Vers une lente asphyxie de la grotte de la Chambre d’Amour…Episode 4/7

LA LENTE ASPHYXIE DE LA GROTTE

Après la chute de l’Empire, le tourisme côtier va poursuivre son essor. Parallèlement, l’attrait de la grotte va décliner face aux assauts des éléments naturels:

Vers 1815, P-J. Lesauvage, pharmacien aide major à l’hôpital militaire de Bayonne, témoigne dans un ouvrage peu connu de l’état de la grotte (55): « A l’extrémité d’Anglet, sur le bord de la mer, on voit la Chambre d’Amour, laquelle n’est autre qu’une roche qui offre une vaste cavité au niveau de la mer et qui est baignée par les flots dans les grandes marées….» . Ainsi nous apprenons que la grotte n’est plus atteinte que par les grandes marées alors que 9 ans auparavant, elle est quasiment immergée en permanence!

Dans le livre « Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » écrit par le Bayonnais Jean-Baptiste Bailac, l’auteur signale à la page 440 que la grotte de la Chambre d’Amour en 1820 est à demi-comblée …(58)

En 1822, Wilhelm von Ludemann, écrivain allemand mais aussi ethnographe, vient en voyage au pays basque! Quatre ans plus tard, il sort un livre qui s’intitule « Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » , dans lequel il écrit une nouvelle version de la légende, en choisissant des prénoms différents . Point important, il signale que l’événement sur lequel s’appuie la légende remonterait à la fin du 17 ème siècle…comme Etienne de Jouy cinq ans plus tôt. (34 page 54; 4 page 27)

En 1828, la duchesse de Berry, Marie-Caroline de Naples, est en pèlerinage royaliste dans le sud-ouest de la France. Elle fait un arrêt bucolique un soir d’été à la Chambre d’Amour avec sa cour. Pour l’occasion, la lune est de sortie et l’accompagne jusqu’à la mer dans une chevauchée incertaine. A son arrivée, le vicomte Walsh, journaliste et romancier raconte dans « Suite aux lettres vendéennes » (10 p447): « Enfin, on arriva à la Chambre d’Amour…O surprise, ô désappointement! Un tas énorme de sable amoncelé par les vagues avait tellement encombré la grotte, qu’il restait à peine à découvert quelques pouces de la voûte; mais cela n’arrêta pas la princesse; elle voulut voir le peu qu’il existait encore; précédée par des torches que portaient des habitants de ces bords, elle gravît gaiement la montée pénible….Arrivée en haut, elle repris haleine un moment et daigna adresser à ceux qui l’avait suivie quelques questions sur l’état antérieur de la grotte et sur les causes de son état actuel. La princesse, toujours aimable, malgré son désappointement, se replaça sur son cacolet et la caravane se remit en route » J. Thore n’avait pas tort! Les sables, venus du nord, étaient en passe de doubler la pointe de la Chambre d’Amour et par la même occasion, finissaient d’obstruer l’entrée de la grotte qui faisait encore 5 à 6 mètres de haut 20 ans plus tôt! Le phénomène d’ensablement était si marqué qu’il commençait à étouffer la légende. C’était les prémices de son déclin.

Le cadastre Napoléonien, réalisé en Septembre 1831, situe l’emplacement de la grotte. Une précision qui prendra toute son importance 150 ans plus tard…

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La grotte de la Chambre d’Amour signalée en pointillée sur le plan cadastral Napoléonien de 1831

Le 20 Juillet 1834, un obscur littérateur, Prosper de Lagarde, constate à son tour l’ensablement du seuil de la grotte. Il retranscrit son étape dans « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz » (11, p81),  sorti à Paris en 1835: « Après les rochers et les bains de Biarritz, j’avais encore à voir la Chambre ou Grotte d’Amour. C’est une grotte située au bord de la mer, dans un enfoncement de rochers, à quelques distances de ce village. On donne à cette dénomination de grotte d’Amour, l’origine suivante… » C’est alors que l’auteur livre sa version de la légende des amoureux, avant de reprendre un peu plus loin: « Quoiqu’il en soit de l’authenticité de cette histoire, toujours est-il que la Grotte d’Amour, quoique beaucoup moins digne d’attention que Biarritz, figure au nombre des curiosités de l’endroit. Je résolus donc de ne pas partir sans lui avoir payé mon tribut… » Pour la première fois, Biarritz semble voler la vedette à Anglet et à sa grotte. Les centres d’intérêt des touristes seraient-ils en train de changer? L’auteur reprend: « Après avoir laissé sur notre gauche un très beau phare de construction récente, auquel même on travaillait encore, nous arrivâmes à un petit hameau misérable nommé Bourdeille (voir photo cadastre Napoléonien). Là, trois ou quatre petits polissons prenaient leurs ébats. Catherine en appelle un, et lui dit de me conduire à la grotte d’Amour. Me voilà donc avec mon guide chevauchant dans le sable, comme tout à l’heure Glorieux (nom du cacolet), et ; comme lui, y entrant jusqu’aux genoux. Enfin nous arrivons devant un immense rocher, au bas duquel j’aperçois une ouverture d’un pied de hauteur sur trente ou quarante de longueur. Mon guide s’arrête et me montre du doigt cette ouverture:  Eh bien! lui dis-je, en regardant de tous les côtés, où est donc la Grotte d’Amour?_ La voilà! _Comment çà, la voilà, on y entre donc pas, dans cette grotte?_ Si fait, on y entre monsieur. _Mais Comment? _ En se couchant à plat ventre et en y descendant à reculons sur le sable. Oh! une fois que vous y serez, vous pourrez vous y tenir debout, vous y serez fort à votre aise. De temps en temps, on déblaie l’entrée pour la faciliter aux voyageurs; mais la mer y ramène toujours une quantité de sable et, au bout de peu de temps, c’est comme vous voyez. En effet, la mer s’avançait à cent pas de nous, terrible et furieuse; je ne vous mens pas: c’était justement une marée pleine lune, le dimanche 20 juillet; voyez l’almanach… »  L’enfant révèle que l’entrée de la grotte demande un entretien fréquent de désensablement pour en améliorer l’accès au gens de passage, mais en vain. « _Oh monsieur, soyez tranquille. La mer ne vient jamais jusqu’à la grotte: elle reste à plus de cinquante pas, même dans les plus fortes marées comme celle-ci. _ Mais tu viens de me dire que la mer y ramenait toujours des sables qui en bouchent l’entrée? _La mer les amène sur la plage, mais c’est le vent qui les porte jusqu’ici… » C’est alors qu’on réalise que la mer a abandonné la caverne car même les plus hautes marées ne l’atteignent plus.

