour la marine royale, note pour la première fois sur une carte l’emplacement exacte de la grotte!

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La grotte de Chambre d ‘Amour, signalée par la flèche orange, est balayée par l’océan à marée haute.  (Carte de l’estuaire de l’Adour, J Simonie, 1728)

Et puis plus rien! Plus une seule ligne parlant de la grotte et ce, pendant près de 56 ans. Mais que s’est-il passé?

Sur la carte de J. Simonin, on peut voir que l’embouchure de l’Adour avait atteint un cap extrême vers le sud la plaçant à moins de 2.7 km de la grotte.(57) Il semblerait que les travaux pharaoniques pour ramener l’embouchure à son exutoire initial se soient multipliés à partir de 1694 et tout au long du siècle suivant. La dépense de sommes d’argent colossales pour contribuer au retour du fleuve ont attiré toute l’attention des personnalités de passage. Depuis les quais de la ville de Bayonne, ces derniers se déplaçaient sur le fleuve à l’aide d’une embarcation spéciale jusqu’à la Barre de l’Adour, pour apprécier l’avancée des travaux et le spectacle des navires franchissant les passes. En général, une fois sur place, un grand repas était servi sur la plage dans un pavillon en bois monté pour l’occasion, suivi d’une belle fête! (3) La grotte s’était-elle fait prendre la vedette par la terrifiante Barre de l’Adour, où bien aurait-elle simplement disparu du paysage?

LES PRÉMICES D’UNE LÉGENDE

Au 18 ème siècle, les bains de mer sur la côte basque se développent grâce à l’attrait des bayonnais pour la thalassothérapie. Cette mode, encouragée par les médecins dès 1750, aurait des effets bénéfiques pour la santé.(52) La Chambre d’Amour, plage la plus proche de Bayonne, devient la plage de référence face à un Biarritz qui n’est encore qu’un petit port de pêche, d’accès difficile et qui périclite suite à la disparition de la chasse à la baleine (4, page 9). René Cuzacq, célèbre historien local, rappelle dans une de ses publications que « de nombreux récits de ce siècle montrent la venue d’innombrables jeunes baigneurs et baigneuses se plongeant en foule dans les flots de la Chambre d’Amour» (21). De ce fait, la prévalence des accidents par noyades augmente avec cette nouvelle coutume. D’après M. Goyhenetche, en 1772, 8 personnes y périrent malgré la distribution d’un fascicule de premiers secours aux habitants l’année précédente.(30) Dans ce contexte, il est facilement imaginable que la tragédie d’un jeune couple imprudent qui se noie devant où dans la grotte de la Chambre d’Amour, balayée par des fortes houles, comme le précise J. Thore en 1806, ait pu se réaliser. Rappelez-vous, plus proche de nous, le cas de ce drame survenu au cap St Martin durant l’hiver 2014. Un couple de trentenaires, s’étant trop approché de la falaise durant une tempête, se fit emporter par une vague massive devant l’entrée de la grotte du phare…  Ainsi, il n’est pas difficile d’imaginer qu’une légende s’appuyant sur un incident similaire et défrayant la chronique locale, ait émergé du quartier. (6, page 54) D’ailleurs, deux auteurs du début du 19 ème, qui feront des recherches sur cet événement tragique, situeront l’accident vers la fin du 17 ème siècle.(9 et 34)

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Saubade et Laurens en plein échange romantique dans un coin de la caverne de la Chambre d’Amour.

C’est en 1784 que la légende de la grotte fait officiellement son entrée dans l’histoire du pays et devient rapidement un fait littéraire par la plume de François d’Arnaud de Baculard, écrivain sentimental, rival de Voltaire et pourtant illustre inconnu de nos jours! Son oeuvre intitulée: « Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » (5) va directement placer la grotte de la Chambre d’Amour aux premières places du hit-parade des lieux les plus romantiques de France! Ce témoignage exalté, qui attirera la noblesse de passage, livre de précieux détails sur l’aspect physique de cet antre, sur ses fréquentations et son environnement : « Sous le rivage, et presque sous les murs de Bayonne, sont amoncelés un nombre de rochers dont la plupart sont inaccessibles. Au pied de ces rochers, l’assaut répété des vagues et les coups du temps qui frappent et qui minent en silence, ont creusé des cavités très spacieuses, où, lorsque les heures de la marée le permettent vont s’amuser les diverses sociétés de la ville; on y sert d’agréables collations, on y donne des concerts; une de ces espèces de grotte l’emporte sur les autres, pour la situation et les commodités qu’on y trouve: elle a environ dix toises de long, sur trois de haut et huit de large: de ce lieu se dégage le spectacle si imposant et varié de la mer, l’entrée et la sortie des vaisseaux……. Cette retraite, qu’embellit son air sauvage, semble avoir été formée exprès par la nature pour servir d’asile au sage qui médite et à l’amant qui cherche à se remplir de sa passion: il n’appartient en effet qu’a ces deux individus de goutter le charme de la solitude: c’est pour eux que la nuit étend ses voiles épais, que la lune fait vaciller à travers les arbres ou sur les eaux sa lumière mobile et argentée; oui, c’est pour le philosophe et le cœur sensible que les flots mugissent, et vont se briser contre la rive; l’un et l’autre préféreront à un palais la caverne que nous venons de décrire…. » . D’après les détails erronés de la première phrase du texte, le professeur de littérature Emile V. Telle déduit que l’existence du lieu fut certainement colportée aux oreilles d’Arnaud de Baculard à Paris.(4) Mais qu’importe, cette première description est déjà un témoignage sur l’aspect de la caverne. Ses dimensions, après conversion, sont de 19.49 mètres de long x 5.85 mètres de haut et 15.60 mètres de large. D’autres détails intéressants sont cités ce qui nous invite à imaginer l’ambiance des environs. Puis l’auteur nous plonge dans la première version des amoureux de la grotte qui se noient où les protagonistes se nomment Angélique et Henry! Il y précise aussi que le drame est antérieur à 1784 et fixe ainsi la première pierre à l’édifice romantique local. Ensuite, ce sont les nombreuses visites de touristes, animées par la curiosité de cette histoire qui contribueront à la notoriété du lieu et au développement sans fin de nouvelles versions. A suivre…
Prochain épisode: « Des premières visites scientifiques à la venue de Napoléon 1er »

L’équipe SosLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725

La grotte de la Chambre d’Amour, à Anglet, est-elle bien celle que l’on croit connaitre?

« En ces lieux jadis déserts existait, il y a longtemps, une grotte face à la mer où se rencontraient souvent deux amants. Un soir, surpris par la marée, ils périrent tous deux noyés, laissant à ces lieux pour toujours, le doux nom de Chambre d’Amour. »

Qui n’a pas entendu parler de la légende des amoureux de la grotte de la Chambre d’Amour, emportés par les flots? Ce poème, si romantique, appelait le visiteur sensible a un pèlerinage sur les plages d’Anglet, près des falaises exactement, à la recherche de volupté et de nostalgie. Cette grotte, à cheval entre la côte sableuse et la côte rocheuse, est nichée contre le flanc nord du promontoire du même nom, à 100 mètres du rivage. Le voyageur peut aujourd’hui s’y recueillir grâce à un belvédère qui en domine l’entrée. Mais ce drame local se présente comme une histoire dénuée de sens car l’emplacement de la cavité, loin du rivage, laisse perplexe sur la vraisemblance d’une telle tragédie

Pourtant, cette cavité singulière a donné son nom à un petit coin de paradis attirant, au fil des siècles, des écrivains de toutes plumes. Afin de faire toute la lumière sur la grotte, nous allons l’étudier sous un autre angle, un angle plus scientifique pour connaitre ses origines, comprendre son évolution et, finalement, aboutir à une belle surprise que personne ne soupçonnait!

Vous trouverez, dans les paragraphes qui suivent, les extraits de témoignages et les preuves les plus pertinentes pour l’élaboration de cette étude. Si vous souhaitez approfondir le volet « parnassien » de la grotte, car celle-ci possède une véritable chronique littéraire, vous apprécierez les textes originaux en vous reportant à la bibliographie à la fin du dernier chapitre.

I- LA GENÈSE DE LA GROTTE 1/7

Pour savoir d’où vient notre grotte, il est nécessaire de remonter loin dans le temps . Il y a environ 40 millions d’années, les continents sont à la dérive. Il se crée dans le sud-ouest de l’Europe une collision entre la plaque ibérique et la plaque eurasienne qui donne naissance à la chaîne des Pyrénées. Durant cette période, des couches rocheuses d’origine diverses remontent des profondeurs de la terre pour former le piémont Pyrénéen. Le plateau Saint Martin, allant des falaises de la Chambre d’Amour jusqu’à celles de Bernain à Biarritz, est un segment de cet événement géologique. Il est composé, ici, de strates de marne, de grès calcaire et de marne gréseuse de type Stampien affleurant dans le paysage littoral.(1)

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Carte du BRGM: près de la côte, le marron foncé représente les falaises d’origine Stampien, en jaune, les sables littoraux et en orange, les sables des dunes. La Chambre d’Amour est à cheval entre la côte sableuse et la côte rocheuse.

Durant cette période de genèse, des bulles de sel ou de gypse vont remonter à travers cette formation rocheuse par perforation de strates intermédiaires pour atteindre la surface. Dans leur ascension, ces bulles vont finir par être stoppées par des couches de calcaire trop imperméables. Ce phénomène va favoriser la formation d’amas localisés dans le plateau St Martin. La dissolution de ces amas notamment par des eaux de source ou des eaux d’infiltration est à l’origine de l’apparition de petites dolines visibles aujourd’hui autour du golf du phare. C’est suite à cette manifestation que des ingénieurs du BRGM attribuent, en 1991, l’origine de la grotte de la Chambre d’Amour située à seulement 450 mètres de ses voisines. (1) (Une autre thèse, portée par le professeur T. Mulder de l’université de Bordeaux, affirme que son apparition pourrait être d’origine karstique. Mais cette option n’ayant fait l’objet d’aucune publication à ce jour pour notre grotte, nous avons gardé la première hypothèse.)

Puis les périodes de glaciation et de déglaciation vont s’enchaîner durant des centaines de milliers d’années. La ligne de côte va faire le va-et-vient sur les contreforts pyrénéens, et provoquer une érosion lente et irrégulière du plateau continental en fonction de la roche rencontrée. Ce travail d’usure contribue à l’apparition de pointe, de baie et de cap.Il y a 18 000 ans, après avoir atteint un maximum glaciaire, la planète débute son dernier réchauffement climatique correspondant à une période nommée «Holocène ». A cette occasion, le niveau des océans va passer de -120 mètres à -10 mètres en seulement 11 000 ans! C’est alors que la mer va submerger une nouvelle fois le littoral pyrénéen, rendant vives les falaises du plateau Saint-Martin.

Ensuite, il y a environ 7 000 ans, l’océan finit par se mettre en équilibre avec le climat. Le niveau marin se stabilise et remonte depuis lentement à raison de 1.5 à 2 mm/an. C’est aussi durant cette période que des quantités astronomiques de sable, libérées par les glaciers, vont gagner la côte et suivre la dérive littorale. Cette arrivée massive de sables, poussée par les vents marins à l’intérieur des côtes, va façonner le paysage littoral.

Enfin, c’est probablement durant le dernier millénaire que la grotte de la Chambre d’Amour va s’ouvrir, grâce à l’érosion marine des derniers pans de falaise qui en cachaient l’entrée. Rappelons ici que la côte rocheuse recule en moyenne de 25 mètres par siècle soit 250 mètres par millénaire! Son dégagement se réalisera au gré des vagues et des intempéries par dégradation des couches de calcaire.

Mais la grotte, était-elle accessible à l’homme dès son apparition dans le paysage local? Probablement pas! Une étude de la SOLETCO, datée de 1985, dévoile que le sol rocheux à l’entrée de la grotte est au même niveau que la basse mer et s’élève à moins d’un mètre au dessus des eaux dans le fond de la cavité. (36 et 38) Une autre étude plus ancienne des Ponts & Chaussées démontre que dès lors que l’on s’éloigne de la caverne, le plateau rocheux descend rapidement d’une dizaine de mètres (39) et se situe déjà à 25 mètres de profondeur près des bassins de stockage des Sables d’Or (40). Ainsi, pour atteindre la grotte, il aurait fallu nager depuis le rivage ou attendre que les sables portés par la dérive littorale s’accumulent suffisamment contre les falaises de la Chambre d’Amour pour que la caverne soit accessible à pied ce qui n’était point possible à l’époque…

Bref, c’est grâce à un phénomène exceptionnel rapporté par la littérature, que l’homme va pouvoir s’en approcher progressivement, l’examiner lentement, l’inspecter entièrement, la contempler longuement, s’y reposer probablement avant de la nommer joliment!

