Très beau bilan des dragages/clapages 2016!

Ça y est, le bilan 2016 des opérations de dragages/clapage est arrivé!

Sur 389 000 m3 de sable dragué à l’embouchure de l’Adour, 377 330 m3 ont été clapés (largués) devant la zone côtière et 11 610 m3 ont été perdus au large (11610m3 correspond au chargement de 970 camions-benne). La drague Hondarra a donc réalisé un nouveau record avec près de 97% des sables dragués de retour à la côte: YOUPI!

Atteindrons-nous la perfection en 2017 ou 2018?

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Bilan des dragage/clapage à l’embouchure de l’Adour entre 1974 et 2016.

 

Pour mémoire, deux journées de clapage avait été perdues en début d’année 2016, le 25 janvier et 04 février pour être exact, dans des circonstances énigmatiques…

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Jeudi 4 février 2016 fut un jeudi noir pour le littoral angloy: sur les 4 chargements réalisés par la drague Hondarra à l’embouchure de l’Adour, aucun sable n’est revenu devant la côte, soit une perte sèche de 4800 m3 dans le budget sédimentaire des plages, l’équivalent de 400 camions benne! (photo marinetraffic.com)

 

Mais les temps ont changé. Les capitaines maîtrisent mieux le navire puisque depuis cette date, il semblerait qu’il n’y ait eu que très peu de loupés et, aujourd’hui, il n’est pas rare de voir évoluer Hondarra dans des conditions de houle établie, s’approchant de la côte comme pour défier Neptune .

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1,5 à 2 mètres de houle et la drague Hondarra est toujours en poste pour remplir sa mission de clapage côtier pour la préservation du littoral: chapeau bas!

 

Nous félicitons donc ces marins qui ont su s’adapter à leur devoir pour servir de leur mieux l’intérêt local, c’est à dire préserver autant que possible le littoral angloy.

Nous pouvons également noter que la drague à demeure permet au port de Bayonne de faire des économies significatives comme nous l’avions toujours avancé:  600 000€ d’épargnés rien que sur la première année! (voir article Sud-Ouest ici)

L’outil permet aussi l’emploi de 14 personnes. Emploi local comme nous l’avions toujours soutenu alors que la CCI Bayonne Pays Basque avait, au départ, fait appel à des entreprises extérieures pour faire fonctionner la drague et le remorqueur Balea….

Seul bémol, l’utilisation de la zone interne de clapage des sédiments de l’estuaire pour  0.6% des volumes. Même si cette valeur est très faible, cette zone de clapage doit être définitivement abandonnée par sécurité. Pour rappel, le commissaire enquêteur, dans son rapport, avait demandé l’abandon de cette zone, car le devenir des sédiments dans la nature était totalement incertain. Nous sommes prêt à tirer la sonnette d’alarme si cette zone était à nouveau utilisée…

A ce jour, nous attendons toujours le nouvel arrêté inter-préfectoral sur les modalités de dragage de l’estuaire de l’Adour. Nous sommes impatients de le lire afin de savoir si l’Etat aura écouté les conclusions de l’enquête publique qui comportaient 8 réserves et 7 recommandations (voir ici). Aux dernières nouvelles, sa sortie devrait être imminente.

L’équipe SoSLa

*attention erreur de résultat dans les chiffres publiés par le journal Sud ouest (voir ici)

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Clapage côtier devant la plage de Marinella à l’automne 2016!

ENQUETE PUBLIQUE: LE LITTORAL ANGLOY PRIS EN COMPTE

Ça y est, le verdict du commissaire enquêteur sur le projet de dragage de l’estuaire de l’Adour est tombé. Cette personne a émis un avis favorable, assorti de 8 réserves et de 7 recommandations. L’Etat devra donc s’appuyer sur ces conclusions pour sortir le nouvel arrêté.

Plusieurs points soulevés dans notre rapport ont été repris par le commissaire enquêteur, appuyé de son côté par des avis scientifiques locaux et régionaux comme l’IFREMER,  l’IMA, l’Institution ADOUR, et le CNRS avec notamment un spécialiste en océanographie, membre du conseil Maritime de la Façade Sud-Atlantique. Ces huit réserves demandent  à la CCI de Bayonne une augmentation des contrôles d’impact de ces activités, une amélioration des techniques de dragage dans un soucis de préservation de l’environnement estuarien et une plus grande transparence avec le public et les associations. Concernant les sept recommandations, le commissaire enquêteur invite la CCI de Bayonne à avoir une vision plus globale de l’évolution écologique de l’estuaire de l’Adour en lien avec ces activités, de lancer des études dans le but de trouver des solutions alternatives aux dragages/clapage, et de garder à l’esprit que tout projet doit envisager des mesures compensatoires sur l’environnement comme le préconise le GEODE. Pour notre association de défense du littoral, c’est une victoire car une nouvelle fois, il a été reconnu que ces activités ont un impact préjudiciable sur la côte angloye! D’ailleurs, le commissaire enquêteur n’a pas suivi les recommandations de la DREAL et de l’ARS concernant une restriction des dragages à l’embouchure et des clapages côtiers du 15 Mai et au 30 Septembre démontrant qu’elles n’étaient pas justifiées face aux enjeux du trait de côte angloy. Le combat du Colian était donc légitime et a eu gain de cause!

Nous allons vous énumérer, en première partie, les réserves et les recommandations proposées par l’enquête publique . En deuxième partie, nous joignons le rapport que l’association Sos Littoral Angloy avait remis au commissaire enquêteur le 22 Mars 2016. Bonne lecture!

 

Zone de dragage clapage définie par l'arrêté

Zones définies dans le projet de dragage de l’estuaire de l’Adour. (origine CCI Bayonne Pays Basque)

AVIS DU COMMISSAIRE ENQUÊTEUR RENDU LE 05 MAI 2016:

« Nous émettons un avis FAVORABLE assorti de 8 RESERVES et de 7 RECOMMANDATIONS.

8 RESERVES

Car même si le dossier est conforme, nous pensons que, compte tenu des enjeux, le porteur de projet doit être en mesure de:

1- PILOTER ET MESURER EN TEMPS RÉEL « LA QUALITÉ ENVIRONNEMENTALE DE SON ACTIVITÉ ET PROCÉDER SOUS SA PROPRE RESPONSABILITÉ A DES MESURES REGULIERES ET FRÉQUENTES » COMME:

Un suivi bathymétrique pour le dragage et pour le clapage

-Un suivi sur la granulométrie et la qualité physico-chimique sur toutes les zones concernées par les dragages des zones A et C (la démonstration a été faite que le risque de pollution de la zone B de clapage côtier est écarté)

-Une analyse bio-sédimentaire pour les clapages en zone A et C, sur plusieurs points, au contact des fonds et sur toutes les zones de dragage

-une analyse régulière des eaux et lorsqu’il se présente des événements exceptionnels de quelques ordres soient-ils

POUR CES ANALYSES ( et le point 2 ci-dessous), nous encourageons le maître d’oeuvre à s’appuyer sur toutes les personnes ressources compétentes en la matière afin de revoir et d’élaborer avec elles le nombre et la périodicité des analyses qui conviennent à un tel projet.

2-DILIGENTER DES ANALYSES COMPLÉMENTAIRES NON « POOLEES » DANS TOUTES LES ZONES SENSIBLES.

3-PRENDRE EN COMPTE LA QUALITE DES EAUX DE BAIGNADE D’ANGLET mais aussi  DE TARNOS

4-METTRE EN OEUVRE TOUS LES MOYENS QUI PEUVENT CONTRIBUER A ANTICIPER LA QUALITE DES EAUX ET DES SÉDIMENTS comme UN RESEAU DE SURVEILLANCE EN AMONT

5-POURSUIVRE LE SUIVI DE LA RECOLONISATION DES POPULATIONS BENTHIQUES et tirer les conclusions qui s’imposent y compris si la recolonisation ne peut s’effectuer du fait de la fréquence des opérations.

6-ETUDIER UN MODE DE TRAITEMENT DES SÉDIMENTS RETIRER DES ZONES LES PLUS SENSIBLES A TERRE afin d’envoyer les sédiments vers les filières appropriées car l’argument donné par le pétitionnaire dénote un contresens (point 4-2.3 du rapport)

7-METTRE LE PROJET AU COEUR D’UN PROCESSUS DE CONFIANCE, DE TRANSPARENCE ET DE COMMUNICATION APPORTANT LES RÉPONSES ATTENDUES PAR LES ASSOCIATIONS DE DEFENSE DE L ENVIRONNEMENT en s’appuyant par exemple sur le tableau des questions, en leur proposant DES TABLES RONDES THÉMATIQUES, avec un mode opératoire adapté qui permet d’élaborer sereinement LES POINTS LES PLUS CRUCIAUX: POLLUTION, EROSIONS (côtes et amont du fleuve) afin de réduire l’écart existant (point 5-3 du rapport) en terme d’attente d’information des publics au regard de la consultation des publics

8-ASSOCIER LES 4 COMMUNES MITOYENNES DU PORT A LA PROCÉDURE D’ALERTE PRÉCONISÉE PAR L’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE EN CAS DE POLLUTION ACCIDENTELLE (PROTOCOLE A CRÉER?)

 

7 RECOMMANDATIONS

1-S APPUYER SUR LE TISSU ASSOCIATIF POUR LANCER DES OPÉRATIONS DE NETTOYAGE, REPLANTAGE ET DEPOLLUAGE

2-DEVANCER LA NOUVELLE DEMANDE D’AUTORISATION (2014-2024) EN LANCANT DES ETUDES POUR DES ALTERNATIVES AU DRAGAGE-CLAPAGE (DIGUE SUD voir point 5-3.4) et donc DEVANCER L’ECHEANCE 2025 (OBLIGATION DE TRAITEMENT AU SOL voir point 5-3.4)

3-PRENDRE DES MESURES COMPENSATOIRES CHAQUE FOIS QUE CELA EST POSSIBLE comme par exemple: compte tenu du déclassement par la directive cadre eau concernant les poissons, proposer une mesure compensatoire du type création de surfaces favorables à la reproduction des poissons ou à l’accueil des juvéniles avec le concours des structures compétentes

4-SE DOTER DES OUTILS DE CONNAISSANCE des ECOSYSTEMES HALIEUTIQUE ET BENTHIQUE et faire l’acquisition de données supplémentaires FAUNE & FLORE SOUS MARINES

5-ETUDIER DE N’AVOIR AUCUN CLAPAGE INTERNE

6-FAIRE UN SUIVI SUR LES PLAGES NORD DE L’EMBOUCHURE AFIN DE CONNAITRE L’EVOLUTION DES BATHYMÉTRIES AU COURS DU TEMPS, D’IDENTIFIER LES VOLUMES DE SABLE POTENTIELLEMENT DRAGUES DEPUIS L’EMBOUCHURE  AFIN DE CONNAITRE ET D’ANTICIPER LES MOUVEMENTS DU TRAIT DE CÔTE et DE RÉALISER DES ANALYSES PHYSICO CHIMIQUE DES SABLES DES PLAGES NORD AFIN DE VOIR S’IL ELLES FONT ECHOS AUX VALEURS RELEVÉES SUR LES PLAGES SUD.