L’auteur se lance: « Je pris donc mon parti et me décidais à pénétrer dans la grotte…_Allons, monsieur, mettez-vous à plat ventre, tout de votre long, les pieds vers la grotte, et ramper, comme moi, à reculons; et surtout, ne levez pas la tête, car vous la casseriez sur le rocher. Je m’exécutais de bonne grâce, après m’être bien assuré que la plage était déserte, et que personne ne pouvait me voir faire ma génuflexion. Nous descendîmes ainsi d’une douzaine de pieds en nous débattant dans ce sable, après quoi, nous pûmes mettre pied à terre et nous tenir debout….Après avoir erré quelques temps à tâtons dans cette caverne qui m’a paru avoir une forme à peu près circulaire, cinquante à soixante pied de diamètre, sur douze à quinze pieds de hauteur, comme il était avéré que j’avais bien vu la grotte de la Chambre d’Amour, je pensais à la retraite. Nous sortîmes aussi agréablement que nous étions rentrés… » Les dimensions de la grotte relevées par P. de Lagarde sont précieuses. Après conversion, on obtient un diamètre de 16.50 à 19.80 mètres pour une hauteur de 4 à 5 mètres. On a donc le sentiment que le sol s’est élevé au fil du temps!

En 1836, Félix Morel fait le même constat que Prosper de Lagarde dans le guide régional « Bayonne, vues historiques et descriptives » (41, page 417) et rajoute: « La Chambre d’Amour est aujourd’hui dépouillée de son attrait de terreur et de mystère; solitaire et abandonnée, elle n’est plus témoin que des amours 100 fois renouvelés des goélands et des éperviers qui planent et qui s’ébattent incessamment sur cette côte. Tous les vieux souvenirs que recommandaient une chapelle, une roche, un ermitage, ou un tombeau sont éteints ou déflorés et il faut au chroniqueur ou au romancier de longues études pour raviver ces couleurs et donner quelque prix à un récit des temps passés» Il confirme que la grotte est en train de disparaître sous les sables et avec elle, la flamme de sa légende. Il rappelle qu’elle fait l’objet d’un constant désensablement de son entrée pour permettre aux visiteurs de s’y introduire.

En 1842, G. de Lavigne rapporte dans l’ «Artiste en province», journal de la littérature et des beaux arts, que ce lieu de rendez-vous des amoureux existe toujours, que l’entrée de la grotte est à demi comblée, que la voûte est couverte de noms et de dates et qu’elle perd encore de son charme avec l’installation ressente de deux auberges près de la « tombe de Saubade et Laurens… » (43 p 201)

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Des noms, des dates et des codes gravés à plusieurs mètres de haut témoignent encore de ce passé romantique où la voûte était, durant un temps, à portée de main.

En 1843, Victor Hugo entreprend une escapade amoureuse dans les Pyrénées avec Juliette Drouet (23). De passage à Biarritz le 27 Juillet, il est subjugué par ce village blanc aux toits roux et aux volets verts. Il en parle dans des œuvres inédites: «En voyage, Alpes et Pyrénées » (44 page 54). Il décrit la présence de grottes « où l’eau filtre goutte à goutte, et pleure en longue perles depuis la voûte » et « des chambres sur les rivages avoisinant » du dit village, mais sans préciser si la fameuse caverne en fait partie. Manquait-il de temps pour aller lui rendre visite ou bien trouvait-il que la grotte avait tout simplement perdu son statut légendaire?

En 1845, le « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées» , édité par Richard parle d’une grotte de 13 mètres de diamètre.(44 page 594) Or, en 1806, J. Thore relève un diamètre situé entre 21 et 24 mètres. Ainsi, on constate une nouvelle fois que celle-ci s’ensable.