Prochain épisode:

Des origines du terme « grotte de la Chambre d’Amour » aux prémices d’une légende!

L’équipe SoSLa

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La caverne est constituée de parois de grés aux courbes étonnamment régulières.

 Bibliographie:
(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.
(38) M. Gassan, Service technique de la ville d’Anglet « Journal sur la recherche de la grotte de la Chambre d’Amour« , Novembre 1978.

(39) Archives départementaux de Pau, Sous série 4S185, Ponts et Chaussées de Bayonne.

(40) Construction d’un bassin de stockage, Sable D’or Printemps 2016, échange avec l’entreprise  en charge des travaux.

Ruzica 09.02.2016

Après deux ans d’un calme très relatif, voici l’arrivée sur nos plages de la tempête Ruzica. Sa houle musclée est venue heurter la côte angloye durant la marée haute de la nuit du 09 Février 2016. Deux vagues ont marqué ce temps fort. Une vers 4h00 du matin au sud du littoral et autre vers 5h30 au nord.

La bouée ouest Arcachon relevait au large une houle de 10.0 mètres de hauteur avec une période de 13 secondes. Le coefficient de marée était de 100 et le vent était nul.

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Relevé de la bouée ouest Arcachon, le 8.02.2016

On jouait donc dans la même catégorie qu’Hercules et que Christine, tempêtes XXL de Janvier et Mars 2014. Voici un bilan en image comprenant des photos de nuit sur les zones éclairées du littoral au moment des faits et des photos faites de jour, dans la matinée qui a suivi, pour les autres plages.

 

Plage du VVF:

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La promenade aménagée en 2013 a subi les assauts de l’océan et à mieux résisté qu’en Mars 2014

 

 

 

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Le local piscine a de nouveau était inondé, mais sans dégât apparent.

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Cette partie de la promenade a été renforcée par des enrochements supplémentaires en Novembre 2014 améliorent ainsi la protection frontale de l’ensemble « piscine/mobilier urbain ». Mais depuis, les enrochements se sont déjà enfoncés dans le sable.

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Tiens, un bloc d’ophite en balade… sur l’esplanade!

 

Plage du Club:

Comparé aux tempêtes Christine et Hercules de 2014, le choc y a été bien plus violent.

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Vers 04h00, une vague a fracassé la murette.

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Une submersion s’est ainsi formée une heure avant la marée haute!

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La mer était à raz bord! Les dalles de la murette ont été décollées sur une cinquantaine de mètres.

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La promenade est inondée!

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Devant le bâtiment, une vague a propulsé les dalles cinq mètres en arrière…

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L’eau, sous la pression, a fait céder la porte du Café Vent d’Ouest…et s’est invitée!

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Parking du Club inondé!

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Soirée mousse!

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Arbre et poubelles arrachés…

 

Plage des Sables d’Or:

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Comme en 2014, les dalles ont volé devant les restaurants, mais de façon moins importante.

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Sur cette plages, les jets de vague sont allés aussi loin que durant la tempête Christine!

 

Plage de Marinella:

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Quelques blocs en balade, près de la digue des Sables d’Or!

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La laisse de mer est venue lécher les ganivelles

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La laisse de mer est venue lécher les ganivelles.

 

Plages des Corsaires:

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Ici, les jets de vagues sont allés bien moins loin que lors de la tempête Christine qui étaient alors arrivés jusqu’au poste MNS.

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Au nord de la plage des Corsaires, la mer s’est arrêtée bien avant la promenade.

 

Au nord de la Madrague:

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Une vague a enfoncé les ganivelles,

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emporté la brande et les poteaux de la promenade Victor Mendiboure,

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avant de finir sur les pelouses près des parking: exceptionnel!

 

Plage des Dunes:

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Les jets de vagues sont venu jusqu’à la dune, mais sans gravité.

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Lors de la tempête Christine, les jets était arrivés jusqu’à la promenade…

 

Plage des Cavaliers:

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Devant le poste de Mns, rien à signaler. L’enrochement modifié au printemps 2015 a fonctionné.

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Comme pour la tempête Christine, une sur-verse d’eau de mer s’est faite au niveau de la piste hélico.

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La place des cabanas a été submergé comme en 2014 mais rien de plus.

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Un bloc cubique installé sur les remparts de la digue a été projeté sur la dalle de béton de l’ouvrage. Ce bloc de 32 tonnes a été porté à une dizaine de mètres en arrière de son emplacement. C’est dire la puissance de l’impact…

 

Plage de la Barre:

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Les vagues ont détruit le mur de sable qui avait été levé par les services techniques pour faire barrage. Le rivage s’est déplacé au pied du quai, devant le restaurant.

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Une vague est venue balayer l’ensemble du parvis vers 05h15.

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La fameuse vague de 5h15…

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Devant la tour de pilotage, des vagues ont réussi à passer par dessus bord proche de l’endroit ou le mur et le parvis avaient été endommagé en Mars 2014

 

 

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Vidéo résumant les faits de la nuit du 09 Février 2016

Conclusion:

Durant cette tempête exceptionnelle, deux zones ont été fortement marquées. Une, au niveau de la plage du Club où le bilan a été plus impressionnant qu’en mars 2014 et une, à la plage de la Madrague ou une vague a littéralement balayée la promenade avant de finir derrière, sur les terrains verts. L’océan garde sa part de mystère quand à savoir ou il va frapper la prochaine fois. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec l’aide de l’homme, il gagne toujours du terrain…

 

L’équipe SoSLa

L’érosion du littoral angloy pour les nuls!

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Le recul d’Anglet vu du ciel: 1954-1969-1978-2008.

Suite à plusieurs questions de certains d’entre vous, l’équipe SoSLa a créé une Foire Aux Questions qui reviennent le plus souvent. Afin d’y répondre, nous avons laissé la parole aux spécialistes! Nous avons été chercher des informations dans plusieurs thèses d’ingénieurs récentes, dont celles de l’Université de Montaury à Anglet. Nous précisons à chaque fois le document dont sont extraites ces informations. Si vous souhaitez en savoir plus, ces travaux sont consultables en intégralité via le WEB*.

1-Le littoral angloy subit-il la même érosion naturelle que le reste de la côte Aquitaine se traduisant par un transit du sable nord/sud ?

Non!

– Jusqu’en 1963, il existait un transit naturel nord/sud de sable d’environ 100 000 m3/an provoquant l’obstruction du chenal d’accès au port de Bayonne et impliquant son dragage régulier depuis 1896.
La grande digue du Boucau fut construite au nord de l’embouchure vers 1966. Un transit sud-nord est alors apparu généré par les houles en réfraction sur cet obstacle créant un nouveau courant allant des Cavaliers vers la zone calme situé dans le chenal derrière la grande digue. Seul, les événements suffisamment énergétiques tels que les grosses houles hivernales sont capables de générer un courant suffisamment important pour transporter le sable angloy vers l’embouchure. (1; page 627)

Les volumes dragués à l’entrée de l’Adour sont passés d’une moyenne de 350 000 m3/an avant la construction de la grande digue à 700 000 m3 /an après la réalisation du projet.
 (2; page 69)

Diagramme de 120 ans

Dragages à l’embouchure de l’Adour de 1896 à 2014! Au total, plus de 54 millions de m3 de sable dragués sur la zone et 44 millions perdus au large… (Sources Archives départementaux Bayonne, Concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383 et CASAGEC

– Le littoral angloy, allant de la grande digue du Boucau à la pointe St Martin, est considéré alors comme étant un système sédimentaire fermé. Il n’y a quasiment aucune entrée/sortie de sable.
Ce système est constitué de 2 cellules sédimentaires qui interagissent entre elle:

– la première cellule est formée par les plages situées entre le Cap St Martin et les Cavaliers.
- la deuxième cellule est formée par la plage de la Barre et l’embouchure de l’Adour. 
Ces 2 cellules sont toujours à la recherche d’un équilibre entre elles.
 (3; pages 71 à 76)

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Origine du sable à l’entrée de l’Adour. (Origine Lasagec2)

2-Existe-t-il une dérive du sable sur la zone du littoral angloy?

OUI!

– La réalisation de simulations scientifiques avec des grosses houles montrent que la présence de la grande digue du Boucau génère un fort courant Sud-Nord qui se dissipe dans la zone de l’embouchure.
 (4; pages 68)

– Les grosses houles génèrent une dérive de sédiment sud-ouest-> nord-est sur le littoral angloy provoquant ainsi le transport d’une grande quantité de sable des plages d’Anglet vers le système de la Plage de la Barre et de l’embouchure de l’Adour. Ce flux a été évalué en moyenne a 520 000 m3/an au début des années 2000 équivalent au volume de sable dragué à l’embouchure de l’Adour. (3; page 73).

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Schéma des courants dominants sur la zone nord d’Anglet lors des grosses houles hivernales (extrait de la thèse de DUBRANNA)

3- Le dragage de l’entrée de l’Adour participe–t-il à l’érosion des plages d’Anglet?

OUI!

– L’extraction du sable à l’embouchure de l’Adour crée localement un déficit sédimentaire dans le système Barre/embouchure de l’Adour. Ce déficit est comblé par du sable en provenance du système des plages situées entre le cap St Martin et les Cavaliers afin d’établir un nouvel équilibre. A cause des dragages permanent de l’entrée de l’Adour depuis 116 ans, cet équilibre n’est jamais atteint. Les sables dragués sont, pour la plupart, exportés au large provoquant une diminution du stock de sable du littoral d’Anglet. (3; page 76)

– Le système est en érosion sur toute la période. Un bilan sédimentaire permet de montrer que le taux dérosion du site est important (~ 500 000 m3/an) et constant sur les 2 dernières décennies. Le volume annuel de sédiment qui sort du système des plages est du même ordre que le volume qui ensable lembouchure. (4; page 89)

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Schéma des fonds littoraux angloys avec notamment la fosse de garde au sud du chenal et la dune sous-marine au large crée par le clapage qui culmine à -12 m.(thèse Dubranna)

4- Est-ce primordial que le sable dragué à l’entrée de l’Adour soit lâché devant les plages d’Anglet ?

OUI!

– Le sable déposé au large est actuellement définitivement perdu pour le littoral. (4; page 89)

– Une accélération du recul du littoral Angloy est constatée à partir de 1965 suite à l’augmentation du transit Sud-nord du sable et au dragage de 700 000 m3 par an clapés au large.
 (2; page 69).

– A partir de 1974, et ce jusqu’en 1990, 70% du sable dragué à l’embouchure de l’Adour est clapé devant les plage du sud d’Anglet, afin de lutter contre l’érosion avérée. Cette dispostion montre un résultat positif au sud des plages qui disparaît après, lorsque la proportion des clapages côtiers diminue à partir de 1991.
 (3; pages 62-68).

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Dragages et clapages entre 1974 et 2007.

La baisse du clapage côtier à partir de 1990 est lié au départ de la drague à demeure et à la baisse des crédits accordés aux Ponts et Chaussées pour cette tache. (5)

5-Le phénomène de réchauffement climatique a-t-il un impact important sur l’érosion des plages d’Anglet des dernières décennies?

Non!

– Il y a 20 000 ans, lors du dernier maximum glaciaire, le niveau de la surface de l’océan était 120 mètres plus bas que celui que nous connaissons actuellement. Une grande partie de l’eau terrestre se trouvait sous forme de glace continentale. Lors de la déglaciation, il est remonté progressivement de 110 mètres et s’est stabilisé il y a environ 7 000 ans. Depuis, le niveau de la mer a peu varié: il ne se serait élevé que de 0,5 millimètres par an au maximum. (6) 

– Le niveau de la mer au niveau des côtes de la métropole (Atlantique et Méditerranée) s’est élevé à un rythme un peu inférieur à la moyenne globale, avec un taux de variation de l’ordre de 2 mm/an sur la période 1993-2010.
 (7; page 7 et page 16).