7-AVOIR UNE VISION GLOBALE DE L’EVOLUTION SEDIMENTAIRE DE L’EMBOUCHURE DE L’ADOUR EN LIEN AVEC LES ACTIVITES DE DRAGAGE

Fait à Biarritz le 5 Mai 2016, 

Esmeralda Tonicello »

 

 


Rapport remis par l’association SOS LITTORAL ANGLOY le 22 MARS 2016

DISCUTIONS SUR LES PROPOSITIONS PORTÉES PAR LE PÉTITIONNAIRE CCI BPB :

A-Dragage devant l’embouchure de l’Adour et clapages côtiers:

Des études citées, Abadie et Al 2006, Rihouet 2008, montrent que le courant induit par les fortes houles (houle >4 mètres), qui s’accrochent sur la digue du Boucau, provoque un courant sud-nord devant les plages d’Anglet qui transporte le sable vers l’embouchure soit environ 460 000m3/ an. (P161 paragraphe A et p164 de l’enquête publique).  Le volume qui disparait des plages d’Anglet est évalué à 460 000 m3/an par le Casagec  en 2013. Il est dit aussi que la zone de clapage côtier va être étendue vers le nord des plages d’Anglet et que les sédiments qui y seront déposés risquent de migrer plus rapidement vers la zone d’embouchure avec les agents dynamiques locaux. (P266 de l’étude). A la page 370, paragraphe 7.2.3, il est dit que le volume dragué à l’embouchure du fleuve, 460 000 m3, correspond au volume qui disparait devant les plages d’Anglet. Plusieurs schémas de l’étude du Casagec, p 60 à 71/ 130 de l’annexe V, démontrent que lors des fortes houles, un courant côtier part du sud des plages d’Anglet pour finir devant l’embouchure. Le président de la CCI BPB, dans son courrier destiné au préfet de région, signale que le littoral d’Anglet est le plus touché par ces activités de dragage à l’embouchure et que le clapage côtier est la seule solution pour sauvegarder le littoral. (Page 3 du courrier de réponse de la CCI BPB du 3 Février 2016) La circulaire du 04/07/08 citée au début de l’enquête (pièce jointe n 7, chapitre 3aii, dernier paragraphe) relative à la procédure de gestion des sédiments lors des travaux ou d’opérations de dragages, stipule que dans le cas d’un entretien d’un ouvrage public maritime ou d’un chenal d’accès, les matériaux extraits doivent être utilisés prioritairement pour conserver le domaine public maritime. (Rechargement d’une plage qui se dégraisse, restauration de transit littoral, by-pass, création ou restauration de cordon dunaire)

Discussions :

1- Malgré toutes ces remarques pertinentes, l’enquête ne dit pas clairement l’origine du comblement de la zone 1 de l’embouchure de l’Adour et l’impact qu’elles peuvent avoir sur le trait de côte angloy si le sable dragué à l’embouchure n’est pas ramené devant les plages pour éviter une érosion artificielle, érosion reconnue comme préjudice à deux reprise en 1974 et 1986 par le tribunal administratif de Pau. Ainsi les incidences sur le milieu physique ne sont pas nulles comme l’enquête tente de le dire car les dragages ont un effet négatif sur la dynamique littorale de l’embouchure si le pétitionnaire ne réalise pas correctement son travail durant la période d’activité définie par l’arrêté. (p 260 paragraphe 4.2.2)

2- Le pétitionnaire a redéfini la durée des dragages/clapages en respectant au mieux la haute saison touristique. En effet,  la drague Hondarra doit réaliser 503 cycles entre l’embouchure du fleuve et le sud des plages d’Anglet sur 84 jours pour rapporter en moyenne  450 000 m3 de sable sur la côte.  Le tableau A (pièce jointe 4) montre que réduire plus la période d’activité ne permettrait plus d’assurer 100% de clapage côtier.

Les recommandations de la DREAL et de l’ARS risquent de compromettre le projet de préservation des plages. Les analyses des eaux de baignade sont en constante amélioration depuis plusieurs années et les études jointes montrent qu’il n’existe pas de corrélation bactériologique entre les clapages côtiers et les prélèvements réalisés sur le rivage. Et pour cause, l’océan a un pouvoir auto-épurateur reconnu et le sable prélevé devant  l’embouchure n’a pas les caractéristiques physiques pour devenir un substrat à bactérie. C’est plutôt dans le panache de l’Adour qu’il faut voir un élément perturbateur des activités de baignade. La période de migration de la pibale et des poissons migrateurs amphihalins n’est pas remise en cause. La drague est un navire parmi tant d’autre qui franchit l’embouchure deux fois par jour pour réaliser ces activités en mer sur la zone 1 et sur la zone B de clapage.  D’après le tableau A, elle n’y est présente au mieux que 15 jours par mois en moyenne entre Avril et Octobre et 6 jours par mois entre Novembre et Mars. La durée de travail y est de 10 heures par jours maximum.  Elle ne fait donc pas barrage à la faune et représente ainsi qu’un impact négligeable sur les poissons migrateurs par rapport aux activités de pêche. (4.4.1.1.2 p317)

Une partie des usagers des plages d’Anglet et des touristes fréquentent moins la côte angloye suite à la dégradation du profil des plages depuis l’arrêt du clapage côtier en 2004. Les sports de glisse, qui ont fait la réputation de ces 4.5 km de plages sont depuis, en perpétuelle dégradation à cause de l’abaissement des petits fonds livrant moins de vagues de qualité (constat relayé dans sud-ouest, surf session ou surf-prévention). La qualité physique des sables des plages est aussi préoccupante, avec de moins en moins de sable fin et de plus en plus de sable grossier, le sable fin étant mobilisé vers l’embouchure par les vagues (Annexe 5 p70 à 73 étude Casagec « modélisation hydrodynamique 2D Houle/courant) avant d’être perdu au large en zone A par la drague (3.2.1.3, p86 de l’enquête).

La sécurité des baignades encadrée par les MNS est devenue de plus en plus compliquée durant la saison estivale car l’effondrement des petits fonds a créé des trous d’eau de plus en plus grands, emportant plus facilement les baigneurs dès que la marée monte et que la houle se lève.

La mobilisation de la pétition de Mars 2013 avec 4600 voix, montre qu’il est une priorité pour l’opinion publique de ramener la totalité des sables dragués devant les plages. (Extrait Pièce jointe 8) Si l’objectif n’est pas atteint par le port, l’incidence sera indirecte, négative, et permanente. Nous recommandons de ramener la totalité des sables dragués à l’embouchure de l’Adour devant les plages car il s’agit là d’un enjeu majeur pour le littoral, pour l’économie touristique et pour les contribuables angloys.

3- Selon l’article R. 122-5-II.2 du code de l’environnement, il doit exister une analyse de l’état initial de la zone et des milieux susceptibles d’être affectés par le projet, portant notamment sur les équilibres biologiques, la population et les espaces de loisirs ainsi que les interrelations entre ces éléments. Ici, l’étude ne met pas en évidence les interrelations entre l’érosion artificielle des plages, le coût du maintien du trait de côte pour la ville d’Anglet et l’impact sur les habitudes des usagers des plages et l’activité touristique. En revanche, avec l’achat d’une nouvelle drague par le port de Bayonne, un partenariat a été mis en place entre la ville d’Anglet, l’agglomération ACBA et la CCI BPB pour remplir l’objectif de 100% de clapage côtier. Ce partenariat semble montrer la volonté des responsables de vouloir jouer la carte de la sauvegarde des plages d’Anglet et de son tourisme avec un bateau particulièrement adapté. Si cet objectif est compromis, les angloys et les usagers des plages deviendraient une nouvelle fois les victimes financières et morales de cette érosion.

4- Selon l’article. R. 122-5-II 5. du code de l’environnement et les recommandations du Groupe d’Etudes et d’Observation sur le Dragage et l’Environnement (p144 du guide GEODE), le pétitionnaire doit proposer une esquisse d’une solution alternative au dragage d’entretien de l’embouchure de l’Adour pour éviter l’impact sur les plages d’Anglet. L’idée de construire une contre digue, aussi longue que la première, tel que le concevait le projet initial demandé par les pouvoirs publics sous la direction de l’ingénieur général Dubrocq en 1922 et relancé par la CCI BPB en 1945 n’a pas été cité. Pourtant, elle resterait la meilleure alternative à l’ensablement de l’embouchure sur le long terme comme c’est le cas pour les ports de St Nazaire, le Havre, Dieppe, Boulogne, Calais, Dunkerque… Que fera-t-on le jour où la drague sera devenue trop vieille?

 

B-Dragage de l’embouchure de l’Adour et lien avec les plages nord.

Il n’y a pas d’étude fournie pour mesurer l’enjeu que représente le dragage de l’embouchure de l’Adour sur la dynamique côtière côté nord afin de savoir quel impact cette zone est susceptible de subir. La seule remarque est : «  les photos aériennes n’ont pas mis en évidence une variation significative de cette côte et donc l’absence d’engraissement en sable au nord de la digue justifie le peu d’intérêt à ce secteur à l’étude ». (P161 de l’enquête chapitre 3.3.6.3.1 A)

Discussions : Le transit en sable porté par la dérive littorale, avant la construction de la grande digue, avait été estimée, d’après les experts du procès de l’Etat en 1974, à 200 000 m3/an. (Pièce 4 page 46, b)  Mais les extractions littorales effectuées pour les travaux publics sur ces plages, 450 000m3/an ou 7 500 000 m3 de sable entre 1960 et 1975, avaient perturbés la dynamique sédimentaire locale faisant reculer ces plages par dizaines de mètres. Ainsi, le chiffre de 200 000 n’a pu être confirmé exactement en 1986. (Pièce 3 chapitre 2).

Depuis la construction de la digue, le LCHF (pièce 9) a estimé en 1986 le nouveau transit à 50 000 m3/ an, chiffre surestimé d’après P-Y Landouer  en 1990 (pièce 4). La profondeur de fermeture, profondeur où les sables ne sont plus mobilisables est évaluée à -15 mètres par le Casagec en 2014 (p162-163 paragraphe 3.3.6.3.1.C) , c’est-à-dire  bien au-delà  de la profondeur existante devant l’extrémité de la grande digue du Boucau (-10 mètres). Il existe d’ailleurs une flèche sableuse sous-marine en bout de digue semblant venir du nord et situé à l’extrémité de la zone de dragage (carte A et C p400 de l’enquête). Une autre carte bathymétrique montre une autre flèche sablonneuse sous-marine en direction de la grande digue du Boucau. (Figure 3 page 5/24 annexe 11 étude Casagec « Définitions des zones impactées par les rejets des sédiments  dragués par le port de Bayonne. »)

La forme de la digue, concentrique, n’empêche pas le courant de rivage de sortir par le chenal longeant l’enrochement et ainsi transporter le sable fin pris sur la plage lors des grosses houles. (Etude Casagec, schémas du paragraphe 7.3 et 7.4 page 60-63/130 et 7.19 p92 et 93 « Modélisation hydrodynamique 2D »). Cela expliquerait  la présence d’amas de sable en bout d’épi, devant la zone 1 régulièrement dragué à -12 mètres.  Il est ainsi probable que le sable venant du nord tombe dans le chenal avant d’y être dragué.

Sur la plage, depuis l’arrêt des extractions littorales en 1975, ce secteur est en engraissement lent d’un mètre par an environ. (Pièce 3; chapitre III) ce que confirme la carte publiée par la préfecture aquitaine relatant cette impression. Il existe donc une véritable inconnue sur la tendance de ce secteur car les constats scientifiques s’opposent. Ainsi la zone « plage nord-embouchure» devrait faire l’objet d’un suivi plus précis afin de connaitre l’évolution des bathymétries au cours du temps, identifier les volumes de sable potentiellement dragués depuis l’embouchure et définir l’impact que pourrait avoir ces activités sur le trait de côte. De plus, des analyses physico-chimiques des sables devraient être réalisées afin de savoir si elles font écho aux valeurs relevées sur les plages d’Anglet. Le but étant de livrer une vision globale de l’évolution sédimentaire de l’embouchure de l’Adour en lien avec les activités de dragages.

ONF rapport sous pref 2

                                     « Evolution moyenne du trait de côte entre 1966 et 1998 »                                              Carte diffusée en 2001 par la préfecture région aquitaine (via Ifremer)

 

C-Zone d’immersion des sédiments sur la zone de dépôt au large.

Nous sommes satisfaits de voir que la zone A de dépôt au large s’est agrandie vers l’ouest dans le but de séparer les sables de l’embouchure (zone 1), des sables vaseux (zone 2 à 10). Les prélèvements faits par l’Observatoire de l’Estuaire de l’Adour sur la zone A sont intéressants mais il s’agit là de couches de surfaces du dépôt, couches régulièrement balayées par les fortes houles hivernales. (-14 mètre.)  Il aurait été plus percutant de réaliser des carottages en profondeur afin de connaitre le sort bactériologique et physico-chimique des déblais déposés ici depuis plusieurs décennies.

  • Mise à terre d’une partie des sables dragués dans l’estuaire à des fins non littorales.

Nous sommes satisfaits de constater que la CCI Bayonne Pays Basque ait abandonné la modification de l’arrêté inter-préfectoral intervenue en Juin 2012, autorisant la mise à terre d’une partie des sables dragués à l’embouchure de l’Adour dans un but de commercialisation. Cette modification imposée en 2013 avait provoqué une mobilisation sans précédent des usagers des plages d’Anglet demandant l’abandon du projet et son retrait du nouvel arrêté. La volonté générale voulait que les sables soient rendus au littoral dans un but d’éviter un effet irréversible sur le trait de côte et des surcoûts financiers. (Pétition en pièce jointe).