En Juin 1847, le naturalise M. de Quatrefages vient parcourir la baie de Biscaye et commence son étude par la côte angloye. Voici l’analyse qu’il dresse sur la grotte de la Chambre d’Amour dans la Revue des deux mondes: «depuis quelques années, sous le choc répété des vagues, une portion de la falaise s’est écroulée, des sables venus du large ont recouvert ces débris et obstrué l’entrée de la grotte… Aujourd’hui, le voyageur surpris par la marée et enfermé dans la Chambre d’Amour en serait quitte pour être pendant quelques heures en plein air; tout au plus, si la mer était grosse, serait-il forcé de chercher un refuge au sommet du monticule qui recouvre le tombeau des deux amants» (22) L’auteur explique aussi que le sable fin, emportés par le vent, s’accumule contre les falaises.

LE DEUXIÈME SOUFFLE POUR LA GROTTE

Pierre Lafargue révèle qu’en 1850, la municipalité a alloué une somme d’argent pour procéder à l’ouverture de la grotte et à son entretien pendant les dix années suivantes, dans le but d’éviter qu’elle ne disparaisse pour toujours. (13; p18 et 179).

En 1852, »Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » publié par C. Hennebutte, confirme l’intervention de la ville d’Anglet pour sauver la caverne: « La grotte a été longtemps comblée et que l’on s’occupe de la déblayer« .(12)  Ainsi la légende revit, mais pour combien de temps?

En 1853, le Courrier de Bayonne publie plusieurs articles sur la Chambre d’Amour:

Celui de E. Lamégnère, daté du 22 Mai, fait une analyse historique des lieux avec une grotte encore obstruée: « La chambre d’Amour était une grotte de la commune d’Anglet qui a longtemps joui d’une grande renommée dans le pays. On s’y rendait en pèlerinage le dimanche, de Bayonne et de Biarritz, comme d’Avignon on se rend à Vaucluse. Les parois en étaient couvertes intérieurement de noms, de devises et de chiffres amoureux. L’événement fort ancien qui s’y rattache et que raconte cette légende a été également célébré en prose par de Jouy, en vers par quatre poètes, français, espagnol, anglais et allemand Népomucène Lemercier, Iriarte, Southey, ou Bürger… Quant à la grotte, jadis, si célèbre, nul n’en parle plus de nos jours. Tous les pèlerinages élégiaques ont cessé depuis plus de trente ans. Les sables ont comblé l’asile des amours fugitifs; tous ces noms d’heureux inconnus, tous ces chiffres entrelacés, toutes ces devises palpitantes ont disparu sous l’avalanche aréneuse et la Chambre d’Amour n’est plus, pour les populations gasconnes et basques du littoral, qu’un souvenir lointain que le temps oublieux efface chaque jour de son aile.« (12b)

Un autre article, du 16 Octobre, d’Auguste Bouët, raconte une nouvelle légende, celle de Mérilla et Saubad. Il termine ses lignes en rappelant la situation de la grotte: « Bien qu’elle soit aujourd’hui presque entièrement obstruée par les sables, elle n’en attire pas moins encore les visites des curieux voyageurs, et plus d’une fois elle éveilla leur verve et leurs sympathiques souvenirs.« (42)

Pierre Lafargue déclare dans ses recherches en 1853: « Suite à son dégagement, la grotte de la Chambre d’Amour n’avait jamais été plus attrayante« . (13 p18)

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Dessin de Henry Charles Landrin de 1854 montrant l’entrée de la grotte récemment déblayée de ses sables par la municipalité.

En 1854, Napoléon III, probablement dans l’esprit d’un pèlerinage familial, fit construire une grande villa face à la mer au pied du cap St Martin, du côté de Biarritz. Sa femme, Eugénie de Montijo, y passa les quatorze années suivantes, de juillet à octobre, avec sa cour. Cette côte, qu’elle avait découverte dès l’age de 9 ans, lors de ses allez-venues entre Madrid et Paris, l’avait conquise. Une fois devenue impératrice, sa contribution pour le quartier de la Chambre d’Amour fut sans appel: construction d’une chapelle, financement d’une forêt de pins dans la lande littorale, soutien à Notre Dame du Refuge… Bien que nous n’ayons trouvé aucun texte attestant de sa visite à la grotte, il est dit qu’elle était reconnue de tous comme une aventurière romantique et qu’elle avait été séduite par la grotte et sa légende.

En 1855, A. Chaho, écrivain et périodiste basque, rappelle dans son ouvrage « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan » combien la terre gagne sur la mer à la Chambre d’Amour et prend la caverne comme repère pour signaler que le dénouement de la légende aurait été bien différent à son époque! (46)

En 1856, A. Germond de Lavigne signale, dans le guide: « Autour de Biarritz: promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays Basque« , que l’on peut entrer dans la grotte en se courbant mais qu’elle est loin des dimensions qui en ont fait sa réputation. (14, page 67-68)

Le 10 Août 1858, Adolphe Joanne publie ses fameux guides touristiques, dont un numéro sur le sud-ouest de la France: »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées« . Il n’est pas très enchanté par le coin et décrit les lieux tels quels: « La Chambre d’Amour, grotte insignifiante, à demi-fermée par les sables, est située dans une anse profonde, au pied d’une falaise escarpée« (35)

Les bains de mer qui continuent de recevoir l’approbation du corps médical, poursuivent leur développent à Anglet. Après les deux guinguettes implantées près de la grotte, voici quatre baraques de bain en bois en contre bas du chemin de la plage, représentées sur un document des Ponts et Chaussées de 1861.