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Carte de la distribution géographique des vitesses de variation du niveau de la mer (1993-2007) d’après Topex/Poseidon et Jason-1 : Zoom sur la Méditerranée. Source :LEGOS

La plupart des études citées en référence ont été faites entre 2003 et 20012. Elles viennent affiner des études déjà sorties sur ce sujet dans les années 70 par le Laboratoire Central d’Hydrologie de France (LCHF), qui ont eu pour effet la mise en place du clapage côtier en 1974, avec un effet positif sur le sud des plages d’Anglet jusque dans les années 90.

Le creusement de la fosse de garde en 2000, où il a été retiré 1 350 000 m3 de sable au sud du chenal, a aussi impacté le littoral Angloy. Le but de cette fosse est de piéger le sable qui vient des plages d’Anglet avant qu’il n’obstrue le chenal de navigation.
 350 000 m3 de sable équivaut au volume de la tour Montparnasse à Paris. La création de la fosse de garde représente 4 fois le volume de la tour Montparnasse……..
C’est depuis cette date que l’on a constaté visuellement une forte modification du profil des plages angloyes. Qui faut-il remercier pour cette initiative catastrophique alors qu’une enquête publique avait autorisé de ramener la plus part des sables devant la côte?

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La tour Montparnasse à Paris.

L’équipe SosLa

*sources:

(1)/ D. Rihouet, « Modèle empirique 3D: application à la gestion des activités de dragage à l’embouchure de l’Adour« .

(2)/ Thèse de Brière 2005, « Etude de lhydrodynamique dune zone côtière anthropisée: lembouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet » .

(3)/ Thèse de Dubranna 2007, « Etude des échanges sédimentaires entre l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet » .

(4)/ Abadie et Al, Rapport final CABAB 2004 « Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l’entrée du port de Bayonne » .

(5)/ Article Sud ouest, 11 Mai 2004, « L’érosion menace les plages d’Anglet » Médiathèque Bayonne.

(6)/ Kemp et al., 2011

(7)/ ONERC: « Rapport du niveau de la mer 2012« .

L’histoire méconnue du dragage à l’embouchure de l’Adour

Des dragues, à Bayonne, il y en a eu. Il y en a même eu beaucoup! De toutes les tailles, de toutes les couleurs, de tous les styles et de toutes les performances, avec des moments de bonheur mais aussi de malheurs! Ces dragues marines, à bord desquelles les équipages ont fait de leur mieux, parfois au péril de leur vie, pour favoriser une économie industrielle naissante à la fin du XIX siècle, avant d’essayer de s’adapter à une économie touristique grandissante dans les années soixante-dix. Il fallait donc des engins bien spécifiques pour répondre à ces délicates opérations de dragage, dans des conditions houleuses dignes d’un fond de Golfe de Gascogne et des vents turbulents à l’approche des Pyrénées. Qui gérait ces dragues? Étaient-elles toujours à la hauteur de la situation? Quel impact sédimentaire imposaient-elles à l’embouchure de l’Adour et surtout au littoral? Étaient-elles bien différentes de la nouvelle drague Hondarra? C’est ce que nous allons voir au travers de cet article!

 1890-1945: LES « BAYONNES » A L’OUVRAGE 

 

 

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L’embouchure de l’Adour vers 1895 avec sa double Barre les mauvais jours, encadrée par deux jetées tubulaires en partie détruite par les grosses houles hivernales.

Vers 1890, l’embouchure de l’Adour est enfin stabilisée à son emplacement actuel suite à la construction de deux digues pleines qui canalisent le jusant du fleuve aux allures fougueuses quand approche la marée basse et quand les vagues se dressent comme des murs sur les bancs de sable de la Barre. Ce sont les Ponts et Chaussées de Bayonne qui sont en charge de la navigabilité de l’estuaire de l’Adour depuis la venue de Napoléon 1er en 1808. Comme leur prédécesseur des services de la marine, ils sont débordés par l’arrivée perpétuelle des sables venu de la côte nord, qui fait avancer l’embouchure vers le large à raison de 3 mètres par an et qui rend dangereux le franchissement de la Barre.

En 1892, sous l’impulsion de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne, il est décidé de tenter des essais de dragage pour sécuriser le passage des navires, là ou tant de drames maritimes ont marqué les mémoires.

C’est en 1893 et 1894 que la drague suceuse porteuse Boulogne I du Nord Pas-de-Calais vient faire les premiers essais pour permettre à des navires plus gros d’alimenter les forges de l’Adour. Après des résultats satisfaisants, les Ponts et Chaussés de Bayonne obtiennent les crédits nécessaires pour pratiquer le dragage continu de l’embouchure.

Dès 1895, ils font construire deux dragues porteuses à succion pour remplir au mieux cette mission: la Bayonne I de 450 chevaux et la Bayonne II de 325 chevaux. Elles seront les nouveaux pensionnaires de l’estuaire. La Bayonne I, qui mesure 55 mètres de longueur par 8.90 mètres de large et 3.50 mètres de tirant d’eau, avec un puits de drague de 409 m3 est plus performante que la Bayonne II qui ne mesure que 49.50 mètres de long, par 8.60 mètres de large et 4 mètres de tirant d’eau pour un puits de 305 m3. Elles ont été construites par les chantiers navals de Normandie (construction française!) et fonctionnent au charbon.(2) L’équipage de chacune d’entre elles est composé de 12 hommes: un premier capitaine, un capitaine en second, un premier mécanicien, un mécanicien en second, quatre matelots, trois chauffeurs et un mousse. Elles commenceront à travailler le 23 juillet 1986 et enlèveront en moyenne chacune 350 000 m3 de sable par an à l’embouchure du fleuve jusqu’à la Grande Guerre, demandant aux équipages un travail de jour et à l’année dès que les conditions météorologiques le permettent.(7 et 8)

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La Bayonne I, au premier plan, drague au point fixe le chenal de l’embouchure tandis que la Bayonne II dans le fond s’occupe de dégager la Barre. (photo début 1900)

 

Entre 1896 et 1898, le chenal à l’entrée de l’Adour sera approfondi de deux mètres supplémentaires, le menant à un tirant d’eau de 5 à 6 mètres au moment des vives eaux(6) ce qui est une véritable révolution pour le commerce maritime local. Pour ce faire, ces deux navires travaillent généralement entre la mi-marée et la marée haute, au moment ou le banc est le plus immergé et la houle la moins gênante. Les équipages draguent « au point fixe », c’est à dire accrochés à une ancre immobilisant le navire dans le courant et permettant de sucer le sable à l’aide d’une élinde rigide. Ils répètent l’opération en faisant des trous côte à côte pour approfondir le passage. Puis, quand le puits de drague est chargé, ils partent vers le large, à deux ou trois milles de la côte, plein ouest de l’embouchure pour déposer ou « claper »(x) ce sable par 20 mètres de profondeur.

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Coupe frontale de la drague Bayonne I pour l’étude d’un projet de mise à terre des sables à des fins non littorales, eh oui, déjà! (Archives départementales de Pau, Fond de la préfecture, Sous Série 4 S 124, Service Maritime)

 

Le 09 Mars 1898, la Bayonne II fait naufrage suite à une collision avec sa consœur! Au moment de quitter leur zone de chargement, devant l’embouchure, les deux dragues sont distantes de 250 mètres. Mais sous l’action du fort courant de jusant, les deux capitaines perdent le contrôle de leur navire. La Bayonne II se met alors en travers et se fait éperonner par la Bayonne I au niveau du compartiment des machines. La Bayonne II coule aussitôt. Elle se situe à 1200 mètres de la côte, légèrement au sud de l’embouchure par 17 mètres de fond à marée basse! Heureusement, l’équipage est sauvé et la Bayonne I, malgré son étrave brisée et son avant défoncé, réussit à rentrer au port à la marée suivante afin de faire les réparations nécessaires. Des tentatives de renflouement de la Bayonne II sont tentées, mais en vain. Elle est alors dynamitée et déplacée pour éviter qu’elle ne devienne un obstacle à la navigation. Elle n’avait que 2 ans d’âge! (3)

Tout de suite, une nouvelle Bayonne II est reconstruite pour être livrée fin 1901. En attendant, la situation de l’embouchure sera maintenue en l’état, avant de reprendre l’amélioration des profondeur à partir de 1902. En effet, il ne faut pas oublier qu’après chaque grosse tempête, un flux de sable de plusieurs dizaines de milliers de mètres cube, venu de la côte littorale, vient combler le chenal et reformer les bancs, soit en graviers à l’embouchure, soit en sable fin sur la Barre. Il faut donc draguer en permanence le sable porté par la dérive littorale afin que le port de Bayonne puisse garantir à l’année le tirant d’eau.

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La drague Bayonne I, chargée en sédiment, se dirige vers le large pour effectuer un clapage sur la zone de déblai. 

 

En 1904, les deux dragues vont réaliser un record d’extraction puisque 904 000 m3 de sable seront dragués à la Barre de l’Adour et déposés au large soit l’équivalent de 3 fois le volume de la Tour Montparnasse! Au même moment, les services hydrographique de la Marine et les Ponts et Chaussées relèvent les premiers reculs de la côte angloye alors qu’au nord de l’embouchure, elle continue de progresser.(1 et 26)

En 1913, les performances inférieures de la Bayonne II deviennent un handicape pour l’avenir du port. On imagine déjà l’achat d’une drague plus puissante. Mais les temps de la réflexion et des ambitions vont disparaître avec l’arrivée de la Grande Guerre qui fera oublier durant de longues années l’espoir d’un chenal plus profond.

A partir de 1919, la moyenne des dragages effectués par les deux navires tombe à 350 000 m3. Les entretiens et les réparations sur les Bayonne I et II s’enchaînent les uns après les autres. Les navires vieillissent et perdent en efficacité provoquant une baisse des résultats de maintien des profondeurs et une augmentation du coût de la maintenance.(8)

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Les dragues Bayonne I et Bayonne II, côte à côte, sur le quai de Blancpignon à Anglet, là ou se trouvait le QG du service maritime des Ponts et Chaussées. (Photo extraite du livre « Bayonne 1900 » de Jean Casenave, édition Lavielle)

 

Le 09 Janvier 1924, une tempête exceptionnelle fait date dans l’histoire du littoral angloy puisque elle emporte pour la première fois les tribunes de hippodrome de la Barre, construites en 1873, livrant les premiers dégâts visibles à l’échelle humaine d’une érosion littorale débutante à proximité de l’embouchure.

En 1936, les moyennes de sables dragués devant l’embouchure tombent à 300 000 m3. Les calaisons des navires de commerce ne dépassent plus les 5 mètres de tirant d’eau suite aux difficultés de maintien des profondeurs et à des incidents lors du franchissement de la Barre. La drague aspiratrice la Coubre, du port autonome de Bordeaux, est dépêchée en urgence pour donner un coup de main et faire des essais de « dragage en marche ». Cette nouvelle méthode d’extraction des sables est une révolution, mais les dimensions du navire d’une longueur de 87 mètres, d’une largeur 14.30 mètres pour un tirant d’eau chargé de 6.20 mètres avec un puits de 1300 m3 sont trop importantes. Son temps de travail est considérablement réduit et il reste difficilement maniable. De plus, ses moteurs à mazout manquent de puissance face au courant traversier et au jusant du fleuve lors des grandes marées. D’ailleurs l’équipage et les ingénieurs des Ponts et Chaussées se font une grosse frayeur le jour où cette drague, avec son fort tirant d’eau, talonne la jetée tubulaire sud de l’embouchure, évitant de peu le naufrage! Les résultats sont jugés instructifs mais insuffisants. (4)

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La drague  » La Coubre » en 1936 à l’embouchure de l’Adour (Archives via exposition CCI Bayonne Octobre 2015)

 

En 1937, les Ponts et chaussées de Bayonne tentent d’acheter la drague aspiratrice Ingénieur de Joly appartenant au port autonome de Nantes et bien mieux adaptée à la Barre de l’Adour, mais le projet tombe à l’eau, notamment remis en cause par l’arrivée de la Deuxième Guerre Mondiale. (4)

Le 10 septembre 1942, nouveau coup du destin: la drague Bayonne II est coulée par une mine magnétique mouillée par l’aviation anglaise à l’embouchure de l’Adour. Le capitaine de la drague, gravement blessé, meurt de ses blessures quelques jours plus tard à Anglet. La drague, elle, est renflouée par les Allemands pour être déposée en aval du banc St Bernard le 19 Septembre 1942 et y être ferraillée, après 41 ans de bons et loyaux services. Elle gît aux cotés d’une autre drague de même dimension, la « Suriname », navire Hollandais réquisitionnée par les forces allemandes pour remplacer la Bayonne II. Elle connut le même destin puisqu’elle fut coulée le 21 Août 1944 avec une dizaine d’autres navires lors du départ de l’occupant. Elle fut renflouée entre 1945 et 1946 et déposée aux côtés de la Bayonne II pour y être ferraillée à son tour. Les restes qui n’ont pu être emportés à l’époque, apparaissent encore aujourd’hui à marée basse devant le quai St Gobain.