Concernant les sédiments dragués à l’intérieur de l’Adour, il s’agit là de sables et de vases. Les volumes de sable ont été estimé par l’O.A.E en 2014 entre 115 000 et 175 000 m3 /an. (p 272 paragraphe 4.2.7.1.1) Ces sédiments dragués sur les zones 2 à 10 sont relâchés depuis plusieurs décennies au large, en zone A, et sont ainsi perdus pour le littoral. Les opérations de dragage de l’estuaire privent chaque année le littoral des sables qui lui sont destinés. L’impact de ces activités de dragage de l’estuaire de l’Adour est donc négatif pour le littoral angloy. Selon le guide technique des bonnes pratiques de dragage portuaire du GEODE, l’opérateur a obligation de mettre en œuvre des mesures réductrices et, à défaut, des mesures compensatoires surtout si  les effets sont permanents où irréversibles pour le littoral, ce qui est le cas ici. Une revalorision de ces sables à terre pourrait être envisagée par le pétitionnaire pour le littoral comme mesure réductrice ou compensatoire pour les angloys qui payent le coût du maintien du trait de côte.

 

  • Dragage du lit de l’Adour/ Evolution des berges et des ponts:

Dans le précédent arrêté, il était prévu de draguer 200 000 m3 de sable et de vase/an sur les zones 2 à 9 de l’estuaire. Mais en fait, il a été dragué en moyenne 350 000 m3/ an dans l’estuaire, soit 1.8 fois plus que prévu sur les 10 années passées. (p32 tableau 11 de l’étude) Le nouvel arrêté propose de draguer 525 000 m3 dans l’estuaire, soit 2.6 fois plus que l’ancien arrêté, pour permettre de porter le volume de tonnage des navires, côté quai de Blancpignon, à 20 000 tonnes. Le volume de sable piégé dans les zones 4 à 8 est  évalué entre 115 000 à 175 000 m3/an. Le volume total dragué étant de 350 000 m3, la différence serait composée de vases. (p 272 paragraphe 4.2.7.1.1)

Discussion :

Dans les années 1970, le port draguait en moyenne dans l’estuaire moins de 100 000 m3 de sable et de vase/ an (pièce jointe AD64) et le fleuve charriait, d’après le L.C.H.F en 1974/1975 et la SOGREAH 1989, 50 000m3 de sable/an (p24 annexe 4 chapitre 7). Existe-t-il une étude qui permette de comparer les bathymétries de l’estuaire de l’Adour afin de savoir si le lit du fleuve est stable, en engraissement ou en érosion par rapport à l’augmentation de ces activités depuis les années 70?

Si le port vient à draguer 525 000 m3/ an comme le spécifie le futur arrêté, il y a fort à parier que le bilan sédimentaire de l’estuaire de l’Adour sera négatif. Ainsi, on draguera plus que le fleuve ne produira de sédiment si ce n’est pas déjà le cas aujourd’hui! Un sur-dragage de l’estuaire de l’Adour va provoquer une accélération de l’érosion des berges et des quais mais aussi des piles des ponts qui traversent l’Adour ou la Nive. (Cas du pont Mayou  en février 2009, reconsolidation des berges à côté de la capitainerie d’Anglet en Mars 2014) Le développement économique du port justifie certainement une augmentation du dragage de l’estuaire. Qui va prendre en charge le futur coût de l’affaiblissement des ouvrages d’art qui bordent l’estuaire de l’Adour s’il a lieu?

 

  • Clapage des sédiments en zone C (Figure 133 p284 de l’enquête publique)

La zone de clapage interne appelé aussi zone C est une zone qui se situe devant la capitainerie du port de Bayonne près de l’embouchure de l’Adour (figure 19 p78 de l’enquête publique). Elle est utilisée lors des mauvaises conditions météorologiques maritimes pour réaliser le clapage des sédiments dragués dans l’estuaire de l’Adour, sédiments essentiellement vaseux prélevés dans les  zones 4 à 8. Grâce au jusant, ces vases vont se retrouver dispersées vers l’embouchure et au-delà en mer alors que la méthode classique de dépôt sur la zone A au large, libère les sables et vases qui vont, en grande partie, directement se déposer au fond par -25 mètres dans un secteur délimité et stable. L’arrêté autorise chaque année de claper 50 000 m3 de vase à cet endroit, l’équivalent de 50 chargements de la drague mixte Hondarra ou 10% des sédiments dragués dans l’estuaire. Il existe une période de restriction à un clapage/ jour durant la migration de la Civelle entre Décembre et Février. (Tableau 23 p75)

Discussions : le panache de l’Adour est un phénomène naturel visible essentiellement en l’hiver et au printemps quand le fleuve est chargé de matières en suspension. On l’aperçoit devant les plages d’Anglet mais aussi devant celles de Biarritz certains jours. Dans la bibliographie scientifique, il est dit que ce panache a déjà participé à la sédimentation du Gouf de Capbreton lors des grands épisodes tempétueux (p3/24 de l’étude Casagec « Définition des zones impactées par les rejets de sédiments dragués par le port de Bayonne »). Quand les conditions météorologiques sont mauvaises, le panache de l’Adour a pour habitude de revenir sur la côte et de lécher les rivages du littoral pour y déposer des détritus que seul un fleuve peut apporter à l’océan (bois, piments, animaux morts, verres des fêtes de Bayonne, perfuseurs de Cambo…). D’ailleurs, même si on ne le voit pas, le panache peut venir jouer les troubles fête en été, dès que le vent passe à l’ouest. On ne compte plus alors les jours de fermeture des plages d’Anglet liés à ce panache après de fortes pluies, venant troubler les analyses des eaux de baignade.(Tableau 50 p168) L’étude de 2006, réalisée par le centre technique littoral de la Lyonnaise des Eaux et le Casagec démontre cette influence connue. Ainsi vous comprendrez aisément que la majorité des clapages effectués dans la zone C par mauvaises conditions météorologiques vont se disperser de l’embouchure de l’Adour vers le large, mais aussi vers les plages d’Anglet et de Biarritz dès que le vent y sera favorable. (Photo p 415 de l’annexe de l’enquête publique)

Regardons maintenant la qualité des sédiments de dragage destinés à la zone C. Les vases sélectionnées proviennent des zones 4 à 8. Au vu des analyses réalisées par le port de Bayonne, durant ces 10 dernières années, ces zones ont eu en quasi permanence des teneurs en métaux lourds proche du seuil N1, soit 5 à 10 fois plus que les teneurs des plages (hormis pour le Cadmium et le mercure). Certaines ont dépassé le seuil N2 en PCB et elles ont toutes, au moins une fois, dépassés le seuil N1 voire N2 avec les TBT ou les HAP. (p93 à 104 de l’enquête publique) Les substances chimiques qui sont présentes sous forme particulaire dans les sédiments (associées aux matières en suspension par des phénomènes d’absorption sur les colloïdes) peuvent, en fonction des conditions physico-chimiques du milieu (salinité, pH, potentiel d’oxydo-réduction) passer sous la forme dissoute.(extrait GEODE)  Cette forme de contamination est la plus bio-disponible dans l’environnement marin qui peut conduire à une bioaccumulation des contaminants dans les organismes vivants si elle est répétée ce qui est le cas ici. De plus, ces clapages dans la zone interne peuvent interférer directement avec les prélèvements réalisés par le ROCCH de l’Ifremer au niveau du marégraphe, pour le suivi en métaux lourds de l’Adour réalisé depuis 1998. (fig 69 p178)

Un chargement de la drague Hondarra, c’est l’équivalent de 100 camions benne de vase et un chargement d’une drague de la SDI, c’est 500 camions benne. Par ailleurs, plusieurs clapages dans la zone interne par jour sont possibles du 01/03 au 15/06 et du 15/09 au 30/11. Les études sur cette zone C sont peu nombreuses et très peu documentées (p117 paragraphe 3.2.2.3) et parfois même minorées. C’est le cas des schémas d’impact des clapages de l’étude « modélisation numérique de l’effet des opérations de clapage » (p436) où des schémas de l’étude « modélisation hydrodynamique 2DH Houle/Courant » (p29 à 93)  où il aurait été plus pertinent d’additionner le débit de l’Adour et l’effet de marée à la houle et au vent car il n’y a au total pas deux mais quatre facteurs qui rentrent en compte. En effet les impacts du débit de l’Adour auraient été plus significatifs et auraient montré un potentiel de plus large envergure. (potentiel cité à la page p3/24 de l’étude en annexe « définition des zones impactées par les rejets des sédiments dragués par le port de Bayonne » … Les conclusions avancées sur l’impact de la zone interne sont juste « supposées » ! (p271 paragraphe 4.2.6.2) Combien de temps mettent réellement ces vases pour se dissoudre dans la zone interne sachant qu’aucune étude jointe à l’enquête n’est capable d’y répondre? Et si la durée de vie d’un dépôt était supérieure à une marée, les contaminants pourraient se retrouver à nouveau accumulés dans l’estuaire de l’Adour, situation qui va à l’encontre des recommandations du GEODE.

Cette zone de clapage interne est très inquiétante par son usage car elle nébulise des particules polluées vers le large mais aussi vers la côte, là où ont lieu les activités balnéaires. Elle pourrait être ainsi à l’origine de pollutions insidieuses voire inexpliquées des sables littoraux si ce n’est pas déjà le cas, avec les bruits de fond élevés en Chrome et en Nickel retrouvés en 2010 et 2012 sur les plages d’Anglet. Elle représente donc un danger potentiel car elle peut avoir un impact sanitaire et environnemental négatif pour l’avenir des plages et de ses usagers. Il serait recommandé d’abandonner cette pratique au plus vite vu l’ampleur des enjeux.

 

Conclusions :

-Il est capital de ramener 100% du sable dragué à l’embouchure de l’Adour devant les plages d’Anglet pour éviter de nouveaux impacts économiques et environnementaux.

– Il est nécessaire que le pétitionnaire lance de nouvelles études sur les alternatives au dragage de l’embouchure de l’Adour afin de trouver une situation plus pérenne.

-Il  est nécessaire de livrer une vision plus globale de l’évolution sédimentaire de l’estuaire de l’Adour en lien avec les activités de dragages notamment en déterminant plus précisément les volumes de sables charriés par le fleuve en amont et en aval de l’estuaire et de connaitre l’impact potentiel que peuvent représenter les dragages à l’embouchure sur la côte nord.

– Une revalorisation des sédiments dragués dans l’estuaire pourrait être envisagée à terre par le pétitionnaire pour protéger le littoral d’Anglet apparaissant ainsi comme une mesure réductrice ou compensatoire. Cette solution permettrait, par la même occasion, de diminuer les volumes de sédiments immergés dans la zone A au large.

– La zone de clapage interne, zone C, est une aberration dans son utilisation car elle va à l’encontre de toutes logiques environnementales et sanitaires. Elle n’a fait l’objet dans cette enquête d’aucune étude de risque spécifique. Elle doit être purement et simplement abandonnée.

– Notre association est étonnée de ne pas avoir était consultée pour participer à une démarche participative comme le préconise le G.E.O.D.E. Afin de jouer la plus grande transparence avec les activités de dragage organisées par le pétitionnaire, nous demandons que les associations sensibles au sujet reçoivent régulièrement les résultats des études et analyses pratiqués dans le cadre de l’arrêté et qu’une réunion d’information et d’échange soit organisée tous les ans.

Association Sos Littoral Angloy

Annexe:

Tableau des journée de dragage dans l'année

TABLEAU A

 

 

RAPPORTS, ETUDES SCIENTIFIQUES, ENQUÊTES, OUVRAGES

Vous trouverez sur cette page toutes les références bibliographiques, scientifiques et articles qui nous permettent de tenir, avec conviction, les propos sur la problématique érosive des plages anglets. Certains ouvrages sont accessibles via le web, alors bonne lecture!

– S. Planton et Al. ONERC Rapport niveau de la_mer: « Le climat de la France au XXIe siècle »

– C. Mignot et J. Lorin « Evolution du littoral de la côte des Landes et du Pays Basque au cours des dernières années« .

– A. Alexandre BRGM RP-52370-FR « Etude de l’érosion de la côte basque: synthèse bibliographique« .

– F. Jaupart « L’embouchure de l’Adour et ses variations après le détournement » Soc. SC L.A. Bayonne

– Mr Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d’améliorer l’entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 « Histoire de l’Adour« .

– L’ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées 1867, Aliénation d’une carrière par la commune d’Anglet Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.

– J-C DELORME 1978 « Le port de Bayonne » IV centenaire du détournement de l’Adour.
Jean Jacques Anatole Bouquet de La Grye « Rapport Pont et Chaussées 1861 » Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.

– Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe ».

– Ferdinand de la Roche Poncié, « Recherches hydrographiques sur le régime des côtes« , cinquième cahier de 1870 à 1878.

– Stéphane Abadie et Al. Rapport final pour la CABAB 2004 « Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l’entrée du port de Bayonne« .

– L’ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées, Rapport pour le préfet » 1897 Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.