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La Chambre d’Amour en 1861, avec sa grotte, sa pointe « entière », ses baraques de bains, sa végétation et ses grandes marées (en bleu et rouges)

En 1864, le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs, précise qu’il est difficile de pénétrer dans la grotte remplie de sable.(48, p15)

En 1865, Bismarck, ministre-président de Prusse, vient à Biarritz pour échanger avec Napoléon III sur l’avenir de l’Europe. Il décrit dans ses mémoires quelques unes de ses excursions, que P. de Gorsse recueillit dans une plaquette (23 page 18). La phrase suivante touche notre étude: « A un quart de lieu de Biarritz, il y a une étroite fissure dans les rochers de bord de la mer, gazonnée, buissonneuse, ombragée, invisible à tous les regards…. »  Que pouvait-il bien y faire???

Prochain épisode:  La grotte face a son imparable destin: sa disparition!

L’équipe SoSLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(10) Joseph de Walsh,  » Suite aux lettres vendéennes » Paris 1829.

(11) Prosper de Lagarde, « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz« Paris 1835.

(12) Charles Hennebutte « Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » 1852, Archives Médiathèque de Bayonne.

(12b) Courrier de Bayonne 19, 22 Mai et 16 Octobre 1853, Archive Médiathèque de Bayonne.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(14) Germond de Lavigne,  « Autour de Biarritz : promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays basque« , 1856, Paris.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(23) Pierre de Gorsse: « Biarritz de jadis, plage des rois » 1962.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(35) Adolphe Joanne : »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l’Océan a la Méditerranée » Edition Hachette, 1858.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(41) Félix Morel: »Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(42) Auguste Bouët, le Courrier de Bayonne: « La Chambre d’Amour » Octobre 1853, médiathèque Bayonne.

(43) Germond de Lavigne, l’Artiste, journal de la littérature et de l’art: « L’artiste en Province« , Paris, 1842.

(44) Victor Hugo, En voyage, Alpes et Pyrénées, 1843.

(45) Richard, « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées » 1845.

(46) Auguste Chaho, écrivain et périodiste basque: « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan : itinéraire pittoresque » Deuxième partie, Bayonne, 1855.

(48) Madame Lamagnière, « Le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs« ,  Bayonne, 1864.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(55) P-J. Lesauvage, pharmacien militaire: « Essai topographique et médical sur Bayonne et ses environs » Paris, 1825.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725.

(58) Jean-Baptiste Bailac:« Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » imprimerie Duhart-Fauvet, Bayonne 1828.

 

 

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Pourquoi si peu de sable aujourd’hui du côté des plages de Tarnos?

Observons les embouchures de l’Adour au Boucau et du Boudigau à Capbreton:

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La grande digue du Boucau, terminée en 1966, semble retenir un peu de sable du côté nord de l’embouchure et créer une belle érosion au sud (photo des années 1980)

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La digue du Boudigau à Capbreton, construite huit ans après la digue du Boucau , retient une quantité énorme de sable issu de la dérive littorale au nord et subit une belle érosion au sud. (photo des années 1990)

Pourquoi y a-t-il bien plus de sable accroché contre la digue du Boudigau à Capbreon qu’au nord de la digue du Boucau à Tarnos? 

 

Étrange, non? La grande digue du Boucau, construite en 1966, se situe à seulement 15 km au sud de la digue du Boudigau construite en 1974. Et pourtant, le sable y est bien moins acculé sur sa face nord que chez sa petite cousine. Le phénomène de « DÉRIVE LITTORALE » y parait finalement plus faible. Certains experts vont jusqu’à dire qu’elle est localement inexistante ce qui nous parait étrange. Nous avons donc pris le temps de faire notre petite enquête pour connaitre « LA RAISON » d’une telle différence…

 

I- D’OU VIENT LE SABLE DE NOS PLAGES?

Le sable littoral a pour origine les montagnes. Suite à la fonte des glaciers, il y a plusieurs milliers d’années, il a été porté par les fleuves et les rivières jusqu’à la côte. Ce phénomène perdure toujours aujourd’hui mais avec des volumes de sable bien plus faibles. La diminution de ces apports est à l’origine de l’érosion la côte Aquitaine. Déposé sur les plages, au niveau des embouchures, le sable est pris en charge par le courant appelé « dérive littorale ».

La dérive littorale est le déplacement des sables ou sédiments provoqués parles courants présents le long de la côte. Les houles obliques de nord ouest, les vents à dominance nord ouest et le déferlement des vagues créent un courant parallèle à la côte qui déplace les sables dans une direction qui est en général celle du sud en Aquitaine. Lors de cette dérive, le sable des plages disparaît de quatre manières:

– une partie est emportée par les vents dans l’arrière pays dunaire.
– une partie est emportée par les vagues et disparaît dans les profondeurs océanes.
– une partie est ramassée par l’homme avec les déchets sur les plages.
– le reste qui correspond à la plus grosse partie, suit le courant dominant vers le sud.