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La Surinam et la Bayonne II disloquées, gisent encore, côte à côte, au sud du banc St Bernard (photo du 30 Août 2015).

 

En 1943, on installe une ceinture anti-magnétique sur la coque de la Bayonne I afin qui ne lui arrive le même sort. Durant la guerre, on compte jusqu’à cinq dragues travaillant sur la Barre de l’Adour: les Bayonne I et II, la Suriname, la Panama et la Sambre. Le but de l’occupant nazi étant de garantir au port de Bayonne une profondeur de chenal à -7 mètres pour créer un port de première envergure. Mais cet objectif n’est atteint qu’une seule fois, c’est à dire durant les 4 premiers jours d’Octobre 1943. (4) Il est certain que la Barre est capricieuse et difficile à dompter mais il est probable aussi que les équipages français travaillant pour l’occupant n’aient pas fait preuve d’une grande motivation pour satisfaire les plans Allemands…

 

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L’embouchure de l’Adour devant la Capitainerie à Anglet, au lendemain du départ de l’occupant. Les épaves des dragues coulées là rendent difficile le passage des navires. (fond d’Auguste Peigné, bibliothèque de Boucau)

 

Le jour de l’armistice, en 1945, il ne reste plus que la Bayonne I pour assurer les travaux de déblai de la Barre. Son grand âge se fait plus que sentir et la présence de mines et de nombreuses épaves à l’embouchure du fleuve rendent impossible les opérations de maintien des profondeurs. Le chenal est obstrué par le sable et la Barre de l’Amour s’est reconstituée comme en 1892. Tout est à refaire question dragage. 

 

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DEUXIÈME PARTIE (1945-1975): VERS PLUS D’EFFICACITÉ… ET PLUS D’ÉROSION!

Au début de 1946, la situation de la Barre est catastrophique car un haut fond est venu se reformer devant l’embouchure comme en 1892, et cela pose un véritable problème technique aux ingénieurs des Ponts et Chaussées pour rétablir le trafic maritime. La Bayonne est réparée et reprend le travail modestement.

A partir de 1947, et ce, pendant plusieurs années, la Bayonne I est suppléé par la drague aspiratrice en marche Ingénieur de Kerviler, qui vient du port autonome de Nantes tous les étés. Elle mesure 60 mètres de long pour 11 mètres de large, un tirant d’eau de 4.50 mètres avec un puits de 600 m3. La situation s’améliore grâce aussi à l’enlèvement d’épaves dans le chenal de l’embouchure. Mais les Ponts et Chaussées restent inquiets du risque de panne grandissant de la Bayonne I et de ses besoins de maintenance durant l’année. (4)

 

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L’embouchure de l’Adour vers 1947-48. Les brisants, à la sortie du fleuve, forment un arc de cercle délimitant le banc de La Barre.(Archives départementale de Bayonne, Concession du port 2ETP4/383)

 

En 1948, une grosse partie des épaves gisant à l’entrée du port sont enlevées, ce qui facilite un peu plus le travail de dragage à l’embouchure. (4)

En 1953, le dragage peine à nouveau. Seulement 250 000 m3 de sable sont enlevés cette année là. Les agents des Ponts et Chaussées de Bayonne demandent à leur administration d’entrer en possession de la drague Ingénieur de Kerviler pour travailler toute l’année dans de bonnes conditions. Mais les finances de l’état ne sont pas là et il va falloir patienter. (8)

 

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La drague Ingénieur de Kerviler sortant de l’Adour, au début des années 50.

En 1955, le port de Nantes fait l’acquisition de La Sangsue, drague prise par la France aux Allemands au titre de dommage de guerre, construite en 1925 et cédée par les Ponts et Chaussées de Boulogne. Elle sera refondue en 1957 par les Ateliers et Chantiers Navals de Nantes. Il s’agit là d’une drague marine aspiratrice en marche et refouleuse qui mesure 69 mètres de long, par 11.30 mètres de large et 4.40 mètres de tirant d’eau en charge. Son moteur, issu d’un sous-marin allemand, lui procure une vitesse de 10 nœuds et son puits peut contenir 800 m³, soit deux fois plus que la Bayonne I. Après ce lifting, elle partagera son temps entre le port de Bayonne et le port de Nantes à 2/3 1/3! Elle donne de très bons résultats sur la Barre de l’Adour puisqu’elle est capable de travailler par trois mètres de houle et des courants traversiers de 5 nœuds. La Bayonne I prend alors un rôle secondaire et optimise les opérations.

 

Bayonne I fin des années 50

La Bayonne I de retour d’un clapage au large au début des années 60!

A partir de 1960, les besoins du port en matière de dragage vont grandissants avec la venue de bateaux toujours plus gros dont les tirants d’eau avoisinent désormais les 6 mètres à 6.5 mètres.

En 1961, les Ponts et Chaussées vont draguer 620 000 m3 de sable soit le double! Mais la Bayonne I n’est plus qu’une épave flottante,que ses hommes font vivre miraculeusement, et la Sangsue a besoin de maintenances répétées puisqu’elle n’est pas de première jeunesse non plus! Ainsi, le port va devoir lever le pied en matière de dragage, en attendant l’arrivée imminente d’un projet de grande digue à l’embouchure. Étonnamment, c’est cette même année que l’on voit apparaître les premières attaques sérieuses du mur de soutien à la plage de la Chambre d’Amour.

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La Sangsue, à la fin des années 60, est en plein dragage en marche devant l’embouchure!

 

En 1963, le port de Bayonne acquiert définitivement la Sangsue pour assister la Bayonne I à l’année. Le 17 Juin de la même année, la Bayonne I manque d’exploser, en draguant une mine au niveau de la zone du Redon. Mais fort heureusement, l’objet retombe dans le fleuve sans se déclencher et c’est la Marine Nationale qui se charge de récupérer l’engin explosif. (9) Afin de répondre au mieux à l’exploitation du gisement de Lacq, les ingénieurs vont creuser le chenal et s’assurer d’un tirant d’eau à l’année pour la venue des gros cargos méthaniers. Ainsi, la future grande digue du Boucau, d’une longueur de 1200 mètres, doit résoudre les problèmes de maintien des profondeurs à l’embouchure.(5)

En 1965, la construction de la grande digue se termine après trois ans de travaux titanesques. La Barre du large n’existe plus car les apports en sable venant de la côte nord ont été stoppés par l’édifice. Mais c’est avec surprise que la grande digue, par réfraction de la houle de Nord ouest, crée un contre courant venant du sud du littoral, et formant une flèche sableuse vers le chenal de l’embouchure devant la plage de la Barre. Plus la houle est grosse, plus le contre-courant est fort.(27) L’ensablement de l’embouchure est deux fois plus rapide qu’avant et résiste au travail des deux dragues à demeure! Selon un rapport du 11 Mars 1971 de l’ingénieur d’arrondissement de la DDE de Bayonne, une tempête de 4 à 5 jours est capable de pousser 50 à 100 000 m3 de sable dans le chenal(9), sable ne pouvant désormais venir que des plages d’Anglet.

En 1966, les Ponts et Chaussées de Bayonne font appel à une société de Travaux Public pour épauler La Sangsue et la Bayonne I. Mais cette société va essuyer un échec avec une drague défaillante sur la Barre de l’Adour. Les Ponts et Chaussées vont alors se tourner vers la société hollandaise « Bos et Kalis » qui possède un parc d’une dizaine de dragues. Des essais sont pratiqués dès Mai-Juin 1966 avec l’Alfons Franz, construite en 1955. C’est un succès! Cette drague qui mesure 71.35 mètres de long, pour 11,69 mètres de large et un tirant d’eau en charge de 4.85 mètres possède deux élindes. Une souple pour le dragage « à la traîne » comme la Sangsue et une rigide pour le dragage « en point fixe » comme la Bayonne I. Sa particularité est de posséder 2 hélices, 2 gouvernails, deux puissants moteurs diesels et deux pompes aspiratrices ce qui la rend très maniable et efficace. C’est donc une deux en un! Sa capacité de puits est de 1000 m3 environ et elle peut draguer jusqu’à 20 mètres de profondeur 24h/24h. De la bouche de l’ingénieur des Ponts et Chaussés de l’époque: « cette drague est magnifique » et de rajouter plus loin: « il y a autant de différence entre l’Alfons Franz et la Sangsue, qu’entre une Ferrari et une 2 CV »!(9) En effet, ils dragueront cette année là près de 715 000 m3 de sable à l’embouchure de l’Adour, soit le volume de deux tours Montparnasse, une première pour les plages d’Anglet, unique contributeur en sable possible depuis la construction de la grande digue. En juin de la même année, c’est le grand effondrement du mur de soutien devant la plage du Club à la Chambre d’Amour…

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La drague Alfonz Franz et la plage de la Barre vue depuis la nouvelle digue du Boucau en 1966. (photo Archives départementales de Bayonne, Concession du port 2ETP4/383)

 

En 1967, la Direction Départementale de l’Equipement(DDE) est crée et reprend les attributions des services territoriaux des Ponts et Chaussées. Du 31 Mai au 22 Juillet, c’est la drague Pierre Henri Watier, du port autonome de Bordeaux, qui est envoyée. Ses dimensions sont de 89 mètres de long pour 15 mètres de large et 6 mètres de tirant avec un puits de 1 000 m3. Ses résultats sont moins bons que l’Alfons Franz car elle est trop grande et pas assez puissantes. Sa venue à Bayonne sera intéressante mais décevante. 832 000 mètres cube de sable seront quand même dragués cette année-là à l’embouchure de l’Adour! On vous laisse deviner qui est le contributeur en sable…

Entre le 18 décembre 1967 et le 29 Février 1968, c’est au tour de la drague René Siegfried du port autonome de Nantes de venir donner un coup de main. D’une longueur de 75.59 mètres, de 11.85 mètres de large et de 4.80 mètres de tirant d’eau, elle a une capacité exceptionnelle en puits de 1376 m3. 720 000 mètres cubes seront retirés de l’embouchure. On retrouve ainsi les moyennes des dragages de début du siècle!(voir première partie)

En 1970, la toute jeune WD Hoyle, de la société hollandaise « Bos et Kalis » qui possède les mêmes dimensions que l’Alfons Franz, va venir exécuter deux campagnes. Une durant l’hiver, et une autre durant l’été du 23 Juillet ou 28 Août! Il faut agrandir le chenal en urgence, gêné par l’épave du “Romulus“, navire coulé au bout de la grande digue du Boucau le 15 Décembre 1969. Mais elle éprouve des difficultés à draguer le banc sud de l’embouchure qui est très haut. Elle va s’échouer à sept reprises avant d’abandonner cette zone de travail. De plus, ce banc est encore constitué d’épaves datant de la fin de la deuxième guerre mondiale, ce qui ne facilite pas les opérations. Les trois dragues réunies, WD Hoyle, Bayonne I et Sangsue, arriveront quand même à réaliser un nouveau record d’extraction en sable depuis 1904, puisqu’elles enlèveront 1 250 000 m3 de l’embouchure cette année là… (10)

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La sangsue rentre au port au début des années 70, bientôt la fin d’une longue mission?

En 1971, la société hollandaise envoie la drague WD WaterWay, d’une longueur de 75.59 mètres, de 11.85 mètres de largeur et 4.80 mètres de tirant d’eau. La capacité de son puits est de 1376 m3. Elle va permettre d’obtenir un chenal suffisamment profond livrant un accès au port à des navires de commerces de 150 à 160 mètres de long et 9 mètres de tirant d’eau.
La même année, la WD Hoyle va revenir pour la campagne de dragage de l’hiver 71-72. Mais les résultats montrent que la WD Waterway reste plus efficace et moins chère, notamment grâce à la capacité de son puits.