– S. MANOUJIAN et C.MIGNIOT « un exemple des difficultés de protection du littoral contre l’érosion marine » 1978.

– Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne « Défense du littoral d’Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle. » Bulletin 1990 n 71, page 40-49.

– S. Abadie et Al. Journal of Coastal Research, Volume 24, Issue 1: 59-69. 2008 « Erosion Generated by Wave-Induced Currents in the Vicinity of a Jetty: Case Study of the Relationship between the Adour River Mouth and Anglet Beach, France »

– Mai 1966, Novembre 1969, Novembre 1972, Janvier 1973, Février 1973, Décembre 1974, Février 1975…  Journal Sud-ouest Novembre 1974 Médiathèque de Bayonne.

– D. Rihouet, VI ème Rencontres de Chiberta « Les plages d’Anglet… vers une gestion intégrée de la ressource en sable« 

– Nicolas Flanbergue, extrait de la peinture de 1612, Archive Médiathèque de Bayonne.

– Compte rendu de séance du conseil municipal de la ville d’Anglet le 07/04/2011.

– H. Cavaillès, Annales de Géographie : »Le port de Bayonne » 15 Janvier 1907.

– R. Young et A. Griffith, Program for the Study of Developed Shorelines, Western Carolina University, Cullowhee, NC, United States « Documenting the global impacts of beach sand mining »

– M. F. Morel, « Bayonne, vues historiques et descriptives » 1836

– Rapport BRGM R 40718- IFREMER Avril 1999 « Élaboration d’un outil de gestion prévisionnelle de la côte Aquitaine, phase 2 » p18

– S.O.G.R.E.A.H « Plage de Marinella« . District B.A.B., rapport 1986; « Littoral d’Anglet » rapport 1988.

– Rapport IFREMER DEL/AR: « Outil de gestion prévisionnelle de la côte aquitaine » Août 2001
SoSLa « L’histoire du mur de soutien à la plage de la Chambre d’Amour! » Décembre 2014

Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007 Edition Atlantica

– C. Benavides « Anglet en Carte postale Ancienne » 1976.

– M. Lafaix, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 12 Octobre 1960 « Dragues Sangsues et Bayonne I, travaux de grosses réparations » Archives Nationales (19770759/188 , P.M. 454)

– Ingénieur d’arrondissement des Ponts, « Entretien des profondeurs à l’embouchure de l’Adour et du port de Bayonne« , Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383

– Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2ETP 4/382 et 383

-Article Sud ouest, 11 Mai 2004, « L’érosion menace les plages d’Anglet »

– D. Rihouet, « Modèle empirique 3D: application à la gestion des activités de dragage à l’embouchure de l’Adour« .

-Thèse de Brière 2005, « Etude de lhydrodynamique dune zone côtière anthropisée: lembouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet » .

-Thèse de Dubranna 2007, « Etude des échanges sédimentaires entre l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet » .

ONERC: « Rapport du niveau de la mer 2012« .

– Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/376;
2 ETP 2/202;  2 ETP 4/379; 2 ETP 4/382; 2 ETP 4/383

– Archives nationales de Pierrefitte/Seine: Dragues Sangsue et Bayonne(1961 à 1965) 19770759/188, P.M. 454

– Archives départementales de Pau, fond de la préfecture sous Série 4 S 124, Service Maritime

– Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 49, 1792 W 30, 1792 W 35, 1792 W 31
– Mr Le Pors, ingénieurs de la DDE de Bayonne via exposé S3pI 2004

– Article Sud ouest, 30 Août 2003, « La dragueuse de fond », 16 Mai 1998, « Aménagement du Port », 29 Avril 1998, « Mais où est passé le sable », 28 Janvier 1997, « Une entrée soignée », 28 Février 1996, « Le sable est dans l’air », 22 Janvier 1980, « De l’Escault à l’Adour, les grandes manœuvres de l’Ourthe », 19 Janvier 2000, « Le sable est dans l’air », 27 Novembre 2002, « La digue en danger »,Médiathèque Bayonne.

–  Alexandre A. Thèse bibliographie 2003 BRGM « Etude de l’érosion de la côte basque » (RP-52370-FR et RP-52370-FRb)

–  Pierre Lafargue « La Chambre d’Amour » 2007

– Archives Sud-ouest 1963, 1966, 1969, 1972, 1973 et 1974 Médiathèque Bayonne

S3PI Bayonne: http://www.spppi-estuaire-adour.org/wp-content/annexes/2009/sedimentsdragages.pdf

–  Philippe SALQUAIN « Autrefois Anglet » (Atlantica 2000)

–  Claude BENAVIDES « Anglet en cartes postales anciennes »,bibliothèque Européenne 1976.

– André GRIMARD « Aquarelle », Editions HARFANG

– Manex Goyhenetche « Histoire d’Anglet, des origines à nos jours » édition Elkar 2003

– Sud ouest « Ultimes travaux de la digue Nord » 09 Juin 2012

– Adala association, VIème Rencontres de Chiberta « Les plages d’Anglet, vers une gestion intégrée de la ressource en sable » D. Rihouet

– BRGM, RP-52783-FR« Evaluations et cartographie de l’aléa mouvements de terrain sur la Côte Basque »

Mise à jour: 24/06/2016

 

 

 

 

 

L’érosion du littoral angloy pour les nuls!

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Le recul d’Anglet vu du ciel: 1954-1969-1978-2008.

 

Suite à plusieurs questions de certains d’entre vous, l’équipe SoSLa a créé une Foire Aux Questions qui reviennent le plus souvent. Afin d’y répondre, nous avons laissé la parole aux spécialistes! Nous avons été chercher des informations dans plusieurs thèses d’ingénieurs récentes, dont celles de l’Université de Montaury à Anglet. Nous précisons à chaque fois le document dont sont extraites ces informations. Si vous souhaitez en savoir plus, ces travaux sont consultables en intégralité via le WEB*.

1-Le littoral angloy subit-il la même érosion naturelle que le reste de la côte Aquitaine se traduisant par un transit du sable nord/sud ?

Non!

– Jusqu’en 1963, il existait un transit naturel nord/sud de sable d’environ 100 000 m3/an provoquant l’obstruction du chenal d’accès au port de Bayonne et impliquant son dragage régulier depuis 1896.
La grande digue du Boucau fut construite au nord de l’embouchure vers 1966. Un transit sud-nord est alors apparu généré par les houles en réfraction sur cet obstacle créant un nouveau courant allant des Cavaliers vers la zone calme situé dans le chenal derrière la grande digue. Seul, les événements suffisamment énergétiques tels que les grosses houles hivernales sont capables de générer un courant suffisamment important pour transporter le sable angloy vers l’embouchure. (1; page 627)

Les volumes dragués à l’entrée de l’Adour sont passés d’une moyenne de 350 000 m3/an avant la construction de la grande digue à 700 000 m3 /an après la réalisation du projet.
 (2; page 69)

Diagramme de 120 ans

Dragages à l’embouchure de l’Adour de 1896 à 2014! Au total, plus de 54 millions de m3 de sable dragués sur la zone et 44 millions perdus au large… (Sources Archives départementaux Bayonne, Concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383 et CASAGEC

 

– Le littoral angloy, allant de la grande digue du Boucau à la pointe St Martin, est considéré alors comme étant un système sédimentaire fermé. Il n’y a quasiment aucune entrée/sortie de sable.
Ce système est constitué de 2 cellules sédimentaires qui interagissent entre elle:

– la première cellule est formée par les plages situées entre le Cap St Martin et les Cavaliers.
- la deuxième cellule est formée par la plage de la Barre et l’embouchure de l’Adour. 
Ces 2 cellules sont toujours à la recherche d’un équilibre entre elles.
 (3; pages 71 à 76)

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Origine du sable à l’entrée de l’Adour. (Origine Lasagec2)

 

2-Existe-t-il une dérive du sable sur la zone du littoral angloy?

OUI!

– La réalisation de simulations scientifiques avec des grosses houles montrent que la présence de la grande digue du Boucau génère un fort courant Sud-Nord qui se dissipe dans la zone de l’embouchure.
 (4; pages 68)

– Les grosses houles génèrent une dérive de sédiment sud-ouest-> nord-est sur le littoral angloy provoquant ainsi le transport d’une grande quantité de sable des plages d’Anglet vers le système de la Plage de la Barre et de l’embouchure de l’Adour. Ce flux a été évalué en moyenne a 520 000 m3/an au début des années 2000 équivalent au volume de sable dragué à l’embouchure de l’Adour. (3; page 73).

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Schéma des courants dominants sur la zone nord d’Anglet lors des grosses houles hivernales (extrait de la thèse de DUBRANNA)

 

3- Le dragage de l’entrée de l’Adour participe–t-il à l’érosion des plages d’Anglet?

OUI!

– L’extraction du sable à l’embouchure de l’Adour crée localement un déficit sédimentaire dans le système Barre/embouchure de l’Adour. Ce déficit est comblé par du sable en provenance du système des plages situées entre le cap St Martin et les Cavaliers afin d’établir un nouvel équilibre. A cause des dragages permanent de l’entrée de l’Adour depuis 116 ans, cet équilibre n’est jamais atteint. Les sables dragués sont, pour la plupart, exportés au large provoquant une diminution du stock de sable du littoral d’Anglet. (3; page 76)

– Le système est en érosion sur toute la période. Un bilan sédimentaire permet de montrer que le taux dérosion du site est important (~ 500 000 m3/an) et constant sur les 2 dernières décennies. Le volume annuel de sédiment qui sort du système des plages est du même ordre que le volume qui ensable lembouchure. (4; page 89)

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Schéma des fonds littoraux angloys avec notamment la fosse de garde au sud du chenal et la dune sous-marine au large crée par le clapage qui culmine à -12 m.(thèse Dubranna)

 

4- Est-ce primordial que le sable dragué à l’entrée de l’Adour soit lâché devant les plages d’Anglet ?

OUI!

– Le sable déposé au large est actuellement définitivement perdu pour le littoral. (4; page 89)

– Une accélération du recul du littoral Angloy est constatée à partir de 1965 suite à l’augmentation du transit Sud-nord du sable et au dragage de 700 000 m3 par an clapés au large.
 (2; page 69).

– A partir de 1974, et ce jusqu’en 1990, 70% du sable dragué à l’embouchure de l’Adour est clapé devant les plage du sud d’Anglet, afin de lutter contre l’érosion avérée. Cette dispostion montre un résultat positif au sud des plages qui disparaît après, lorsque la proportion des clapages côtiers diminue à partir de 1991.
 (3; pages 62-68).

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Dragages et clapages entre 1974 et 2007.

 

La baisse du clapage côtier à partir de 1990 est lié au départ de la drague à demeure et à la baisse des crédits accordés aux Ponts et Chaussées pour cette tache. (5)

5-Le phénomène de réchauffement climatique a-t-il un impact important sur l’érosion des plages d’Anglet des dernières décennies?

Non!

– Il y a 20 000 ans, lors du dernier maximum glaciaire, le niveau de la surface de l’océan était 120 mètres plus bas que celui que nous connaissons actuellement. Une grande partie de l’eau terrestre se trouvait sous forme de glace continentale. Lors de la déglaciation, il est remonté progressivement de 110 mètres et s’est stabilisé il y a environ 7 000 ans. Depuis, le niveau de la mer a peu varié: il ne se serait élevé que de 0,5 millimètres par an au maximum. (6) 

– Le niveau de la mer au niveau des côtes de la métropole (Atlantique et Méditerranée) s’est élevé à un rythme un peu inférieur à la moyenne globale, avec un taux de variation de l’ordre de 2 mm/an sur la période 1993-2010.
 (7; page 7 et page 16).

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Carte de la distribution géographique des vitesses de variation du niveau de la mer (1993-2007) d’après Topex/Poseidon et Jason-1 : Zoom sur la Méditerranée. Source :LEGOS

 

La plupart des études citées en référence ont été faites entre 2003 et 20012. Elles viennent affiner des études déjà sorties sur ce sujet dans les années 70 par le Laboratoire Central d’Hydrologie de France (LCHF), qui ont eu pour effet la mise en place du clapage côtier en 1974, avec un effet positif sur le sud des plages d’Anglet jusque dans les années 90.

Le creusement de la fosse de garde en 2000, où il a été retiré 1 350 000 m3 de sable au sud du chenal, a aussi impacté le littoral Angloy. Le but de cette fosse est de piéger le sable qui vient des plages d’Anglet avant qu’il n’obstrue le chenal de navigation.
 350 000 m3 de sable équivaut au volume de la tour Montparnasse à Paris. La création de la fosse de garde représente 4 fois le volume de la tour Montparnasse……..
C’est depuis cette date que l’on a constaté visuellement une forte modification du profil des plages angloyes. Qui faut-il remercier pour cette initiative catastrophique alors qu’une enquête publique avait autorisé de ramener la plus part des sables devant la côte?