A son arrivée, au niveau des plages de Capbreton, une partie est arrêtée par la digue du Boudigau qui vient se placer comme un obstacle artificiel à la dérive littorale.

Une autre partie de ce sable passe un peu plus au large de la côte et tombe dans la fosse de Capbreton, particularité locale, connue aussi sous le terme de Gouf.

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Le gouf de Capbreton est un canyon sous marin unique au monde

 

Les grains de sable qui réussissent à franchir ces deux obstacles continuent de dériver en direction des plages d’Anglet. Mais suite à un changement de direction de la côte, qui passe d’une orientation sud-sud ouest à une orientation sud-ouest, la dérive littorale s’affaiblit. Ainsi l’action de la houle sur le déplacement des sédiments baisse.

Le vent dominant de nord ouest a lui aussi tendance à faiblir au fur et à mesure que l’on se rapproche des Pyrénées.

Pour ces deux raisons, le volume de sable qui dérive au sud des Landes est bien moins important que celui qui dérive sur la côte Girondine et sur le nord de la côte Landaise.

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Au loin sur la droite, Capbreton et le grand virage de la côte aquitaine.

 

Au niveau de l’Adour, la digue du Boucau, vient se placer comme le dernier obstacle majeur à la dérive du sable vers les plages d’Anglet. Ce grand rempart provoque l’accumulation du sable sur les plages de Tarnos mais pas de façon flagrante.

Mais attention, avec une longueur d’environ 1100 mètres de long, la digue du Boucau est trois fois plus longue que la digue du Boudigau à Capbreton, qui fait environ 400 mètres. Ainsi, par effet d’optique, l’accumulation du sable au nord de Capbreton parait bien plus importante que chez sa grande cousine.
De plus, la digue du Boucau est concentrique, c’est à dire qu’elle est courbée vers le sud. Le courant de dérive littoral est ralenti mais pas stoppé net comme dans le cas de sa cousine Landaise qui est rectiligne. Ainsi, les quelques grains de sable fin qui seraient transportés par le courant pourraient probablement traverser l’Adour s’ils ne tombaient pas dans le chenal de l’Adour régulièrement dragué…

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Le panache de l’Adour est poussé vers le sud grâce à la dynamique littorale dominante. Lors des grosses houles, un contre courant local remonte des plages angloyes pour y arracher le sable fin et le déposer à l’entrée de l’Adour. (photo IGN 1996)

 

Ainsi, nous constatons que même si la dérive littorale diminue au fur et à mesure que l’on se rapproche des plages d’Anglet, cette dernière n’est pas nulle quand elle arrive au niveau de l’estuaire de l’Adour puisqu’on aperçoit un léger engraissement de sable sur une longueur d’environ 4.5 km entre la plage du Metro et la plage de la digue côté Tarnos.

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L’embouchure de l’Adour en 2013

De plus, en faisant rempart au courant de dérive littoral, la digue du Boucau crée un contre courant sud-nord devant les plages d’Anglet. Lors des tempêtes, ce contre courant emporte le sable angloy vers le chenal de l’Adour ce qui provoque l’érosion des petits fonds de la côte si le sable n’est pas clapé en totalité sur la côte angloye par la suite.

Mais ce constat ne nous parait pas suffisant pour expliquer qu’il n’y a pas plus de sable aujourd’hui sur la côte nord de l’embouchure, surtout quand on sait qu’il y a 150 ans, la terre progressait à cet endroit de 25 mètres tous les dix ans!

 

II- LA COTE NORD DE L’EMBOUCHURE DE L’ADOUR GAGNE SUR L’OCÉAN DEPUIS DES SIÈCLES!

Alors que toute la côte aquitaine est entrée en érosion au début de notre ère, les plages de Tarnos, situées à proximité de l’embouchure de l’Adour comme celles d’Anglet, continuent d’engraisser jusqu’à la fin du 19 ème siècle. Cela est dû, à la fois à leur situation géographique, puisqu’elles se trouvent en fin de dérive littorale marquée par les premiers contreforts de la chaîne des Pyrénées qui se dressent là comme un rempart à la circulation des sables, et à la présence l’Adour qui produit encore, à cette époque, des quantités importantes de sédiment. Voici l’embouchure de l’Adour entre 1700 et 1869:

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Extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés entre 1700 et 1869: les tracés colorés et datés correspondent aux différents traits de côte de l’embouchure de l’Adour à marée basse. Nous avons juste rajouté les dates en couleurs pour mieux apprécier le document. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime).

 

D’après ce plan, on voit clairement que la terre gagne sur la mer au rythme moyen de 2.5 mètres/an côté nord et de 4.5 mètres/an côté sud de l’embouchure, pendant les 170 années étudiées. Comme le signalait à l’époque l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de Bayonne: « On a l’impression que la mer abandonne son rivage ».