En 1972, la DDE de Bayonne obtient le feu vert pour trouver et acheter une nouvelle drague à demeure. Parmi les opportunités, la drague “WD Tradeway“, l’ancienne « Alfons Franz » construite en 1955 par les Hollandais, présente un bon rapport qualité prix pour une drague de 16 ans d’âge. Elle est idéale pour travailler à l’embouchure et rentre dans la forme de radoub du port pour son entretien.

En 1973, la DDE de Bayonne procède à l’acquisition de la “Tradeway“! Il s’agit là d’un achat de 10 000 000 de franc TTC de l’époque. C’est ainsi que le rêve de l’ingénieur des Ponts et Chaussées de 1966, qui l’avait trouvé magnifique, va se réaliser! Elle est attendue alors comme « le messie » titre le journal Sud ouest!

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Durant cette période, 34 million de m3 de sable auront été arrachés du littoral par dragage soit l’équivalent de 97 tours Montparnasse…

 

TROISIÈME PARTIE (1974-1991) : DÉBUT DU CLAPAGE CÔTIER ET DÉCLIN DES DRAGUES A DEMEURE.

 

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La drague Tradeway, tout juste arrivée au port de Bayonne, était attendue comme le messie, mais un messie semble-t-il déjà un peu usé! (Photo Sud-ouest, Médiathèque de Bayonne)

 

Le 09 Février 1974 la drague Tradeway, ex Alfons Franz arrive à Bayonne et se met aussitôt au travail. Désormais, elle assure seule le maintien des profondeurs. La Bayonne I, âgée de 78 ans, et la Sangsue, âgée de 49 ans, seront désarmées et remises à l’administration des Ponts et Chaussée.(10) Ces deux navires qui sont usés et très obsolètes n’auront, à priori, pas de nouvelle vie maritime. La nouvelle drague, elle, va changer deux fois de nom pour son baptême! Au départ, elle devait s’appeler « Bayonne III » en continuité des deux premières dragues du port. Mais le nom étant déjà utilisé par un autre navire français, elle va s’appeler Labourd durant quelques mois avant qu’administrativement le nom de Bayonne soit libéré et lui soit officiellement attribué.
Le 4 Juin 1974, un rapport de l’ingénieur subdivisionnaire de la DDE montre que la Bayonne III, n’est en fait plus de première jeunesse et qu’il va falloir envisager de nombreuses réparations imprévues pour qu’elle soit dans un état optimal.(10)
1974, c’est aussi le début du clapage côtier dont les premiers essais, pratiqués en 1973, ont montré la faisabilité de l’opération. Cette pratique, avec la condamnation de l’Etat en Novembre 1974, jugé responsable du recul des plages d’Anglet avec la construction de la grande digue et l’augmentation des volumes de dragages à l’embouchure de l’Adour, va se développer.

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Les dragues la Sangsue et Bayonne I, ici à quai à Blancpignon ont été désarmées en 1974 avant de quitter définitivement l’estuaire de l’Adour. (Photo archives CCI Bayonne)

 

Dès 1976, la Bayonne III ramène plus de 85% des sables dragués devant les plages du littoral d’Anglet. (voir ici tableau) Nouvelles habitudes aussi, la drague à demeure aura des missions chaque année dans les autres ports français comme à Nantes ou à La Rochelle durant deux à trois mois par an afin de rentabiliser le nouvel outil de l’administration.

En 1977, la digue des Cavaliers, d’environ 400 mètres de long, est construite à 500 mètres au sud de l’embouchure. Son but est essentiellement de casser les courants traversiers qui gênent les pilotes de l’Adour que de contenir l’érosion.(25)

En 1978, la Bayonne III commence à enchaîner de grosses réparations, qui vont finir par l’immobiliser un certain temps, notamment au port autonome de Bordeaux.

1980, c’est l’année de tous les records! Les travaux d’agrandissement du chenal de navigation par déroctage et dragage doivent permettre la venue de navires de 20 000 tonnes avec des tirant d’eau prévus à -9.50 mètres soit une profondeur de chenal requise qui tourne autour des -12 mètres. (21) La Bayonne III va donc être suppléée pour ces opérations titanesques par la drague « Volvox Zelandia » de la compagnie Hollandaise Dredging VO2 de Rotterdam. Elle mesure 95 mètres de long, pour 16 mètres de large et 6 mètres de tirant d’eau avec un puits de 3607 m3. Autant dire qu’elle est grande pour l’embouchure du fleuve mais posséde un bon rapport service rendu/prix. Ces deux engins vont ainsi réussir à supprimer des fonds de l’embouchure 1 500 000 m3 de sables dont 87% seront ramenés devant les plages d’Anglet ce qui, du coup, est de bon sens!

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La drague Hollandaise Volvox Zelandia effectue un clapage côtier devant les baigneurs ébahis par la proximité de ce navire à la plage des Sables d’Or, le 04 Septembre 1980!

 

1980, c’est aussi la création du Groupe d’Intérêt Economique(GIE) de Dragage des port Français dont l’Etat, propriétaire à 51%, partage cet actionnariat avec les ports autonomes français. Les dragues appartenant au GIE sont louées nues aux ports les utilisant. Cela permet d’avoir des dragues neuves et performantes, louées au meilleur coût à l’ensemble des ports du territoire Français. Si besoin est, un port français peut toujours faire appel à une drague des quatre compagnies privées européennes qui se partage le marché, sans être victime d’un prix excessif.

En 1981, de gros travaux de réparation s’enchaînent sur la drague Bayonne III, dont la maintenance finit par être jugée non rentable. Huit ans après son achat, il est décidé de ne plus faire que le stricte minimum pour gagner encore quelques années avec ce navire…(11) Il semble que les opportunités du GIE de dragage soient plus économiques pour la DDE maritime.

Le 01 Avril 1984, c’est officiel, la Bayonne III est désarmée, soit 10 ans après son rachat et 29 ans après sa construction!(12) On ne peut pas dire qu’elle aura été dans la lignée de ses grandes sœurs et c’est là une bien triste nouvelle pour le port de Bayonne, car elle ne sera pas remplacée de si tôt et va rouiller durant de nombreux mois au quai de Bancpignon, avant d’être recyclée!

 

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L’embouchure de l’Adour au début des années 80, de grands changements visuel depuis 1948 et depuis les années 1890 avec une grande artificialisation!


Désormais, c’est un marché public qui gère la venue d’une drague deux fois par an à Bayonne: une fois après l’hiver et une fois à l’automne. Il est ainsi devenu plus intéressant pour l’Etat de sous-traiter les opérations de maintien des profondeurs de l’Adour que d’avoir recours à une drague à demeure. Mais pour les plages angloyes, cette stratégie s’avère coûteuse, car elles vont à nouveau s’éroder artificiellement. Le 01 Juin 1984, c’est la drague René Gibert du GIE de dragage du port autonome de Nantes qui vient faire le maintien des profondeur. Toute neuve, elle est prévue de venir deux fois par an. Il s’agit là d’une grosse drague qui mesure 90 mètres de long par 18 mètres de large et 7 mètres de tirant d’eau en charge, avec un puits de 2200 mètres cube. Sa particularité est dans sa coque et c’est une première à Bayonne: elle s’ouvre en deux grâce à de puissants vérins hydrauliques libérant le sable. Tout est en double sur ce navire, même la salle des machines. Le château, lui unique, est très élevé avec une bulle vitrée à l’avant pour un meilleur suivi des opérations de dragage. Le progrès à un prix puisqu’elle coûte 7000 francs de l’heure!

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Pak sur les vagues de la plage des Dunes durant l’automne 1988 avec, dans le fond, la René Gibert qui fait alors partie du paysage côtier durant une bonne décennie.

 

En 1986, le verdict en appel de l’Etat, condamné en 1974 pour sa responsabilité dans le recul des plages angloyes, est donné. La peine est réduite de 80 à 50%, mais il reste quand même coupable. (voir dernier paragraphe du B ici) Les volumes clapés sur la côte étant passés de 87 à 50% depuis 1983, cette nouvelle sentence fait l’effet d’un coup d’aiguillon qui relance la politique de clapage côtier jusqu’en 1990.

En 1990, le directeur de la DDE maritime de Bayonne , PY Landouer, quitte la région et laisse un rapport exceptionnel sur la problématique d’érosion liée à l’artificialisation de l’embouchure de l’Adour et son impact sur les plages d’Anglet. Il rappelle qu’il est capital pour les plages de ramener le sable dragué devant les plages et de reconstituer les petits fonds au plus près de la côte. (25)

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Diagramme des dragages à l’embouchure de l’Adour entre 1974 et 1990. Sur cette période, 11,7 millions de m3 de sable ont été dragués à l’embouchure et 7,9 millions ont été ramené sur la côte angloye soit 68% de l’ensemble des sables.

 

 

QUATRIÈME PARTIE (1991-2015): CLAPAGES CÔTIERS EN BAISSE, ÉROSION ANGLOYE EN HAUSSE!

A partir de 1991, la DDE de Bayonne va laisser s’effondrer le clapage côtier en ne ramenant plus à la côte que 17% des volumes dragués. POUR QUELLE RAISON? D’après le LASAGEC, laboratoire de génie côtier d’Anglet qui a eu accès à des archives plus récentes de la DDE (14), il semblerait que la sous-traitance des opérations pour ramener le sable devant la côte coûtait trop chère à l’Etat et l’administration supposait que le sable rejeté au large finirait un jour par revenir à la côte. Les dragues vont ainsi faire le minimum pour les plages durant les quinze années suivantes. La CCI de Bayonne, elle, s’inquiète plus pour la pérennité dans le temps de son chenal d’accès et rêve de retrouver une nouvelle drague à demeure. Ainsi, la drague René Gibert du GIE de dragage va continuer d’assurer les opérations de maintien de profondeur à l’embouchure.

En 1994, un contrat de 3 ans est passé entre la ville de St Jean de Luz et la DDE de Bayonne. Une partie du sable prélevé à l’embouchure de l’Adour est déversé dans la baie de la commune pour combler une fosse apparue près de la digue aux chevaux. En totalité, 45 000 mètres cube de sable seront vendus à 14 francs le mètres cube transport compris aux luziens… (19 et 20)

A partir de 1997, le GIE de dragage manque de disponibilité pour prêter ses dragues au port de Bayonne. C’est le grand retour des compagnies privées hollandaises qui vont réaliser les deux campagnes par an. (15) Le bal des dragues étrangères commence avec l’arrivée de la HAM 312 de la compagnie Hollandsche Aanneming Maatschappij, drague de 95 mètres de long pour 17 mètres de large et 6.3 mètres de tirant d’eau chargé, avec un puits de 5436 m3.