 

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La tour Montparnasse à Paris.

 

L’équipe SosLa

 

*sources:

(1)/ D. Rihouet, « Modèle empirique 3D: application à la gestion des activités de dragage à l’embouchure de l’Adour« .

(2)/ Thèse de Brière 2005, « Etude de lhydrodynamique dune zone côtière anthropisée: lembouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet » .

(3)/ Thèse de Dubranna 2007, « Etude des échanges sédimentaires entre l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet » .

(4)/ Abadie et Al, Rapport final CABAB 2004 « Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l’entrée du port de Bayonne » .

(5)/ Article Sud ouest, 11 Mai 2004, « L’érosion menace les plages d’Anglet » Médiathèque Bayonne.

(6)/ Kemp et al., 2011

(7)/ ONERC: « Rapport du niveau de la mer 2012« .

L’histoire méconnue du dragage à l’embouchure de l’Adour

Des dragues, à Bayonne, il y en a eu. Il y en a même eu beaucoup! De toutes les tailles, de toutes les couleurs, de tous les styles et de toutes les performances, avec des moments de bonheur mais aussi de malheurs! Ces dragues marines, à bord desquelles les équipages ont fait de leur mieux, parfois au péril de leur vie, pour favoriser une économie industrielle naissante à la fin du XIX siècle, avant d’essayer de s’adapter à une économie touristique grandissante dans les années soixante-dix. Il fallait donc des engins bien spécifiques pour répondre à ces délicates opérations de dragage, dans des conditions houleuses dignes d’un fond de Golfe de Gascogne et des vents turbulents à l’approche des Pyrénées. Qui gérait ces dragues? Étaient-elles toujours à la hauteur de la situation? Quel impact sédimentaire imposaient-elles à l’embouchure de l’Adour et surtout au littoral? Étaient-elles bien différentes de la nouvelle drague Hondarra? C’est ce que nous allons voir au travers de cet article!

 1890-1945: LES « BAYONNES » A L’OUVRAGE 

 

 

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L’embouchure de l’Adour vers 1895 avec sa double Barre les mauvais jours, encadrée par deux jetées tubulaires en partie détruite par les grosses houles hivernales.

Vers 1890, l’embouchure de l’Adour est enfin stabilisée à son emplacement actuel suite à la construction de deux digues pleines qui canalisent le jusant du fleuve aux allures fougueuses quand approche la marée basse et quand les vagues se dressent comme des murs sur les bancs de sable de la Barre. Ce sont les Ponts et Chaussées de Bayonne qui sont en charge de la navigabilité de l’estuaire de l’Adour depuis la venue de Napoléon 1er en 1808. Comme leur prédécesseur des services de la marine, ils sont débordés par l’arrivée perpétuelle des sables venu de la côte nord, qui fait avancer l’embouchure vers le large à raison de 3 mètres par an et qui rend dangereux le franchissement de la Barre.

En 1892, sous l’impulsion de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne, il est décidé de tenter des essais de dragage pour sécuriser le passage des navires, là ou tant de drames maritimes ont marqué les mémoires.

C’est en 1893 et 1894 que la drague suceuse porteuse Boulogne I du Nord Pas-de-Calais vient faire les premiers essais pour permettre à des navires plus gros d’alimenter les forges de l’Adour. Après des résultats satisfaisants, les Ponts et Chaussés de Bayonne obtiennent les crédits nécessaires pour pratiquer le dragage continu de l’embouchure.

Dès 1895, ils font construire deux dragues porteuses à succion pour remplir au mieux cette mission: la Bayonne I de 450 chevaux et la Bayonne II de 325 chevaux. Elles seront les nouveaux pensionnaires de l’estuaire. La Bayonne I, qui mesure 55 mètres de longueur par 8.90 mètres de large et 3.50 mètres de tirant d’eau, avec un puits de drague de 409 m3 est plus performante que la Bayonne II qui ne mesure que 49.50 mètres de long, par 8.60 mètres de large et 4 mètres de tirant d’eau pour un puits de 305 m3. Elles ont été construites par les chantiers navals de Normandie (construction française!) et fonctionnent au charbon.(2) L’équipage de chacune d’entre elles est composé de 12 hommes: un premier capitaine, un capitaine en second, un premier mécanicien, un mécanicien en second, quatre matelots, trois chauffeurs et un mousse. Elles commenceront à travailler le 23 juillet 1986 et enlèveront en moyenne chacune 350 000 m3 de sable par an à l’embouchure du fleuve jusqu’à la Grande Guerre, demandant aux équipages un travail de jour et à l’année dès que les conditions météorologiques le permettent.(7 et 8)

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La Bayonne I, au premier plan, drague au point fixe le chenal de l’embouchure tandis que la Bayonne II dans le fond s’occupe de dégager la Barre. (photo début 1900)

 

Entre 1896 et 1898, le chenal à l’entrée de l’Adour sera approfondi de deux mètres supplémentaires, le menant à un tirant d’eau de 5 à 6 mètres au moment des vives eaux(6) ce qui est une véritable révolution pour le commerce maritime local. Pour ce faire, ces deux navires travaillent généralement entre la mi-marée et la marée haute, au moment ou le banc est le plus immergé et la houle la moins gênante. Les équipages draguent « au point fixe », c’est à dire accrochés à une ancre immobilisant le navire dans le courant et permettant de sucer le sable à l’aide d’une élinde rigide. Ils répètent l’opération en faisant des trous côte à côte pour approfondir le passage. Puis, quand le puits de drague est chargé, ils partent vers le large, à deux ou trois milles de la côte, plein ouest de l’embouchure pour déposer ou « claper »(x) ce sable par 20 mètres de profondeur.

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Coupe frontale de la drague Bayonne I pour l’étude d’un projet de mise à terre des sables à des fins non littorales, eh oui, déjà! (Archives départementales de Pau, Fond de la préfecture, Sous Série 4 S 124, Service Maritime)

 

Le 09 Mars 1898, la Bayonne II fait naufrage suite à une collision avec sa consœur! Au moment de quitter leur zone de chargement, devant l’embouchure, les deux dragues sont distantes de 250 mètres. Mais sous l’action du fort courant de jusant, les deux capitaines perdent le contrôle de leur navire. La Bayonne II se met alors en travers et se fait éperonner par la Bayonne I au niveau du compartiment des machines. La Bayonne II coule aussitôt. Elle se situe à 1200 mètres de la côte, légèrement au sud de l’embouchure par 17 mètres de fond à marée basse! Heureusement, l’équipage est sauvé et la Bayonne I, malgré son étrave brisée et son avant défoncé, réussit à rentrer au port à la marée suivante afin de faire les réparations nécessaires. Des tentatives de renflouement de la Bayonne II sont tentées, mais en vain. Elle est alors dynamitée et déplacée pour éviter qu’elle ne devienne un obstacle à la navigation. Elle n’avait que 2 ans d’âge! (3)

Tout de suite, une nouvelle Bayonne II est reconstruite pour être livrée fin 1901. En attendant, la situation de l’embouchure sera maintenue en l’état, avant de reprendre l’amélioration des profondeur à partir de 1902. En effet, il ne faut pas oublier qu’après chaque grosse tempête, un flux de sable de plusieurs dizaines de milliers de mètres cube, venu de la côte littorale, vient combler le chenal et reformer les bancs, soit en graviers à l’embouchure, soit en sable fin sur la Barre. Il faut donc draguer en permanence le sable porté par la dérive littorale afin que le port de Bayonne puisse garantir à l’année le tirant d’eau.

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La drague Bayonne I, chargée en sédiment, se dirige vers le large pour effectuer un clapage sur la zone de déblai. 

 

En 1904, les deux dragues vont réaliser un record d’extraction puisque 904 000 m3 de sable seront dragués à la Barre de l’Adour et déposés au large soit l’équivalent de 3 fois le volume de la Tour Montparnasse! Au même moment, les services hydrographique de la Marine et les Ponts et Chaussées relèvent les premiers reculs de la côte angloye alors qu’au nord de l’embouchure, elle continue de progresser.(1 et 26)

En 1913, les performances inférieures de la Bayonne II deviennent un handicape pour l’avenir du port. On imagine déjà l’achat d’une drague plus puissante. Mais les temps de la réflexion et des ambitions vont disparaître avec l’arrivée de la Grande Guerre qui fera oublier durant de longues années l’espoir d’un chenal plus profond.

A partir de 1919, la moyenne des dragages effectués par les deux navires tombe à 350 000 m3. Les entretiens et les réparations sur les Bayonne I et II s’enchaînent les uns après les autres. Les navires vieillissent et perdent en efficacité provoquant une baisse des résultats de maintien des profondeurs et une augmentation du coût de la maintenance.(8)

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Les dragues Bayonne I et Bayonne II, côte à côte, sur le quai de Blancpignon à Anglet, là ou se trouvait le QG du service maritime des Ponts et Chaussées. (Photo extraite du livre « Bayonne 1900 » de Jean Casenave, édition Lavielle)

 

Le 09 Janvier 1924, une tempête exceptionnelle fait date dans l’histoire du littoral angloy puisque elle emporte pour la première fois les tribunes de hippodrome de la Barre, construites en 1873, livrant les premiers dégâts visibles à l’échelle humaine d’une érosion littorale débutante à proximité de l’embouchure.

En 1936, les moyennes de sables dragués devant l’embouchure tombent à 300 000 m3. Les calaisons des navires de commerce ne dépassent plus les 5 mètres de tirant d’eau suite aux difficultés de maintien des profondeurs et à des incidents lors du franchissement de la Barre. La drague aspiratrice la Coubre, du port autonome de Bordeaux, est dépêchée en urgence pour donner un coup de main et faire des essais de « dragage en marche ». Cette nouvelle méthode d’extraction des sables est une révolution, mais les dimensions du navire d’une longueur de 87 mètres, d’une largeur 14.30 mètres pour un tirant d’eau chargé de 6.20 mètres avec un puits de 1300 m3 sont trop importantes. Son temps de travail est considérablement réduit et il reste difficilement maniable. De plus, ses moteurs à mazout manquent de puissance face au courant traversier et au jusant du fleuve lors des grandes marées. D’ailleurs l’équipage et les ingénieurs des Ponts et Chaussées se font une grosse frayeur le jour où cette drague, avec son fort tirant d’eau, talonne la jetée tubulaire sud de l’embouchure, évitant de peu le naufrage! Les résultats sont jugés instructifs mais insuffisants. (4)

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La drague  » La Coubre » en 1936 à l’embouchure de l’Adour (Archives via exposition CCI Bayonne Octobre 2015)

 

En 1937, les Ponts et chaussées de Bayonne tentent d’acheter la drague aspiratrice Ingénieur de Joly appartenant au port autonome de Nantes et bien mieux adaptée à la Barre de l’Adour, mais le projet tombe à l’eau, notamment remis en cause par l’arrivée de la Deuxième Guerre Mondiale. (4)

Le 10 septembre 1942, nouveau coup du destin: la drague Bayonne II est coulée par une mine magnétique mouillée par l’aviation anglaise à l’embouchure de l’Adour. Le capitaine de la drague, gravement blessé, meurt de ses blessures quelques jours plus tard à Anglet. La drague, elle, est renflouée par les Allemands pour être déposée en aval du banc St Bernard le 19 Septembre 1942 et y être ferraillée, après 41 ans de bons et loyaux services. Elle gît aux cotés d’une autre drague de même dimension, la « Suriname », navire Hollandais réquisitionnée par les forces allemandes pour remplacer la Bayonne II. Elle connut le même destin puisqu’elle fut coulée le 21 Août 1944 avec une dizaine d’autres navires lors du départ de l’occupant. Elle fut renflouée entre 1945 et 1946 et déposée aux côtés de la Bayonne II pour y être ferraillée à son tour. Les restes qui n’ont pu être emportés à l’époque, apparaissent encore aujourd’hui à marée basse devant le quai St Gobain.

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La Surinam et la Bayonne II disloquées, gisent encore, côte à côte, au sud du banc St Bernard (photo du 30 Août 2015).