En 1893, après avoir formulé sa demande à l’Etat, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne, poussée par les entreprises locales, obtient l’autorisation de pratiquer le dragage continu de la Barre de l’Adour et retire chaque année 700 000 mètres cubes de sable, soit l’équivalent de deux fois le volume de la Tour Montparnasse.
Nous savons aussi que la préfecture donne l’autorisation d’extraire de la madrague à l’embouchure du fleuve et que 50 000 mètres cubes de sédiments sont ainsi retirés chaque année de la plage de la Barre. Quelques années plus tard, la même autorisation est délivrée pour la côte nord de l’embouchure sur la commune de Tarnos. Le volume total de sable extrait annuellement sur la zone avoisinera ainsi les 800 000 mètres cubes!

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Dans les cercles jaunes on aperçoit les traces des extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’entrée de l’Adour en 1938. (Photo IGN)

Dès lors, les relevés scientifiques constatent un recul moyen de 1 mètre/an entre 1896 et 1939 évoluant vers 3 mètres/an au début des années soixante sur les plages d’Anglet. L’apparition d’une érosion sur la côte angloye montre que les extractions qui ont lieu sur terre comme en mer, sont non seulement supérieures au volume de sable qui arrive naturellement, mais qu’en plus on puise dans le stock des plages provoquant leur recul. C’est ainsi que se dessine le début d’une catastrophe écologique puisque l’homme a inversé la dynamique sédimentaire qui existait ici depuis plusieurs siècles à Anglet.

– Mais qu’en est-il au même moment sur la côte nord de l’embouchure?

Voici la concession de bain de mer Laffitte, visible dans le cercle orange, qui se situe en front de mer des plages de Tarnos début 1900. Ce bâtiment, construit en pierre et posé sur le haut de la dune va nous servir de repère pour suivre l’évolution de la côte nord:

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La concession Laffitte, vue depuis la jetée sud de l’embouchure du fleuve début 1900.

 

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Schéma de 1902 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementaux de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1902, le service des Ponts et Chaussées situe précisément cet établissement sur la dune herbeuse devant la plage de la commune de Tarnos, suite à une demande de renouvellement du droit d’exploitation.

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Schéma de 1909 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementales de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1909, l’établissement se trouve toujours au même endroit mais parait maintenant un peu plus en arrière du cordon dunaire qu’en 1902. La végétation s’est développée en avant de l’établissement et montre que la terre continue de gagner sur la mer. La distance gagnée durant cette période représente une quinzaine de mètres, alors qu’au même moment, les plages d’Anglet reculent déjà d’un mètre par an. A noter que la Tour des Signaux, située au sud de l’Adour, est en avant de la limite de la végétation des plages de Tarnos par verticalité.

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1938 et provenant des archives de l’IGN

Dans le cercle rouge, on reconnait la position du bâtiment de la concession Laffitte. Le trait vert est pour nous donner la limite de la végétation. Elle se situe maintenant à gauche de la tour des signaux par verticalité. On s’aperçoit qu’en 30 ans, la terre a gagné à cet endroit plus d’une centaine de mètres et ceci malgré les extractions littorales bien visibles et le dragage de l’embouchure. Même si ces activités perdurent dans le secteur, le sable de la dérive littorale, toujours aussi abondant, permet aux plages de Tarnos de gagner 2.5 mètres par an.

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Cette photo prise durant la guerre 39-45, avec le bâtiment Lafitte dans le fond, confirme la présence d’une longue dune herbeuse entre l’établissement et la mer.

 

Quatorze ans plus tard, on retrouve les vestiges du bâtiment Laffitte, rasé pendant la deuxième guerre mondiale. Il n’en reste plus qu’une dalle bétonnée, accompagnée de quelques arbres!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour, faite en 1952 et provenant des archives de l’IGN

Non loin de là, des casemates construites pendant la guerre 39-45 sont apparus sur les dunes (cercles oranges) . Elles vont nous servir de repères. Celle qui est la plus à gauche a été construit sur une dune herbeuse en partie détruite par la proximité des extractions. Elle est délimité sur sa gauche par le trait vert. La distance qui la sépare du bâtiment Laffitte est maintenant de 140 mètres, soit 28 mètres supplémentaires par rapport à 1938, ce qui signifie que l’on est toujours sur une dynamique d’engraissement de ces plages. Ce constat d’engraissement par photo aérienne est confirmé par une étude de C. Migniot et J. Lorin  » Evolution de la côte des Landes et du Pays Basque » sortie en 1978.

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La casemate en question en 1944…..(Photo issu du livre « quand Hitler bétonnait la côte basque » de Jean Curutchet 1988)

 Mais le péril du sable est en train de naitre. En effet, il y a désormais deux machines d’extraction de sable littoral qui opèrent dans le coin (flèches rouges), correspondant à un   prélèvement de 100 000 mètres cube de sable/an.

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Le bunker, à gauche, se fait déchausser par l’intensité des extractions littorales provoquant une érosion artificielle!

Cette progression de la côte vers la mer, qui semble déjà ralentir, va malheureusement s’arrêter car l’homme va y mettre un terme…Voici une dernière vue de ce qu’a du être le maximum de terre gagné à Tarnos:

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L’embouchure de l’Adour en 1953. Le sable qui s’accumule au nord de la digue provoque un engraissement sableux de la plage rappelant le cas de l’embouchure de Capbreton.