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La drague Keto creuse la fosse de garde au sud de l’embouchure durant la construction de la nouvelle jetée sud. (Archives sud ouest 2000/ Médiathèque Bayonne)

 

En 1998, une nouvelle drague battant pavillon allemand vient à Bayonne pour faire l’entretien: la Keto de la société Hollandaise Van Oord. Elle mesure 80 mètres de long, 14.40 mètres de large et 5.70 mètres de tirant d’eau chargé avec un puits de 2305 m3. Elle sera remplacée en cours d’opérations par la Volvox Ibéria, de plus grosse capacité et qui, pour l’occasion sera la plus grosse drague que le port de Bayonne est jamais vue avec ses 100 mètres de long, 19 mètres de large, 9.6 mètres de profondeur et un puits de 6000 m3!
La même année, l’Etat envisage l’accueil à Bayonne de navires de 20 000 tonnes. Une étude est lancée et l’enquête publique qui s’y attache relève que les 600 000 m3 de sable qui vont être dragués à l’embouchure pour améliorer le chenal pourraient être réinjecté sur les plages angloyes déficitaires. (17) Tous les conseillers d’Anglet ont voté favorablement à l’esprit de cette première tranche de travaux, surtout après le départ massif de 30 000 m3 de sable sur la plage des Sables d’Or durant l’hiver! (18)

En 2000, la DDE maritime fait creuser la fameuse « fosse de garde« . Cette fosse est une sorte de trou de 10 mètres de profondeur au sud du chenal, qui piège le sable angloy avant qu’il ne déborde dans le chenal. Ce système permet de garantir un trafic permanent des gros navires à l’année. Dans cette opération assurée par la drague Keto, près de 1 300 000 m3 de sable fin angloy seront dragués devant la plage de La Barre soit, au final, bien plus que les 600 000 m3 prévus. Plus grave encore, seulement 200 000 m3 seront ramenés devant le littoral angloy à l’instar de l’enquête publique de 1998(?). De plus, d’après le diagramme sur les 120 ans de dragage présent à la fin de l’article, on se rend compte que la création de la fosse de garde aura réellement durée 3 ans! Si l’on fait une comparaison avec 1980, l’année 2000 reste inférieure en volume de sable retiré, mais si l’on additionne 1999, 2000 et 2001, on totalise 3 200 000 m3 contre 2 800 000 m3 retiré en 1979-80-81, ce qui permet d’enregistrer un nouveau record d’extraction! Autre grande différence, seulement 10% de sable sera ramené à la côte entre 1999 et 2001, contre 84% entre 1979 et 1981 expliquant les changements du profil des plages apparus au début des années 2000…
Au même moment, une nouvelle digue de 260 mètres de long est construite à 120 mètres au sud de l’embouchure de l’Adour pour dévier le courant traversier vers la fosse de garde. L’ensemble de ces travaux doit permettre la venue de cargos proches des 20 000 tonnes comme cela avait été souhaité lors des travaux de 1980! (22)

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Plans des accès maritimes prévus par la DDE de Bayonne en 2000 pour améliorer l’accès au port.

 

Depuis ces grands travaux et la continuité des campagnes de dragage, aucune restriction du port n’a été enregistrée, même durant l’hiver 2013-2014 qui, pourtant, avait déplacé beaucoup de sable angloy vers l’embouchure. Les volumes annuelles de sables dragués sont alors tombés en moyenne à 500 000 m3 ce qui laisse imaginer un effet tampon positif de la fosse de garde.

Entre 2001 et 2002, c’est la DAM Argonaut qui sillonne l’embouchure et les plages d’Anglet. Cette drague Hollandaise de 81.80 mètres de long, de 14 mètres de large et de 6.31 mètres chargés, possède un puits de 3000 m3.

En 2002, la digue des Cavaliers perd durant l’hiver 30 mètres de son musoir. Étonnamment, les ingénieurs de la DDE ne mettent pas en cause la création de la fosse de garde et ses « 3 200 000 m3 » de sable retirés en 3 ans correspondant à 9 fois le volume de la tour Montparnasse(23) mais plutôt l’effet de la zone de dépôt au large qui forme désormais un haut fond par -12 mètres de profondeur, là ou il y avait autrefois -25 mètres. Cette nouvelle dune sous-marine provoque la réfraction des grosses houles hivernales vers les infrastructures de l’avant-port, les endommageant plus rapidement! Les autorités compétentes agrandissent ainsi la zone de dépôt des déblais et la déplace un peu plus vers le large mais le haut fond demeure! (13)

A partir de 2003, la DDE de Bayonne renoue avec le GIE de dragage et on voit le retour de la drague René Gibert à l’embouchure du fleuve, deux fois par an. (15)

En 2004, le clapage côtier est arrêté par la volonté du président de l’agglomération côte basque Adour et maire de Biarritz, cherchant un bouc émissaire à la mauvaise qualité de ses eaux de baignade! (24). Les chercheurs du Génie Côtier de l’UFR de Montaury, Stéphane Abadie et Philippe Maron montent au créneau en démontrant avec certitude que l’érosion artificielle menace alors les plages d’Anglet, et que le sable déposé depuis plus de 110 ans sur la zone de déblais située au large n’a pas bougé et donc peut être considéré comme définitivement perdu pour le littoral. (14 et 25) Cette étude financée par l’ACBA a une portée juridique intéressante car elle souligne que celui qui prélève du sable à l’entrée de l’Adour sans le remettre devant les plages d’Anglet est responsable de l’érosion artificielle qu’il crée sur cette côte angloye.

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La René Gibert, ici en 2004, effectue un dragage de la fosse de garde devant la plage de la Barre.(Photo Ph LAUGA)

 

Le 1er Août 2006, la Région Aquitaine hérite de la gestion des maintiens de profondeurs qui était, jusqu’alors gérée par la DDE de Bayonne. La Région et son concessionnaire, la CCI de Bayonne, se partagent en deux l’enveloppe de financement de ces opérations tournant autour de 2 à 2.5 millions d’euros.

La même année, la René Gibert est vendue à la Malaisie. Le GIE de dragage ne peut plus, comme par le passé, assurer les besoins du port de Bayonne. Les dragues de la Société belge de Dragage Internationale, SDI où DEME, vont investir le paysage local. Cette compagnie va envoyer les engins les plus gros que l’embouchure de l’Adour ait jamais connus. La drague Antigoon, avec ses 115 mètres de long, 22.4 mètres de large et 9.80 mètres de tirant d’eau pour un puits de 8 400 m3 ouvre le défilé. N’oublions pas qu’il n’y a plus de contrainte de clapage côtier. Ce qui compte désormais, c’est de draguer à moindre coût!

En 2007, c’est la drague Reynaert, avec ses 97.50 mètres de long, 21.6 mètres de large et 7.60 mètres de tirant d’eau pour un puits de 5 600 m3 qui vient à Bayonne. Elle est toute neuve et va faire ses armes.

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La drague Reynaert de la SDI, en plein dragage de la fosse de garde, élinde plongée dans les profondeurs de la fosse de garde devant la plage de Barre.(Photo Ph LAUGA)

 

En Mai 2008, c’est la drague Brabo, véritable mastodonte flottant, qui se présente au port. C’est à ce jour, la plus grosse drague qui soit venue faire le maintien des profondeurs. Attention, tenez vous bien, 121.50 mètres de long, 28 mètres de large, 9.80 m de tirant d’eau chargé et un puits de drague de 11 650 m3. C’est à se demander comment elle a réussi à manœuvrer à l’embouchure, dans un espace aussi étroit. Mais ces engins sont de mieux en mieux équipés, avec des moteurs latéraux hyper puissants et des postes de pilotage hyper informatisés, où le capitaine devient alors un véritable trader des océans et peut ainsi naviguer avec grande précision et aspirer autant de sédiment que possible dans les meilleurs conditions. A noter que cet engin est capable de draguer jusqu’à 43 mètres de profondeur. En Septembre de la même année, c’est encore une grosse drague, la Jade River, Longueur 98.50 x largeur 16.42 x profondeur 8.21 et puits de 3281 m3, qui vient à son tour. C’est aussi, cette année là, le retour d’une érosion forte sur les plages d’Anglet avec la disparition des deux musoirs des digues des Sables d’Or et de Marinella!(24)

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La Brabo en plein dragage de la fosse de garde en 2008. (photo J D Chopin sud ouest)

 

A partir du 1er Janvier 2009, c’est la CCI de Bayonne qui récupère la gestion du dragage du port de Bayonne. Les campagnes vont continuer « bon train » avec la SDI jusqu’en 2014. On va voir débarquer durant cette période la Charlemagne, l’Atlantico Due, la Marieke, la Mellina, l’Amazone, l’Orwell, la Pallieter, l’Elbe ou la Vlaanderen XX, cette dernière étant la plus grosse, avec ses 106 mètres de long, 21.50 mètres de large, 7.60 mètres de tirant d’eau avec une capacité en puits de 5072 m3.

En 2010, après des constats alarmants d’une érosion artificielle grandissante sur les plages d’Anglet, une convention tri-partite est mise en place entre la CCI de Bayonne, l’agglomération et la ville d’Anglet pour qu’un maximum de sable dragué à l’embouchure soit ramené devant les plages. Désormais, la CCI demande de l’argent à la ville d’Anglet pour financer le retour de son sable.(?) De plus, l’appel d’offre signé entre la CCI de Bayonne et la SDI est inadapté au clapage côtier car les tirants d’eau des navires énumérés précédemment sont trop importants pour se rapprocher de la côte et être efficace comme l’expliquait l’ingénieur de la DDE dans son mémoire en 1990.

Le 16 Janvier 2012, la jeune association Sos Littoral Angloye (SosLa) milite officiellement pour une drague à demeure, unique solution pour réaliser 100% de clapage côtier.

Le 01 Mars 2013, l’association SoSLA se dresse contre un projet de mise à terre des sables dragués à l’embouchure à des fins non littorales et récolte 4500 signatures à travers une pétition qui s’intitule  » le sable des plages d’Anglet n’est pas à vendre »! Les élus ne peuvent plus ignorer l’érosion artificielle qui touche les plages d’Anglet et doivent se battre pour sauver ce joyau comme en 1974.

Le 03 Octobre 2014, le Collectif littoral Angloy (COLIAN) composé d’associations et d’usagers des plages d’Anglet, se forme pour défendre l’intégrité des plages d’Anglet face notamment aux activités de dragage qui ont lieu à l’embouchure de l’Adour.

En 2015, la SDI envoie ENFIN une petite drague, l’Albatros, qui répond merveilleusement bien à cette mission. Cette drague, construite en Hollande, mesure 72 mètres de long pour 9,50 mètres de large et un tirant d’eau de 3 mètres! Sa capacité en puits est de 1240 m3 de sable, ce qui demande un travail plus long mais lui permet de réaliser quasiment 100% de clapage côtier, ce qui reste à ce jour le meilleur résultat pour une campagne de dragage avec une seul navire à Bayonne!

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La drague Hondarra à l’embouchure de l’Adour durant sa première journée officielle de dragage/clapage de l’embouchure de l’Adour.

 

Le 08 Septembre 2015, après 31 ans d’attente, c’est enfin l’arrivée de la nouvelle drague à demeure. La CCI BPB ne s’y est pas trompée avec l’achat de ce navire particulièrement adapté à l’embouchure de l’Adour et au clapage côtier. Hondarra, construite à Bilbao, mesure 62.3 mètres de long pour 12.8 mètres de large et 4.60 mètres de tirant d’eau en charge avec un puits de 1200 m3. L’équipage du navire est composé de dix marins locaux qui travailleront 6 jours sur 7, de jour et hors période estivale. Il sera au fait de toutes les études menées sur la zone et acquérira avec le temps une forte expérience de l’embouchure et des profondeurs angloyes.

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Durant ces 120 années, 55 millions de m3 de sable auront été dragués à l’embouchure de l’Adour et 44 millions auront été clapé au large, et restent à ce jour perdus pour le littoral!

 

Cet historique met clairement en lumière que l’embouchure de l’Adour est intimement liée aux plages d’Anglet, et que ses profondeurs suivent de près le développement du port. La seule solution pour que les activités portuaires soient en harmonie avec leur environnement côtier, c’est de ramener 100% du sable dragué à l’embouchure. Avec le temps, les quatre dragues à demeure du port de Bayonne ne se sont pas vraiment allongées mais ont pris de la hauteur, avec des châteaux dressés comme des observatoires pour mieux appréhender les manœuvres. Elles se sont aussi améliorées en puissance et en maniabilité pour répondre à des forts courants dans des zones de dragages étroites avec parfois une faible hauteur d’eau. Enfin, ce que pouvait draguer la Bayonne I en un jour correspond à un seul voyage pour l’Hondarra, ce qui est un énorme progrès!
Anne Sophie Lapix, marraine du navire, lance la bouteille de champagne sur la coque de ce beau bateau le jour de son inauguration et….et elle se brise en mille morceaux avec un puissant choc capable d’éloigner tous les mauvais esprits! Nous souhaitons longue vie à ce nouveau navire en espérant qu’il remplisse au mieux et le plus longtemps possible ses nouvelles missions.

 

L’équipe SoSLa

 

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Vidéo de l’inauguration par la marraine Anne Sophie Lapix à l’instant crutial! (cliquer sur l’image)

 

*Les zones de texte en rouge font référence à d’autres images ou articles en lien, cliquez dessus.
(x)claper le sable = larguer le sable dragué au fond de la mer.