 

En 1943, on installe une ceinture anti-magnétique sur la coque de la Bayonne I afin qui ne lui arrive le même sort. Durant la guerre, on compte jusqu’à cinq dragues travaillant sur la Barre de l’Adour: les Bayonne I et II, la Suriname, la Panama et la Sambre. Le but de l’occupant nazi étant de garantir au port de Bayonne une profondeur de chenal à -7 mètres pour créer un port de première envergure. Mais cet objectif n’est atteint qu’une seule fois, c’est à dire durant les 4 premiers jours d’Octobre 1943. (4) Il est certain que la Barre est capricieuse et difficile à dompter mais il est probable aussi que les équipages français travaillant pour l’occupant n’aient pas fait preuve d’une grande motivation pour satisfaire les plans Allemands…

 

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L’embouchure de l’Adour devant la Capitainerie à Anglet, au lendemain du départ de l’occupant. Les épaves des dragues coulées là rendent difficile le passage des navires. (fond d’Auguste Peigné, bibliothèque de Boucau)

 

Le jour de l’armistice, en 1945, il ne reste plus que la Bayonne I pour assurer les travaux de déblai de la Barre. Son grand âge se fait plus que sentir et la présence de mines et de nombreuses épaves à l’embouchure du fleuve rendent impossible les opérations de maintien des profondeurs. Le chenal est obstrué par le sable et la Barre de l’Amour s’est reconstituée comme en 1892. Tout est à refaire question dragage. 

 

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DEUXIÈME PARTIE (1945-1975): VERS PLUS D’EFFICACITÉ… ET PLUS D’ÉROSION!

Au début de 1946, la situation de la Barre est catastrophique car un haut fond est venu se reformer devant l’embouchure comme en 1892, et cela pose un véritable problème technique aux ingénieurs des Ponts et Chaussées pour rétablir le trafic maritime. La Bayonne est réparée et reprend le travail modestement.

A partir de 1947, et ce, pendant plusieurs années, la Bayonne I est suppléé par la drague aspiratrice en marche Ingénieur de Kerviler, qui vient du port autonome de Nantes tous les étés. Elle mesure 60 mètres de long pour 11 mètres de large, un tirant d’eau de 4.50 mètres avec un puits de 600 m3. La situation s’améliore grâce aussi à l’enlèvement d’épaves dans le chenal de l’embouchure. Mais les Ponts et Chaussées restent inquiets du risque de panne grandissant de la Bayonne I et de ses besoins de maintenance durant l’année. (4)

 

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L’embouchure de l’Adour vers 1947-48. Les brisants, à la sortie du fleuve, forment un arc de cercle délimitant le banc de La Barre.(Archives départementale de Bayonne, Concession du port 2ETP4/383)

 

En 1948, une grosse partie des épaves gisant à l’entrée du port sont enlevées, ce qui facilite un peu plus le travail de dragage à l’embouchure. (4)

En 1953, le dragage peine à nouveau. Seulement 250 000 m3 de sable sont enlevés cette année là. Les agents des Ponts et Chaussées de Bayonne demandent à leur administration d’entrer en possession de la drague Ingénieur de Kerviler pour travailler toute l’année dans de bonnes conditions. Mais les finances de l’état ne sont pas là et il va falloir patienter. (8)

 

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La drague Ingénieur de Kerviler sortant de l’Adour, au début des années 50.

En 1955, le port de Nantes fait l’acquisition de La Sangsue, drague prise par la France aux Allemands au titre de dommage de guerre, construite en 1925 et cédée par les Ponts et Chaussées de Boulogne. Elle sera refondue en 1957 par les Ateliers et Chantiers Navals de Nantes. Il s’agit là d’une drague marine aspiratrice en marche et refouleuse qui mesure 69 mètres de long, par 11.30 mètres de large et 4.40 mètres de tirant d’eau en charge. Son moteur, issu d’un sous-marin allemand, lui procure une vitesse de 10 nœuds et son puits peut contenir 800 m³, soit deux fois plus que la Bayonne I. Après ce lifting, elle partagera son temps entre le port de Bayonne et le port de Nantes à 2/3 1/3! Elle donne de très bons résultats sur la Barre de l’Adour puisqu’elle est capable de travailler par trois mètres de houle et des courants traversiers de 5 nœuds. La Bayonne I prend alors un rôle secondaire et optimise les opérations.

 

Bayonne I fin des années 50

La Bayonne I de retour d’un clapage au large au début des années 60!

A partir de 1960, les besoins du port en matière de dragage vont grandissants avec la venue de bateaux toujours plus gros dont les tirants d’eau avoisinent désormais les 6 mètres à 6.5 mètres.

En 1961, les Ponts et Chaussées vont draguer 620 000 m3 de sable soit le double! Mais la Bayonne I n’est plus qu’une épave flottante,que ses hommes font vivre miraculeusement, et la Sangsue a besoin de maintenances répétées puisqu’elle n’est pas de première jeunesse non plus! Ainsi, le port va devoir lever le pied en matière de dragage, en attendant l’arrivée imminente d’un projet de grande digue à l’embouchure. Étonnamment, c’est cette même année que l’on voit apparaître les premières attaques sérieuses du mur de soutien à la plage de la Chambre d’Amour.

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La Sangsue, à la fin des années 60, est en plein dragage en marche devant l’embouchure!

 

En 1963, le port de Bayonne acquiert définitivement la Sangsue pour assister la Bayonne I à l’année. Le 17 Juin de la même année, la Bayonne I manque d’exploser, en draguant une mine au niveau de la zone du Redon. Mais fort heureusement, l’objet retombe dans le fleuve sans se déclencher et c’est la Marine Nationale qui se charge de récupérer l’engin explosif. (9) Afin de répondre au mieux à l’exploitation du gisement de Lacq, les ingénieurs vont creuser le chenal et s’assurer d’un tirant d’eau à l’année pour la venue des gros cargos méthaniers. Ainsi, la future grande digue du Boucau, d’une longueur de 1200 mètres, doit résoudre les problèmes de maintien des profondeurs à l’embouchure.(5)

En 1965, la construction de la grande digue se termine après trois ans de travaux titanesques. La Barre du large n’existe plus car les apports en sable venant de la côte nord ont été stoppés par l’édifice. Mais c’est avec surprise que la grande digue, par réfraction de la houle de Nord ouest, crée un contre courant venant du sud du littoral, et formant une flèche sableuse vers le chenal de l’embouchure devant la plage de la Barre. Plus la houle est grosse, plus le contre-courant est fort.(27) L’ensablement de l’embouchure est deux fois plus rapide qu’avant et résiste au travail des deux dragues à demeure! Selon un rapport du 11 Mars 1971 de l’ingénieur d’arrondissement de la DDE de Bayonne, une tempête de 4 à 5 jours est capable de pousser 50 à 100 000 m3 de sable dans le chenal(9), sable ne pouvant désormais venir que des plages d’Anglet.

En 1966, les Ponts et Chaussées de Bayonne font appel à une société de Travaux Public pour épauler La Sangsue et la Bayonne I. Mais cette société va essuyer un échec avec une drague défaillante sur la Barre de l’Adour. Les Ponts et Chaussées vont alors se tourner vers la société hollandaise « Bos et Kalis » qui possède un parc d’une dizaine de dragues. Des essais sont pratiqués dès Mai-Juin 1966 avec l’Alfons Franz, construite en 1955. C’est un succès! Cette drague qui mesure 71.35 mètres de long, pour 11,69 mètres de large et un tirant d’eau en charge de 4.85 mètres possède deux élindes. Une souple pour le dragage « à la traîne » comme la Sangsue et une rigide pour le dragage « en point fixe » comme la Bayonne I. Sa particularité est de posséder 2 hélices, 2 gouvernails, deux puissants moteurs diesels et deux pompes aspiratrices ce qui la rend très maniable et efficace. C’est donc une deux en un! Sa capacité de puits est de 1000 m3 environ et elle peut draguer jusqu’à 20 mètres de profondeur 24h/24h. De la bouche de l’ingénieur des Ponts et Chaussés de l’époque: « cette drague est magnifique » et de rajouter plus loin: « il y a autant de différence entre l’Alfons Franz et la Sangsue, qu’entre une Ferrari et une 2 CV »!(9) En effet, ils dragueront cette année là près de 715 000 m3 de sable à l’embouchure de l’Adour, soit le volume de deux tours Montparnasse, une première pour les plages d’Anglet, unique contributeur en sable possible depuis la construction de la grande digue. En juin de la même année, c’est le grand effondrement du mur de soutien devant la plage du Club à la Chambre d’Amour…

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La drague Alfonz Franz et la plage de la Barre vue depuis la nouvelle digue du Boucau en 1966. (photo Archives départementales de Bayonne, Concession du port 2ETP4/383)

 

En 1967, la Direction Départementale de l’Equipement(DDE) est crée et reprend les attributions des services territoriaux des Ponts et Chaussées. Du 31 Mai au 22 Juillet, c’est la drague Pierre Henri Watier, du port autonome de Bordeaux, qui est envoyée. Ses dimensions sont de 89 mètres de long pour 15 mètres de large et 6 mètres de tirant avec un puits de 1 000 m3. Ses résultats sont moins bons que l’Alfons Franz car elle est trop grande et pas assez puissantes. Sa venue à Bayonne sera intéressante mais décevante. 832 000 mètres cube de sable seront quand même dragués cette année-là à l’embouchure de l’Adour! On vous laisse deviner qui est le contributeur en sable…

Entre le 18 décembre 1967 et le 29 Février 1968, c’est au tour de la drague René Siegfried du port autonome de Nantes de venir donner un coup de main. D’une longueur de 75.59 mètres, de 11.85 mètres de large et de 4.80 mètres de tirant d’eau, elle a une capacité exceptionnelle en puits de 1376 m3. 720 000 mètres cubes seront retirés de l’embouchure. On retrouve ainsi les moyennes des dragages de début du siècle!(voir première partie)

En 1970, la toute jeune WD Hoyle, de la société hollandaise « Bos et Kalis » qui possède les mêmes dimensions que l’Alfons Franz, va venir exécuter deux campagnes. Une durant l’hiver, et une autre durant l’été du 23 Juillet ou 28 Août! Il faut agrandir le chenal en urgence, gêné par l’épave du “Romulus“, navire coulé au bout de la grande digue du Boucau le 15 Décembre 1969. Mais elle éprouve des difficultés à draguer le banc sud de l’embouchure qui est très haut. Elle va s’échouer à sept reprises avant d’abandonner cette zone de travail. De plus, ce banc est encore constitué d’épaves datant de la fin de la deuxième guerre mondiale, ce qui ne facilite pas les opérations. Les trois dragues réunies, WD Hoyle, Bayonne I et Sangsue, arriveront quand même à réaliser un nouveau record d’extraction en sable depuis 1904, puisqu’elles enlèveront 1 250 000 m3 de l’embouchure cette année là… (10)

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La sangsue rentre au port au début des années 70, bientôt la fin d’une longue mission?

En 1971, la société hollandaise envoie la drague WD WaterWay, d’une longueur de 75.59 mètres, de 11.85 mètres de largeur et 4.80 mètres de tirant d’eau. La capacité de son puits est de 1376 m3. Elle va permettre d’obtenir un chenal suffisamment profond livrant un accès au port à des navires de commerces de 150 à 160 mètres de long et 9 mètres de tirant d’eau.
La même année, la WD Hoyle va revenir pour la campagne de dragage de l’hiver 71-72. Mais les résultats montrent que la WD Waterway reste plus efficace et moins chère, notamment grâce à la capacité de son puits.

En 1972, la DDE de Bayonne obtient le feu vert pour trouver et acheter une nouvelle drague à demeure. Parmi les opportunités, la drague “WD Tradeway“, l’ancienne « Alfons Franz » construite en 1955 par les Hollandais, présente un bon rapport qualité prix pour une drague de 16 ans d’âge. Elle est idéale pour travailler à l’embouchure et rentre dans la forme de radoub du port pour son entretien.

En 1973, la DDE de Bayonne procède à l’acquisition de la “Tradeway“! Il s’agit là d’un achat de 10 000 000 de franc TTC de l’époque. C’est ainsi que le rêve de l’ingénieur des Ponts et Chaussées de 1966, qui l’avait trouvé magnifique, va se réaliser! Elle est attendue alors comme « le messie » titre le journal Sud ouest!

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Durant cette période, 34 million de m3 de sable auront été arrachés du littoral par dragage soit l’équivalent de 97 tours Montparnasse…

 

TROISIÈME PARTIE (1974-1991) : DÉBUT DU CLAPAGE CÔTIER ET DÉCLIN DES DRAGUES A DEMEURE.