III-LES PLAGES DE TARNOS RECULENT A LEUR TOUR!

En 1962, le nord de l’embouchure est totalement retourné par les extractions littorales! Le trait vert qui représente la limite de la végétation et qui était placé à gauche de la casemate la plus à l’ouest sur la photo de 1952 est maintenant situé sa droite. Les deux engins d’extraction qui opèrent sur ce secteur provoquent un recul des plages d’une dizaine de mètres. Çà y est,  la côte nord perd à son tour du terrain, soit en moyenne 1 mètre/an.  Au même moment, les plages d’Anglet reculent de 3 mètres/an!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1962 et provenant des archives de l’IGN

 

– La construction de la grande digue du Boucau, entre 1963 et 1966, est synonyme d’une accélération de l’érosion de la côte Angloye. Non seulement, les sables présents sur la plage vont servir à sa confection mais en plus, les volumes de matériaux dragués à l’embouchure qui étaient retombé à 300 000 m3 depuis les années 1920 sont à nouveau multipliés par deux, avoisinant ainsi les 700 000 m3 par an.

 

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Extraction de sable littoral et construction de la digue du Boucau en 1964…

 

La grande différence avec le passé, c’est que désormais, la côte angloye devient quasiment l’unique contributeur en sable dragué à l’embouchure. Le trait de côte  y recule alors par dizaines de mètres tous les ans et ce jusqu’au milieu des années soixante dix.
Du côté des plages de Tarnos, on pourrait imaginer que l’arrêt net de la dérive littorale par ce nouveau rempart devrait contribuer à stabiliser ces plages voire, les ré-engraisser.
Mais il n’en est rien car le pire est en train d’arriver. En effet, ce ne sont plus deux machines d’extraction littorale qui fonctionnent en permanence sur le littoral de Tarnos mais six!!!

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

On compte trois engins d’extraction littorale sur la côte nord de l’embouchure de l’Adour, signalés par des flèches rouges. Ils produisent 225 000 mètres cube de sable qui disparaissent chaque année de ces plages! Le cercle rouge situe la position de l’ancien établissement Laffitte. Les flèches jaunes montrent pour la première fois l’apparition de falaises vives creusées dans le cordon dunaire, signe d’une forte érosion. Le cercle orange le plus à gauche situe la casemate qui était la plus en avant du complexe défensif allemand. Elle se retrouve en quelques années en bas de la plage, presque enseveli!

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Photo du début des années 70, au nord du parking de la digue, montrant la casemate posée sur la plage en plein naufrage! (Herrero/Nicodigue)

 

La plage du Métro de Tarnos, 4 km plus au nord, est caractérisée par la présence d’une piste d’aviation construite par la société Dassault, mais aussi par son énorme casemate posée sur le haut de la plage, visible dans le cercle orange.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

Les flèches rouges indiquent la présence, là aussi, de trois engins d’extraction littorale, alors que jusqu’à présent, cette plage était épargnée par l’exploitation industrielle du sable. Ici aussi, 225 000 m3 de sable disparaissent tous les ans.

Si on les rajoute aux 225 000 mètres cube qui disparaissent au nord de l’embouchure, on arrive à un total de 450 000 m3 extrait tous les ans par la plage sur une distance de 4 km. N’oublions pas les 700 000 mètres cubes qui sont dragués chaque année à l’entrée de l’Adour depuis la construction de la grande digue du Boucau et les 75 000 mètres cube extraits à la plage de la Barre à Anglet. Ainsi, on totalise un chiffre ahurissant d’1 225 000 mètres cube de sable prélevé tous les ans des plages sur une distance de 4.5 km de littoral. Pas étonnant que devant une telle folie, ce qui devait arriver…arriva !

Et c’est ainsi que le littoral va reculer par dizaines de mètres entre 1968 et 1976:

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

En 1975, le carnage est époustouflant. On voit clairement, au nord de l’embouchure,  la présence de falaises vives de plusieurs mètres de haut taillées dans le cordon dunaire. Les casemates marquées par les cercles oranges sont en pleine bascule sur la pente des dunes, d’autres sont déjà posées en bas et certaines ont disparu. Le recul du trait de côte est sans appel!

 

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

A la plage du Métro, le bilan est aussi saisissant. La grosse casemate, jadis posée sur le cordon dunaire, s’est détachée de la dune et gît sur la plage, balayée par forte marée. La plage a reculé ici aussi d’une dizaine de mètre en peu de temps. Des falaises vives apparues dans la dune sont signalées par les flèches jaunes. Les flèches rouges montrent toujours la présence des engins d’extraction de sable, synonyme là encore, d’une forte exploitation industrielle en 1975. Entre 1960 et 1975, 7 500 000 m3 de sable littoral seront extraits des plages de Tarnos pour les travaux publics.

Ce recul sans précédent du trait de côte, dont l’homme est seul responsable ici, va-t-il se poursuivre?

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Extraction du sable littoral, à la digue du Boucau où quand les grands jouent aux châteaux de sable avec le sable de nos plages. (photo Herrero, début des 70 via Nicodigue)

 

 

IV- VERS UN RETOUR DU SABLE AU NORD DE L’EMBOUCHURE DE L ADOUR?