Bibliographie:

(1) Anglet:du sable plus qu-il n’en fallait, la vraie histoire. SosLa
(2) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/376
(3) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 2/202
(4) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/379
(5) Archives nationales de Pierrefitte/Seine: Dragues Sangsue et Bayonne(1961 à 1965) 19770759/188, P.M. 454
(6) Archives départementales de Pau, fond de la préfecture sous Série 4 S 124, Service Maritime
(7) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/382
(8) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383
(9) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 49
(10) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 30
(11) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 35
(12) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 31
(13) Mr Le Pors, ingénieurs de la DDE de Bayonne via exposé S3pI 2004
(14) Article Sud ouest, 11 Mai 2004, « L’érosion menace les plages d’Anglet » Médiathèque Bayonne.
(15) Article Sud ouest, 30 Août 2003, « La dragueuse de fond » Médiathèque Bayonne.
(16) Stéphane Abadie et Al. Rapport final pour la CABAB 2004 « Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l’entrée du port de Bayonne ».
(17) Article Sud ouest, 16 Mai 1998, « Aménagement du Port » Médiathèque Bayonne.
(18) Article Sud ouest, 29 Avril 1998, « Mais où est passé le sable » Médiathèque Bayonne.
(19) Article Sud ouest, 28 Janvier 1997, « Une entrée soignée » Médiathèque Bayonne.
(20) Article Sud ouest, 28 Février 1996, « Le sable est dans l’air » Médiathèque Bayonne.
(21) Article Sud ouest, 22 Janvier 1980, « De l’Escault à l’Adour, les grandes manœuvres de l’Ourthe » Médiathèque Bayonne.
(22) Article Sud ouest, 19 Janvier 2000, « Le sable est dans l’air » Médiathèque Bayonne.
(23) Article Sud ouest, 27 Novembre 2002, « La digue en danger » Médiathèque Bayonne.
(24) Article SoSLa du 14 Mai 2015 Anglet: du sable plus qu’il n’en fallait, la vraie histoire.(paragraphe C).
(25) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne « Défense du littoral d’Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle. » Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
(26) Article SoSLa, 05 Octobre 2014 L’embouchure de l’Adour: Pourquoi si peu de sable du coté des plages de Tarnos?
(27) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 « Etude des échanges sédimentaires entre l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet. »           (28) Caractéristique des dragues sur dredgepoint

Pourquoi si peu de sable aujourd’hui du côté des plages de Tarnos?

Observons les embouchures de l’Adour au Boucau et du Boudigau à Capbreton:

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La grande digue du Boucau, terminée en 1966, semble retenir un peu de sable du côté nord de l’embouchure et créer une belle érosion au sud (photo des années 1980)

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La digue du Boudigau à Capbreton, construite huit ans après la digue du Boucau , retient une quantité énorme de sable issu de la dérive littorale au nord et subit une belle érosion au sud. (photo des années 1990)

Pourquoi y a-t-il bien plus de sable accroché contre la digue du Boudigau à Capbreon qu’au nord de la digue du Boucau à Tarnos? 

 

Étrange, non? La grande digue du Boucau, construite en 1966, se situe à seulement 15 km au sud de la digue du Boudigau construite en 1974. Et pourtant, le sable y est bien moins acculé sur sa face nord que chez sa petite cousine. Le phénomène de « DÉRIVE LITTORALE » y parait finalement plus faible. Certains experts vont jusqu’à dire qu’elle est localement inexistante ce qui nous parait étrange. Nous avons donc pris le temps de faire notre petite enquête pour connaitre « LA RAISON » d’une telle différence…

 

I- D’OU VIENT LE SABLE DE NOS PLAGES?

Le sable littoral a pour origine les montagnes. Suite à la fonte des glaciers, il y a plusieurs milliers d’années, il a été porté par les fleuves et les rivières jusqu’à la côte. Ce phénomène perdure toujours aujourd’hui mais avec des volumes de sable bien plus faibles. La diminution de ces apports est à l’origine de l’érosion la côte Aquitaine. Déposé sur les plages, au niveau des embouchures, le sable est pris en charge par le courant appelé « dérive littorale ».

La dérive littorale est le déplacement des sables ou sédiments provoqués parles courants présents le long de la côte. Les houles obliques de nord ouest, les vents à dominance nord ouest et le déferlement des vagues créent un courant parallèle à la côte qui déplace les sables dans une direction qui est en général celle du sud en Aquitaine. Lors de cette dérive, le sable des plages disparaît de quatre manières:

– une partie est emportée par les vents dans l’arrière pays dunaire.
– une partie est emportée par les vagues et disparaît dans les profondeurs océanes.
– une partie est ramassée par l’homme avec les déchets sur les plages.
– le reste qui correspond à la plus grosse partie, suit le courant dominant vers le sud.

A son arrivée, au niveau des plages de Capbreton, une partie est arrêtée par la digue du Boudigau qui vient se placer comme un obstacle artificiel à la dérive littorale.

Une autre partie de ce sable passe un peu plus au large de la côte et tombe dans la fosse de Capbreton, particularité locale, connue aussi sous le terme de Gouf.

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Le gouf de Capbreton est un canyon sous marin unique au monde

 

Les grains de sable qui réussissent à franchir ces deux obstacles continuent de dériver en direction des plages d’Anglet. Mais suite à un changement de direction de la côte, qui passe d’une orientation sud-sud ouest à une orientation sud-ouest, la dérive littorale s’affaiblit. Ainsi l’action de la houle sur le déplacement des sédiments baisse.

Le vent dominant de nord ouest a lui aussi tendance à faiblir au fur et à mesure que l’on se rapproche des Pyrénées.

Pour ces deux raisons, le volume de sable qui dérive au sud des Landes est bien moins important que celui qui dérive sur la côte Girondine et sur le nord de la côte Landaise.

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Au loin sur la droite, Capbreton et le grand virage de la côte aquitaine.

 

Au niveau de l’Adour, la digue du Boucau, vient se placer comme le dernier obstacle majeur à la dérive du sable vers les plages d’Anglet. Ce grand rempart provoque l’accumulation du sable sur les plages de Tarnos mais pas de façon flagrante.

Mais attention, avec une longueur d’environ 1100 mètres de long, la digue du Boucau est trois fois plus longue que la digue du Boudigau à Capbreton, qui fait environ 400 mètres. Ainsi, par effet d’optique, l’accumulation du sable au nord de Capbreton parait bien plus importante que chez sa grande cousine.
De plus, la digue du Boucau est concentrique, c’est à dire qu’elle est courbée vers le sud. Le courant de dérive littoral est ralenti mais pas stoppé net comme dans le cas de sa cousine Landaise qui est rectiligne. Ainsi, les quelques grains de sable fin qui seraient transportés par le courant pourraient probablement traverser l’Adour s’ils ne tombaient pas dans le chenal de l’Adour régulièrement dragué…

photo IGN 1996

Le panache de l’Adour est poussé vers le sud grâce à la dynamique littorale dominante. Lors des grosses houles, un contre courant local remonte des plages angloyes pour y arracher le sable fin et le déposer à l’entrée de l’Adour. (photo IGN 1996)

 

Ainsi, nous constatons que même si la dérive littorale diminue au fur et à mesure que l’on se rapproche des plages d’Anglet, cette dernière n’est pas nulle quand elle arrive au niveau de l’estuaire de l’Adour puisqu’on aperçoit un léger engraissement de sable sur une longueur d’environ 4.5 km entre la plage du Metro et la plage de la digue côté Tarnos.

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L’embouchure de l’Adour en 2013

De plus, en faisant rempart au courant de dérive littoral, la digue du Boucau crée un contre courant sud-nord devant les plages d’Anglet. Lors des tempêtes, ce contre courant emporte le sable angloy vers le chenal de l’Adour ce qui provoque l’érosion des petits fonds de la côte si le sable n’est pas clapé en totalité sur la côte angloye par la suite.

Mais ce constat ne nous parait pas suffisant pour expliquer qu’il n’y a pas plus de sable aujourd’hui sur la côte nord de l’embouchure, surtout quand on sait qu’il y a 150 ans, la terre progressait à cet endroit de 25 mètres tous les dix ans!

 

II- LA COTE NORD DE L’EMBOUCHURE DE L’ADOUR GAGNE SUR L’OCÉAN DEPUIS DES SIÈCLES!

Alors que toute la côte aquitaine est entrée en érosion au début de notre ère, les plages de Tarnos, situées à proximité de l’embouchure de l’Adour comme celles d’Anglet, continuent d’engraisser jusqu’à la fin du 19 ème siècle. Cela est dû, à la fois à leur situation géographique, puisqu’elles se trouvent en fin de dérive littorale marquée par les premiers contreforts de la chaîne des Pyrénées qui se dressent là comme un rempart à la circulation des sables, et à la présence l’Adour qui produit encore, à cette époque, des quantités importantes de sédiment. Voici l’embouchure de l’Adour entre 1700 et 1869:

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Extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés entre 1700 et 1869: les tracés colorés et datés correspondent aux différents traits de côte de l’embouchure de l’Adour à marée basse. Nous avons juste rajouté les dates en couleurs pour mieux apprécier le document. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime).

 

D’après ce plan, on voit clairement que la terre gagne sur la mer au rythme moyen de 2.5 mètres/an côté nord et de 4.5 mètres/an côté sud de l’embouchure, pendant les 170 années étudiées. Comme le signalait à l’époque l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de Bayonne: « On a l’impression que la mer abandonne son rivage ».

En 1893, après avoir formulé sa demande à l’Etat, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne, poussée par les entreprises locales, obtient l’autorisation de pratiquer le dragage continu de la Barre de l’Adour et retire chaque année 700 000 mètres cubes de sable, soit l’équivalent de deux fois le volume de la Tour Montparnasse.
Nous savons aussi que la préfecture donne l’autorisation d’extraire de la madrague à l’embouchure du fleuve et que 50 000 mètres cubes de sédiments sont ainsi retirés chaque année de la plage de la Barre. Quelques années plus tard, la même autorisation est délivrée pour la côte nord de l’embouchure sur la commune de Tarnos. Le volume total de sable extrait annuellement sur la zone avoisinera ainsi les 800 000 mètres cubes!

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Dans les cercles jaunes on aperçoit les traces des extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’entrée de l’Adour en 1938. (Photo IGN)

Dès lors, les relevés scientifiques constatent un recul moyen de 1 mètre/an entre 1896 et 1939 évoluant vers 3 mètres/an au début des années soixante sur les plages d’Anglet. L’apparition d’une érosion sur la côte angloye montre que les extractions qui ont lieu sur terre comme en mer, sont non seulement supérieures au volume de sable qui arrive naturellement, mais qu’en plus on puise dans le stock des plages provoquant leur recul. C’est ainsi que se dessine le début d’une catastrophe écologique puisque l’homme a inversé la dynamique sédimentaire qui existait ici depuis plusieurs siècles à Anglet.

– Mais qu’en est-il au même moment sur la côte nord de l’embouchure?

Voici la concession de bain de mer Laffitte, visible dans le cercle orange, qui se situe en front de mer des plages de Tarnos début 1900. Ce bâtiment, construit en pierre et posé sur le haut de la dune va nous servir de repère pour suivre l’évolution de la côte nord:

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La concession Laffitte, vue depuis la jetée sud de l’embouchure du fleuve début 1900.

 

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Schéma de 1902 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementaux de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1902, le service des Ponts et Chaussées situe précisément cet établissement sur la dune herbeuse devant la plage de la commune de Tarnos, suite à une demande de renouvellement du droit d’exploitation.

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Schéma de 1909 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementales de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1909, l’établissement se trouve toujours au même endroit mais parait maintenant un peu plus en arrière du cordon dunaire qu’en 1902. La végétation s’est développée en avant de l’établissement et montre que la terre continue de gagner sur la mer. La distance gagnée durant cette période représente une quinzaine de mètres, alors qu’au même moment, les plages d’Anglet reculent déjà d’un mètre par an. A noter que la Tour des Signaux, située au sud de l’Adour, est en avant de la limite de la végétation des plages de Tarnos par verticalité.

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1938 et provenant des archives de l’IGN

Dans le cercle rouge, on reconnait la position du bâtiment de la concession Laffitte. Le trait vert est pour nous donner la limite de la végétation. Elle se situe maintenant à gauche de la tour des signaux par verticalité. On s’aperçoit qu’en 30 ans, la terre a gagné à cet endroit plus d’une centaine de mètres et ceci malgré les extractions littorales bien visibles et le dragage de l’embouchure. Même si ces activités perdurent dans le secteur, le sable de la dérive littorale, toujours aussi abondant, permet aux plages de Tarnos de gagner 2.5 mètres par an.