 

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La drague Tradeway, tout juste arrivée au port de Bayonne, était attendue comme le messie, mais un messie semble-t-il déjà un peu usé! (Photo Sud-ouest, Médiathèque de Bayonne)

 

Le 09 Février 1974 la drague Tradeway, ex Alfons Franz arrive à Bayonne et se met aussitôt au travail. Désormais, elle assure seule le maintien des profondeurs. La Bayonne I, âgée de 78 ans, et la Sangsue, âgée de 49 ans, seront désarmées et remises à l’administration des Ponts et Chaussée.(10) Ces deux navires qui sont usés et très obsolètes n’auront, à priori, pas de nouvelle vie maritime. La nouvelle drague, elle, va changer deux fois de nom pour son baptême! Au départ, elle devait s’appeler « Bayonne III » en continuité des deux premières dragues du port. Mais le nom étant déjà utilisé par un autre navire français, elle va s’appeler Labourd durant quelques mois avant qu’administrativement le nom de Bayonne soit libéré et lui soit officiellement attribué.
Le 4 Juin 1974, un rapport de l’ingénieur subdivisionnaire de la DDE montre que la Bayonne III, n’est en fait plus de première jeunesse et qu’il va falloir envisager de nombreuses réparations imprévues pour qu’elle soit dans un état optimal.(10)
1974, c’est aussi le début du clapage côtier dont les premiers essais, pratiqués en 1973, ont montré la faisabilité de l’opération. Cette pratique, avec la condamnation de l’Etat en Novembre 1974, jugé responsable du recul des plages d’Anglet avec la construction de la grande digue et l’augmentation des volumes de dragages à l’embouchure de l’Adour, va se développer.

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Les dragues la Sangsue et Bayonne I, ici à quai à Blancpignon ont été désarmées en 1974 avant de quitter définitivement l’estuaire de l’Adour. (Photo archives CCI Bayonne)

 

Dès 1976, la Bayonne III ramène plus de 85% des sables dragués devant les plages du littoral d’Anglet. (voir ici tableau) Nouvelles habitudes aussi, la drague à demeure aura des missions chaque année dans les autres ports français comme à Nantes ou à La Rochelle durant deux à trois mois par an afin de rentabiliser le nouvel outil de l’administration.

En 1977, la digue des Cavaliers, d’environ 400 mètres de long, est construite à 500 mètres au sud de l’embouchure. Son but est essentiellement de casser les courants traversiers qui gênent les pilotes de l’Adour que de contenir l’érosion.(25)

En 1978, la Bayonne III commence à enchaîner de grosses réparations, qui vont finir par l’immobiliser un certain temps, notamment au port autonome de Bordeaux.

1980, c’est l’année de tous les records! Les travaux d’agrandissement du chenal de navigation par déroctage et dragage doivent permettre la venue de navires de 20 000 tonnes avec des tirant d’eau prévus à -9.50 mètres soit une profondeur de chenal requise qui tourne autour des -12 mètres. (21) La Bayonne III va donc être suppléée pour ces opérations titanesques par la drague « Volvox Zelandia » de la compagnie Hollandaise Dredging VO2 de Rotterdam. Elle mesure 95 mètres de long, pour 16 mètres de large et 6 mètres de tirant d’eau avec un puits de 3607 m3. Autant dire qu’elle est grande pour l’embouchure du fleuve mais posséde un bon rapport service rendu/prix. Ces deux engins vont ainsi réussir à supprimer des fonds de l’embouchure 1 500 000 m3 de sables dont 87% seront ramenés devant les plages d’Anglet ce qui, du coup, est de bon sens!

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La drague Hollandaise Volvox Zelandia effectue un clapage côtier devant les baigneurs ébahis par la proximité de ce navire à la plage des Sables d’Or, le 04 Septembre 1980!

 

1980, c’est aussi la création du Groupe d’Intérêt Economique(GIE) de Dragage des port Français dont l’Etat, propriétaire à 51%, partage cet actionnariat avec les ports autonomes français. Les dragues appartenant au GIE sont louées nues aux ports les utilisant. Cela permet d’avoir des dragues neuves et performantes, louées au meilleur coût à l’ensemble des ports du territoire Français. Si besoin est, un port français peut toujours faire appel à une drague des quatre compagnies privées européennes qui se partage le marché, sans être victime d’un prix excessif.

En 1981, de gros travaux de réparation s’enchaînent sur la drague Bayonne III, dont la maintenance finit par être jugée non rentable. Huit ans après son achat, il est décidé de ne plus faire que le stricte minimum pour gagner encore quelques années avec ce navire…(11) Il semble que les opportunités du GIE de dragage soient plus économiques pour la DDE maritime.

Le 01 Avril 1984, c’est officiel, la Bayonne III est désarmée, soit 10 ans après son rachat et 29 ans après sa construction!(12) On ne peut pas dire qu’elle aura été dans la lignée de ses grandes sœurs et c’est là une bien triste nouvelle pour le port de Bayonne, car elle ne sera pas remplacée de si tôt et va rouiller durant de nombreux mois au quai de Bancpignon, avant d’être recyclée!

 

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L’embouchure de l’Adour au début des années 80, de grands changements visuel depuis 1948 et depuis les années 1890 avec une grande artificialisation!


Désormais, c’est un marché public qui gère la venue d’une drague deux fois par an à Bayonne: une fois après l’hiver et une fois à l’automne. Il est ainsi devenu plus intéressant pour l’Etat de sous-traiter les opérations de maintien des profondeurs de l’Adour que d’avoir recours à une drague à demeure. Mais pour les plages angloyes, cette stratégie s’avère coûteuse, car elles vont à nouveau s’éroder artificiellement. Le 01 Juin 1984, c’est la drague René Gibert du GIE de dragage du port autonome de Nantes qui vient faire le maintien des profondeur. Toute neuve, elle est prévue de venir deux fois par an. Il s’agit là d’une grosse drague qui mesure 90 mètres de long par 18 mètres de large et 7 mètres de tirant d’eau en charge, avec un puits de 2200 mètres cube. Sa particularité est dans sa coque et c’est une première à Bayonne: elle s’ouvre en deux grâce à de puissants vérins hydrauliques libérant le sable. Tout est en double sur ce navire, même la salle des machines. Le château, lui unique, est très élevé avec une bulle vitrée à l’avant pour un meilleur suivi des opérations de dragage. Le progrès à un prix puisqu’elle coûte 7000 francs de l’heure!

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Pak sur les vagues de la plage des Dunes durant l’automne 1988 avec, dans le fond, la René Gibert qui fait alors partie du paysage côtier durant une bonne décennie.

 

En 1986, le verdict en appel de l’Etat, condamné en 1974 pour sa responsabilité dans le recul des plages angloyes, est donné. La peine est réduite de 80 à 50%, mais il reste quand même coupable. (voir dernier paragraphe du B ici) Les volumes clapés sur la côte étant passés de 87 à 50% depuis 1983, cette nouvelle sentence fait l’effet d’un coup d’aiguillon qui relance la politique de clapage côtier jusqu’en 1990.

En 1990, le directeur de la DDE maritime de Bayonne , PY Landouer, quitte la région et laisse un rapport exceptionnel sur la problématique d’érosion liée à l’artificialisation de l’embouchure de l’Adour et son impact sur les plages d’Anglet. Il rappelle qu’il est capital pour les plages de ramener le sable dragué devant les plages et de reconstituer les petits fonds au plus près de la côte. (25)

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Diagramme des dragages à l’embouchure de l’Adour entre 1974 et 1990. Sur cette période, 11,7 millions de m3 de sable ont été dragués à l’embouchure et 7,9 millions ont été ramené sur la côte angloye soit 68% de l’ensemble des sables.

 

 

QUATRIÈME PARTIE (1991-2015): CLAPAGES CÔTIERS EN BAISSE, ÉROSION ANGLOYE EN HAUSSE!

A partir de 1991, la DDE de Bayonne va laisser s’effondrer le clapage côtier en ne ramenant plus à la côte que 17% des volumes dragués. POUR QUELLE RAISON? D’après le LASAGEC, laboratoire de génie côtier d’Anglet qui a eu accès à des archives plus récentes de la DDE (14), il semblerait que la sous-traitance des opérations pour ramener le sable devant la côte coûtait trop chère à l’Etat et l’administration supposait que le sable rejeté au large finirait un jour par revenir à la côte. Les dragues vont ainsi faire le minimum pour les plages durant les quinze années suivantes. La CCI de Bayonne, elle, s’inquiète plus pour la pérennité dans le temps de son chenal d’accès et rêve de retrouver une nouvelle drague à demeure. Ainsi, la drague René Gibert du GIE de dragage va continuer d’assurer les opérations de maintien de profondeur à l’embouchure.

En 1994, un contrat de 3 ans est passé entre la ville de St Jean de Luz et la DDE de Bayonne. Une partie du sable prélevé à l’embouchure de l’Adour est déversé dans la baie de la commune pour combler une fosse apparue près de la digue aux chevaux. En totalité, 45 000 mètres cube de sable seront vendus à 14 francs le mètres cube transport compris aux luziens… (19 et 20)

A partir de 1997, le GIE de dragage manque de disponibilité pour prêter ses dragues au port de Bayonne. C’est le grand retour des compagnies privées hollandaises qui vont réaliser les deux campagnes par an. (15) Le bal des dragues étrangères commence avec l’arrivée de la HAM 312 de la compagnie Hollandsche Aanneming Maatschappij, drague de 95 mètres de long pour 17 mètres de large et 6.3 mètres de tirant d’eau chargé, avec un puits de 5436 m3.

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La drague Keto creuse la fosse de garde au sud de l’embouchure durant la construction de la nouvelle jetée sud. (Archives sud ouest 2000/ Médiathèque Bayonne)

 

En 1998, une nouvelle drague battant pavillon allemand vient à Bayonne pour faire l’entretien: la Keto de la société Hollandaise Van Oord. Elle mesure 80 mètres de long, 14.40 mètres de large et 5.70 mètres de tirant d’eau chargé avec un puits de 2305 m3. Elle sera remplacée en cours d’opérations par la Volvox Ibéria, de plus grosse capacité et qui, pour l’occasion sera la plus grosse drague que le port de Bayonne est jamais vue avec ses 100 mètres de long, 19 mètres de large, 9.6 mètres de profondeur et un puits de 6000 m3!
La même année, l’Etat envisage l’accueil à Bayonne de navires de 20 000 tonnes. Une étude est lancée et l’enquête publique qui s’y attache relève que les 600 000 m3 de sable qui vont être dragués à l’embouchure pour améliorer le chenal pourraient être réinjecté sur les plages angloyes déficitaires. (17) Tous les conseillers d’Anglet ont voté favorablement à l’esprit de cette première tranche de travaux, surtout après le départ massif de 30 000 m3 de sable sur la plage des Sables d’Or durant l’hiver! (18)

En 2000, la DDE maritime fait creuser la fameuse « fosse de garde« . Cette fosse est une sorte de trou de 10 mètres de profondeur au sud du chenal, qui piège le sable angloy avant qu’il ne déborde dans le chenal. Ce système permet de garantir un trafic permanent des gros navires à l’année. Dans cette opération assurée par la drague Keto, près de 1 300 000 m3 de sable fin angloy seront dragués devant la plage de La Barre soit, au final, bien plus que les 600 000 m3 prévus. Plus grave encore, seulement 200 000 m3 seront ramenés devant le littoral angloy à l’instar de l’enquête publique de 1998(?). De plus, d’après le diagramme sur les 120 ans de dragage présent à la fin de l’article, on se rend compte que la création de la fosse de garde aura réellement durée 3 ans! Si l’on fait une comparaison avec 1980, l’année 2000 reste inférieure en volume de sable retiré, mais si l’on additionne 1999, 2000 et 2001, on totalise 3 200 000 m3 contre 2 800 000 m3 retiré en 1979-80-81, ce qui permet d’enregistrer un nouveau record d’extraction! Autre grande différence, seulement 10% de sable sera ramené à la côte entre 1999 et 2001, contre 84% entre 1979 et 1981 expliquant les changements du profil des plages apparus au début des années 2000…
Au même moment, une nouvelle digue de 260 mètres de long est construite à 120 mètres au sud de l’embouchure de l’Adour pour dévier le courant traversier vers la fosse de garde. L’ensemble de ces travaux doit permettre la venue de cargos proches des 20 000 tonnes comme cela avait été souhaité lors des travaux de 1980! (22)

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Plans des accès maritimes prévus par la DDE de Bayonne en 2000 pour améliorer l’accès au port.

 

Depuis ces grands travaux et la continuité des campagnes de dragage, aucune restriction du port n’a été enregistrée, même durant l’hiver 2013-2014 qui, pourtant, avait déplacé beaucoup de sable angloy vers l’embouchure. Les volumes annuelles de sables dragués sont alors tombés en moyenne à 500 000 m3 ce qui laisse imaginer un effet tampon positif de la fosse de garde.