Les départs massifs du sable des plages allant de Boucau à Tarnos font écho aux événements qui se produisent à Anglet depuis la fin des années soixante. Le constat est si choquant que des citoyens vont réagir.

Des propriétaires privés du front de mer intentent un procès contre l’ETAT, et obtiennent gain de cause en 1974. Cette décision juridique a une énorme valeur puisque aussitôt la Direction du domaine publique maritime prend à sa charge la problématique en faisant arrêter en 1976 les extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’embouchure de l’Adour, en faisant construire 6 épis au sud de la côte Angloye pour empêcher le sable fin de remonter vers l’entrée de l’Adour et en mettant en place à ses frais le clapage côtier pour ramener le sable angloy qui glisse dans le chenal de l’Adour.

Sur la côte nord de l’embouchure, la côte régresse encore quelques années tellement l’inertie de recul créé par l’homme est forte.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 1978 et provenant des archives de l’IGN

Ce n’est que trois ans après l’interdiction des extractions littorales, vers 1978, que la plage cesse de reculer sur la côte nord de l’Adour. Les casemates sont alors au plus près de la mer et l’ancien établissement de bains Laffitte se situe maintenant à 81 mètres des plus hautes marées au lieu de 140 mètres en 1952, correspondant à un recul moyen de 2.5 mètres par an avec des pointes à plus de 5 mètres dans les années soixante dix.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 2008 et provenant des archives de l’IGN

En 2008, l’inversion de la tendance entamée en 1978 se confirme puisque la végétation a repris du terrain vers la mer, signe d’une plage qui rengraisse à nouveau! Les falaises vives de la dune ont laissé place à un bourrelet sablonneux, la casemate sur la plage (2?), encore visible il y a 30 ans, s’est bien ensablée et a disparu! Celle qui est un peu plus haut à droite sur le cordon dunaire, est aussi enfoui derrière la dune. Un peu plus au nord, le bunker au grand mat en métal, bien visible aujourd’hui et qui était en train de glisser sur la pente de la dune, a été repris par le sable et la végétation. Notre repère Laffitte, qui était à 80 mètres de l’océan en 1978, est maintenant à 110 mètres environ, soit un engraissement moyen de la plage d’un mètre par an! La nature a repris ses droits.

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La plage de Tarnos, vue depuis le bord de l’Adour en 2015. L’accumulation du sable a enseveli les anciennes casemates 1 et 2 tombées sur la plage durant les années 70 et recouvre partiellement celle qui possède un grand mat.

Autre vue depuis la plage:

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Au premier plan, la casemate 2, qui fait plusieurs mètres de haut à l’origine, a été submergé par le retour du sable.

Idem, pour la plage du Métro à Tarnos.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 1979 et provenant des archives de l’IGN

Le maximum de recul est atteint vers 1978. En plus de la grosse casemate, une autre casemate, juste derrière et jusque là, caché dans la dune, s’est à son tour « tchanquée » sur la plage.

En 2008, la plage du Métro s’est aussi reconstituée, mais avec un effet moins important qu’à proximité de la grande digue du Boucau. On enregistre quand même un engraissement de la plage d’une quinzaine de mètres en 30 ans. Il faut imaginer qu’il y avait là, durant les grandes années d’extraction littorales, des falaises vives de plusieurs mètres de haut et qu’avant d’arriver à regagner du terrain sur la mer, la plage a dû se reconstituer durant plusieurs années… On comprend mieux pourquoi les bunkers, qui ont subit cette érosion passée, paraissent aujourd’hui figés à leur emplacement.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 2008 et provenant des archives de Google Earth.

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La fameuse casemate de la plage du Métro à Tarnos en 2015.

Finalement, on comprend mieux pourquoi les plages de Tarnos ne sont pas plus engraissées aujourd’hui. Au lieu d’avoir continué à progresser durant les années 60 et 70, elles ont perdu artificiellement une quarantaine de mètres. Depuis 1952, s’il n’y avait pas eu ces extractions littorales intensives, il est très probable que la plage du Champs de tir serait au moins 100 mètres plus en avant dans la mer.

Du côté de la côte Angloye, paradoxalement, les derniers relevés des limites du domaine maritime établis entre 1979 et 2009, font état d’un recul moyen de la côte de 30 mètres sur les plages qui ne sont pas défendues par les enrochements latéraux comme aux plages du Vvf, du Club ou des Cavaliers. Cela représente un recul d’environ un mètre par an pour le littoral située entre les Sables d’Or et les Dunes.

Cette analyse mets en lumière qu’il existe encore une « DÉRIVE LITTORALE » significative sur le secteur des plages de Tarnos, puisque du sable s’y accumule toujours. Ce courant est effectivement plus faible que celui qui circule au nord de Capbreton, mais si la grande digue du Boucau n’existait pas aujourd’hui, le sable issu de cette dérive se déposerait encore sur les plages d’Anglet comme par le passé, évitant ainsi leur érosion.

 

L’équipe SosLa

 

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La dérive littorale au sud des Landes: alors qui dit encore qu’il n’y a pas d’accumulation de sable au nord de l’embouchure?