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Cette photo prise durant la guerre 39-45, avec le bâtiment Lafitte dans le fond, confirme la présence d’une longue dune herbeuse entre l’établissement et la mer.

 

Quatorze ans plus tard, on retrouve les vestiges du bâtiment Laffitte, rasé pendant la deuxième guerre mondiale. Il n’en reste plus qu’une dalle bétonnée, accompagnée de quelques arbres!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour, faite en 1952 et provenant des archives de l’IGN

Non loin de là, des casemates construites pendant la guerre 39-45 sont apparus sur les dunes (cercles oranges) . Elles vont nous servir de repères. Celle qui est la plus à gauche a été construit sur une dune herbeuse en partie détruite par la proximité des extractions. Elle est délimité sur sa gauche par le trait vert. La distance qui la sépare du bâtiment Laffitte est maintenant de 140 mètres, soit 28 mètres supplémentaires par rapport à 1938, ce qui signifie que l’on est toujours sur une dynamique d’engraissement de ces plages. Ce constat d’engraissement par photo aérienne est confirmé par une étude de C. Migniot et J. Lorin  » Evolution de la côte des Landes et du Pays Basque » sortie en 1978.

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La casemate en question en 1944…..(Photo issu du livre « quand Hitler bétonnait la côte basque » de Jean Curutchet 1988)

 Mais le péril du sable est en train de naitre. En effet, il y a désormais deux machines d’extraction de sable littoral qui opèrent dans le coin (flèches rouges), correspondant à un   prélèvement de 100 000 mètres cube de sable/an.

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Le bunker, à gauche, se fait déchausser par l’intensité des extractions littorales provoquant une érosion artificielle!

Cette progression de la côte vers la mer, qui semble déjà ralentir, va malheureusement s’arrêter car l’homme va y mettre un terme…Voici une dernière vue de ce qu’a du être le maximum de terre gagné à Tarnos:

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L’embouchure de l’Adour en 1953. Le sable qui s’accumule au nord de la digue provoque un engraissement sableux de la plage rappelant le cas de l’embouchure de Capbreton.

III-LES PLAGES DE TARNOS RECULENT A LEUR TOUR!

En 1962, le nord de l’embouchure est totalement retourné par les extractions littorales! Le trait vert qui représente la limite de la végétation et qui était placé à gauche de la casemate la plus à l’ouest sur la photo de 1952 est maintenant situé sa droite. Les deux engins d’extraction qui opèrent sur ce secteur provoquent un recul des plages d’une dizaine de mètres. Çà y est,  la côte nord perd à son tour du terrain, soit en moyenne 1 mètre/an.  Au même moment, les plages d’Anglet reculent de 3 mètres/an!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1962 et provenant des archives de l’IGN

 

– La construction de la grande digue du Boucau, entre 1963 et 1966, est synonyme d’une accélération de l’érosion de la côte Angloye. Non seulement, les sables présents sur la plage vont servir à sa confection mais en plus, les volumes de matériaux dragués à l’embouchure qui étaient retombé à 300 000 m3 depuis les années 1920 sont à nouveau multipliés par deux, avoisinant ainsi les 700 000 m3 par an.

 

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Extraction de sable littoral et construction de la digue du Boucau en 1964…

 

La grande différence avec le passé, c’est que désormais, la côte angloye devient quasiment l’unique contributeur en sable dragué à l’embouchure. Le trait de côte  y recule alors par dizaines de mètres tous les ans et ce jusqu’au milieu des années soixante dix.
Du côté des plages de Tarnos, on pourrait imaginer que l’arrêt net de la dérive littorale par ce nouveau rempart devrait contribuer à stabiliser ces plages voire, les ré-engraisser.
Mais il n’en est rien car le pire est en train d’arriver. En effet, ce ne sont plus deux machines d’extraction littorale qui fonctionnent en permanence sur le littoral de Tarnos mais six!!!

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

On compte trois engins d’extraction littorale sur la côte nord de l’embouchure de l’Adour, signalés par des flèches rouges. Ils produisent 225 000 mètres cube de sable qui disparaissent chaque année de ces plages! Le cercle rouge situe la position de l’ancien établissement Laffitte. Les flèches jaunes montrent pour la première fois l’apparition de falaises vives creusées dans le cordon dunaire, signe d’une forte érosion. Le cercle orange le plus à gauche situe la casemate qui était la plus en avant du complexe défensif allemand. Elle se retrouve en quelques années en bas de la plage, presque enseveli!

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Photo du début des années 70, au nord du parking de la digue, montrant la casemate posée sur la plage en plein naufrage! (Herrero/Nicodigue)

 

La plage du Métro de Tarnos, 4 km plus au nord, est caractérisée par la présence d’une piste d’aviation construite par la société Dassault, mais aussi par son énorme casemate posée sur le haut de la plage, visible dans le cercle orange.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

Les flèches rouges indiquent la présence, là aussi, de trois engins d’extraction littorale, alors que jusqu’à présent, cette plage était épargnée par l’exploitation industrielle du sable. Ici aussi, 225 000 m3 de sable disparaissent tous les ans.

Si on les rajoute aux 225 000 mètres cube qui disparaissent au nord de l’embouchure, on arrive à un total de 450 000 m3 extrait tous les ans par la plage sur une distance de 4 km. N’oublions pas les 700 000 mètres cubes qui sont dragués chaque année à l’entrée de l’Adour depuis la construction de la grande digue du Boucau et les 75 000 mètres cube extraits à la plage de la Barre à Anglet. Ainsi, on totalise un chiffre ahurissant d’1 225 000 mètres cube de sable prélevé tous les ans des plages sur une distance de 4.5 km de littoral. Pas étonnant que devant une telle folie, ce qui devait arriver…arriva !

Et c’est ainsi que le littoral va reculer par dizaines de mètres entre 1968 et 1976:

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

En 1975, le carnage est époustouflant. On voit clairement, au nord de l’embouchure,  la présence de falaises vives de plusieurs mètres de haut taillées dans le cordon dunaire. Les casemates marquées par les cercles oranges sont en pleine bascule sur la pente des dunes, d’autres sont déjà posées en bas et certaines ont disparu. Le recul du trait de côte est sans appel!

 

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

A la plage du Métro, le bilan est aussi saisissant. La grosse casemate, jadis posée sur le cordon dunaire, s’est détachée de la dune et gît sur la plage, balayée par forte marée. La plage a reculé ici aussi d’une dizaine de mètre en peu de temps. Des falaises vives apparues dans la dune sont signalées par les flèches jaunes. Les flèches rouges montrent toujours la présence des engins d’extraction de sable, synonyme là encore, d’une forte exploitation industrielle en 1975. Entre 1960 et 1975, 7 500 000 m3 de sable littoral seront extraits des plages de Tarnos pour les travaux publics.

Ce recul sans précédent du trait de côte, dont l’homme est seul responsable ici, va-t-il se poursuivre?

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Extraction du sable littoral, à la digue du Boucau où quand les grands jouent aux châteaux de sable avec le sable de nos plages. (photo Herrero, début des 70 via Nicodigue)

 

 

IV- VERS UN RETOUR DU SABLE AU NORD DE L’EMBOUCHURE DE L ADOUR?

Les départs massifs du sable des plages allant de Boucau à Tarnos font écho aux événements qui se produisent à Anglet depuis la fin des années soixante. Le constat est si choquant que des citoyens vont réagir.

Des propriétaires privés du front de mer intentent un procès contre l’ETAT, et obtiennent gain de cause en 1974. Cette décision juridique a une énorme valeur puisque aussitôt la Direction du domaine publique maritime prend à sa charge la problématique en faisant arrêter en 1976 les extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’embouchure de l’Adour, en faisant construire 6 épis au sud de la côte Angloye pour empêcher le sable fin de remonter vers l’entrée de l’Adour et en mettant en place à ses frais le clapage côtier pour ramener le sable angloy qui glisse dans le chenal de l’Adour.

Sur la côte nord de l’embouchure, la côte régresse encore quelques années tellement l’inertie de recul créé par l’homme est forte.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 1978 et provenant des archives de l’IGN

Ce n’est que trois ans après l’interdiction des extractions littorales, vers 1978, que la plage cesse de reculer sur la côte nord de l’Adour. Les casemates sont alors au plus près de la mer et l’ancien établissement de bains Laffitte se situe maintenant à 81 mètres des plus hautes marées au lieu de 140 mètres en 1952, correspondant à un recul moyen de 2.5 mètres par an avec des pointes à plus de 5 mètres dans les années soixante dix.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 2008 et provenant des archives de l’IGN

En 2008, l’inversion de la tendance entamée en 1978 se confirme puisque la végétation a repris du terrain vers la mer, signe d’une plage qui rengraisse à nouveau! Les falaises vives de la dune ont laissé place à un bourrelet sablonneux, la casemate sur la plage (2?), encore visible il y a 30 ans, s’est bien ensablée et a disparu! Celle qui est un peu plus haut à droite sur le cordon dunaire, est aussi enfoui derrière la dune. Un peu plus au nord, le bunker au grand mat en métal, bien visible aujourd’hui et qui était en train de glisser sur la pente de la dune, a été repris par le sable et la végétation. Notre repère Laffitte, qui était à 80 mètres de l’océan en 1978, est maintenant à 110 mètres environ, soit un engraissement moyen de la plage d’un mètre par an! La nature a repris ses droits.

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La plage de Tarnos, vue depuis le bord de l’Adour en 2015. L’accumulation du sable a enseveli les anciennes casemates 1 et 2 tombées sur la plage durant les années 70 et recouvre partiellement celle qui possède un grand mat.

Autre vue depuis la plage:

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Au premier plan, la casemate 2, qui fait plusieurs mètres de haut à l’origine, a été submergé par le retour du sable.

Idem, pour la plage du Métro à Tarnos.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 1979 et provenant des archives de l’IGN

Le maximum de recul est atteint vers 1978. En plus de la grosse casemate, une autre casemate, juste derrière et jusque là, caché dans la dune, s’est à son tour « tchanquée » sur la plage.

En 2008, la plage du Métro s’est aussi reconstituée, mais avec un effet moins important qu’à proximité de la grande digue du Boucau. On enregistre quand même un engraissement de la plage d’une quinzaine de mètres en 30 ans. Il faut imaginer qu’il y avait là, durant les grandes années d’extraction littorales, des falaises vives de plusieurs mètres de haut et qu’avant d’arriver à regagner du terrain sur la mer, la plage a dû se reconstituer durant plusieurs années… On comprend mieux pourquoi les bunkers, qui ont subit cette érosion passée, paraissent aujourd’hui figés à leur emplacement.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 2008 et provenant des archives de Google Earth.

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La fameuse casemate de la plage du Métro à Tarnos en 2015.

Finalement, on comprend mieux pourquoi les plages de Tarnos ne sont pas plus engraissées aujourd’hui. Au lieu d’avoir continué à progresser durant les années 60 et 70, elles ont perdu artificiellement une quarantaine de mètres. Depuis 1952, s’il n’y avait pas eu ces extractions littorales intensives, il est très probable que la plage du Champs de tir serait au moins 100 mètres plus en avant dans la mer.

Du côté de la côte Angloye, paradoxalement, les derniers relevés des limites du domaine maritime établis entre 1979 et 2009, font état d’un recul moyen de la côte de 30 mètres sur les plages qui ne sont pas défendues par les enrochements latéraux comme aux plages du Vvf, du Club ou des Cavaliers. Cela représente un recul d’environ un mètre par an pour le littoral située entre les Sables d’Or et les Dunes.

Cette analyse mets en lumière qu’il existe encore une « DÉRIVE LITTORALE » significative sur le secteur des plages de Tarnos, puisque du sable s’y accumule toujours. Ce courant est effectivement plus faible que celui qui circule au nord de Capbreton, mais si la grande digue du Boucau n’existait pas aujourd’hui, le sable issu de cette dérive se déposerait encore sur les plages d’Anglet comme par le passé, évitant ainsi leur érosion.

 

L’équipe SosLa

 

Embouchure Octobre 2004 Sud ouest

La dérive littorale au sud des Landes: alors qui dit encore qu’il n’y a pas d’accumulation de sable au nord de l’embouchure?