Entre 2001 et 2002, c’est la DAM Argonaut qui sillonne l’embouchure et les plages d’Anglet. Cette drague Hollandaise de 81.80 mètres de long, de 14 mètres de large et de 6.31 mètres chargés, possède un puits de 3000 m3.

En 2002, la digue des Cavaliers perd durant l’hiver 30 mètres de son musoir. Étonnamment, les ingénieurs de la DDE ne mettent pas en cause la création de la fosse de garde et ses « 3 200 000 m3 » de sable retirés en 3 ans correspondant à 9 fois le volume de la tour Montparnasse(23) mais plutôt l’effet de la zone de dépôt au large qui forme désormais un haut fond par -12 mètres de profondeur, là ou il y avait autrefois -25 mètres. Cette nouvelle dune sous-marine provoque la réfraction des grosses houles hivernales vers les infrastructures de l’avant-port, les endommageant plus rapidement! Les autorités compétentes agrandissent ainsi la zone de dépôt des déblais et la déplace un peu plus vers le large mais le haut fond demeure! (13)

A partir de 2003, la DDE de Bayonne renoue avec le GIE de dragage et on voit le retour de la drague René Gibert à l’embouchure du fleuve, deux fois par an. (15)

En 2004, le clapage côtier est arrêté par la volonté du président de l’agglomération côte basque Adour et maire de Biarritz, cherchant un bouc émissaire à la mauvaise qualité de ses eaux de baignade! (24). Les chercheurs du Génie Côtier de l’UFR de Montaury, Stéphane Abadie et Philippe Maron montent au créneau en démontrant avec certitude que l’érosion artificielle menace alors les plages d’Anglet, et que le sable déposé depuis plus de 110 ans sur la zone de déblais située au large n’a pas bougé et donc peut être considéré comme définitivement perdu pour le littoral. (14 et 25) Cette étude financée par l’ACBA a une portée juridique intéressante car elle souligne que celui qui prélève du sable à l’entrée de l’Adour sans le remettre devant les plages d’Anglet est responsable de l’érosion artificielle qu’il crée sur cette côte angloye.

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La René Gibert, ici en 2004, effectue un dragage de la fosse de garde devant la plage de la Barre.(Photo Ph LAUGA)

 

Le 1er Août 2006, la Région Aquitaine hérite de la gestion des maintiens de profondeurs qui était, jusqu’alors gérée par la DDE de Bayonne. La Région et son concessionnaire, la CCI de Bayonne, se partagent en deux l’enveloppe de financement de ces opérations tournant autour de 2 à 2.5 millions d’euros.

La même année, la René Gibert est vendue à la Malaisie. Le GIE de dragage ne peut plus, comme par le passé, assurer les besoins du port de Bayonne. Les dragues de la Société belge de Dragage Internationale, SDI où DEME, vont investir le paysage local. Cette compagnie va envoyer les engins les plus gros que l’embouchure de l’Adour ait jamais connus. La drague Antigoon, avec ses 115 mètres de long, 22.4 mètres de large et 9.80 mètres de tirant d’eau pour un puits de 8 400 m3 ouvre le défilé. N’oublions pas qu’il n’y a plus de contrainte de clapage côtier. Ce qui compte désormais, c’est de draguer à moindre coût!

En 2007, c’est la drague Reynaert, avec ses 97.50 mètres de long, 21.6 mètres de large et 7.60 mètres de tirant d’eau pour un puits de 5 600 m3 qui vient à Bayonne. Elle est toute neuve et va faire ses armes.

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La drague Reynaert de la SDI, en plein dragage de la fosse de garde, élinde plongée dans les profondeurs de la fosse de garde devant la plage de Barre.(Photo Ph LAUGA)

 

En Mai 2008, c’est la drague Brabo, véritable mastodonte flottant, qui se présente au port. C’est à ce jour, la plus grosse drague qui soit venue faire le maintien des profondeurs. Attention, tenez vous bien, 121.50 mètres de long, 28 mètres de large, 9.80 m de tirant d’eau chargé et un puits de drague de 11 650 m3. C’est à se demander comment elle a réussi à manœuvrer à l’embouchure, dans un espace aussi étroit. Mais ces engins sont de mieux en mieux équipés, avec des moteurs latéraux hyper puissants et des postes de pilotage hyper informatisés, où le capitaine devient alors un véritable trader des océans et peut ainsi naviguer avec grande précision et aspirer autant de sédiment que possible dans les meilleurs conditions. A noter que cet engin est capable de draguer jusqu’à 43 mètres de profondeur. En Septembre de la même année, c’est encore une grosse drague, la Jade River, Longueur 98.50 x largeur 16.42 x profondeur 8.21 et puits de 3281 m3, qui vient à son tour. C’est aussi, cette année là, le retour d’une érosion forte sur les plages d’Anglet avec la disparition des deux musoirs des digues des Sables d’Or et de Marinella!(24)

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La Brabo en plein dragage de la fosse de garde en 2008. (photo J D Chopin sud ouest)

 

A partir du 1er Janvier 2009, c’est la CCI de Bayonne qui récupère la gestion du dragage du port de Bayonne. Les campagnes vont continuer « bon train » avec la SDI jusqu’en 2014. On va voir débarquer durant cette période la Charlemagne, l’Atlantico Due, la Marieke, la Mellina, l’Amazone, l’Orwell, la Pallieter, l’Elbe ou la Vlaanderen XX, cette dernière étant la plus grosse, avec ses 106 mètres de long, 21.50 mètres de large, 7.60 mètres de tirant d’eau avec une capacité en puits de 5072 m3.

En 2010, après des constats alarmants d’une érosion artificielle grandissante sur les plages d’Anglet, une convention tri-partite est mise en place entre la CCI de Bayonne, l’agglomération et la ville d’Anglet pour qu’un maximum de sable dragué à l’embouchure soit ramené devant les plages. Désormais, la CCI demande de l’argent à la ville d’Anglet pour financer le retour de son sable.(?) De plus, l’appel d’offre signé entre la CCI de Bayonne et la SDI est inadapté au clapage côtier car les tirants d’eau des navires énumérés précédemment sont trop importants pour se rapprocher de la côte et être efficace comme l’expliquait l’ingénieur de la DDE dans son mémoire en 1990.

Le 16 Janvier 2012, la jeune association Sos Littoral Angloye (SosLa) milite officiellement pour une drague à demeure, unique solution pour réaliser 100% de clapage côtier.

Le 01 Mars 2013, l’association SoSLA se dresse contre un projet de mise à terre des sables dragués à l’embouchure à des fins non littorales et récolte 4500 signatures à travers une pétition qui s’intitule  » le sable des plages d’Anglet n’est pas à vendre »! Les élus ne peuvent plus ignorer l’érosion artificielle qui touche les plages d’Anglet et doivent se battre pour sauver ce joyau comme en 1974.

Le 03 Octobre 2014, le Collectif littoral Angloy (COLIAN) composé d’associations et d’usagers des plages d’Anglet, se forme pour défendre l’intégrité des plages d’Anglet face notamment aux activités de dragage qui ont lieu à l’embouchure de l’Adour.

En 2015, la SDI envoie ENFIN une petite drague, l’Albatros, qui répond merveilleusement bien à cette mission. Cette drague, construite en Hollande, mesure 72 mètres de long pour 9,50 mètres de large et un tirant d’eau de 3 mètres! Sa capacité en puits est de 1240 m3 de sable, ce qui demande un travail plus long mais lui permet de réaliser quasiment 100% de clapage côtier, ce qui reste à ce jour le meilleur résultat pour une campagne de dragage avec une seul navire à Bayonne!

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La drague Hondarra à l’embouchure de l’Adour durant sa première journée officielle de dragage/clapage de l’embouchure de l’Adour.

 

Le 08 Septembre 2015, après 31 ans d’attente, c’est enfin l’arrivée de la nouvelle drague à demeure. La CCI BPB ne s’y est pas trompée avec l’achat de ce navire particulièrement adapté à l’embouchure de l’Adour et au clapage côtier. Hondarra, construite à Bilbao, mesure 62.3 mètres de long pour 12.8 mètres de large et 4.60 mètres de tirant d’eau en charge avec un puits de 1200 m3. L’équipage du navire est composé de dix marins locaux qui travailleront 6 jours sur 7, de jour et hors période estivale. Il sera au fait de toutes les études menées sur la zone et acquérira avec le temps une forte expérience de l’embouchure et des profondeurs angloyes.

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Durant ces 120 années, 55 millions de m3 de sable auront été dragués à l’embouchure de l’Adour et 44 millions auront été clapé au large, et restent à ce jour perdus pour le littoral!

 

Cet historique met clairement en lumière que l’embouchure de l’Adour est intimement liée aux plages d’Anglet, et que ses profondeurs suivent de près le développement du port. La seule solution pour que les activités portuaires soient en harmonie avec leur environnement côtier, c’est de ramener 100% du sable dragué à l’embouchure. Avec le temps, les quatre dragues à demeure du port de Bayonne ne se sont pas vraiment allongées mais ont pris de la hauteur, avec des châteaux dressés comme des observatoires pour mieux appréhender les manœuvres. Elles se sont aussi améliorées en puissance et en maniabilité pour répondre à des forts courants dans des zones de dragages étroites avec parfois une faible hauteur d’eau. Enfin, ce que pouvait draguer la Bayonne I en un jour correspond à un seul voyage pour l’Hondarra, ce qui est un énorme progrès!
Anne Sophie Lapix, marraine du navire, lance la bouteille de champagne sur la coque de ce beau bateau le jour de son inauguration et….et elle se brise en mille morceaux avec un puissant choc capable d’éloigner tous les mauvais esprits! Nous souhaitons longue vie à ce nouveau navire en espérant qu’il remplisse au mieux et le plus longtemps possible ses nouvelles missions.

 

L’équipe SoSLa

 

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Vidéo de l’inauguration par la marraine Anne Sophie Lapix à l’instant crutial! (cliquer sur l’image)

 

*Les zones de texte en rouge font référence à d’autres images ou articles en lien, cliquez dessus.
(x)claper le sable = larguer le sable dragué au fond de la mer.

Bibliographie:

(1) Anglet:du sable plus qu-il n’en fallait, la vraie histoire. SosLa
(2) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/376
(3) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 2/202
(4) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/379
(5) Archives nationales de Pierrefitte/Seine: Dragues Sangsue et Bayonne(1961 à 1965) 19770759/188, P.M. 454
(6) Archives départementales de Pau, fond de la préfecture sous Série 4 S 124, Service Maritime
(7) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/382
(8) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383
(9) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 49
(10) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 30
(11) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 35
(12) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 31
(13) Mr Le Pors, ingénieurs de la DDE de Bayonne via exposé S3pI 2004
(14) Article Sud ouest, 11 Mai 2004, « L’érosion menace les plages d’Anglet » Médiathèque Bayonne.
(15) Article Sud ouest, 30 Août 2003, « La dragueuse de fond » Médiathèque Bayonne.
(16) Stéphane Abadie et Al. Rapport final pour la CABAB 2004 « Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l’entrée du port de Bayonne ».
(17) Article Sud ouest, 16 Mai 1998, « Aménagement du Port » Médiathèque Bayonne.
(18) Article Sud ouest, 29 Avril 1998, « Mais où est passé le sable » Médiathèque Bayonne.
(19) Article Sud ouest, 28 Janvier 1997, « Une entrée soignée » Médiathèque Bayonne.
(20) Article Sud ouest, 28 Février 1996, « Le sable est dans l’air » Médiathèque Bayonne.
(21) Article Sud ouest, 22 Janvier 1980, « De l’Escault à l’Adour, les grandes manœuvres de l’Ourthe » Médiathèque Bayonne.
(22) Article Sud ouest, 19 Janvier 2000, « Le sable est dans l’air » Médiathèque Bayonne.
(23) Article Sud ouest, 27 Novembre 2002, « La digue en danger » Médiathèque Bayonne.
(24) Article SoSLa du 14 Mai 2015 Anglet: du sable plus qu’il n’en fallait, la vraie histoire.(paragraphe C).
(25) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne « Défense du littoral d’Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle. » Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
(26) Article SoSLa, 05 Octobre 2014 L’embouchure de l’Adour: Pourquoi si peu de sable du coté des plages de Tarnos?
(27) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 « Etude des échanges sédimentaires entre l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet. »           (28) Caractéristique des dragues sur dredgepoint

Dragage Automne 2014: un résultat exceptionnel !

En effet, la Société de Dragage Internationale (SDI) a réalisé presque un sans faute lors de cette campagne en ramenant sur les plages d’Anglet 98% des sables dragués à l’embouchure de l’Adour
De mémoire de clapage côtier angloy, cela ne s’était jamais vu!

 

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Sur la gauche, la petite drague Orwell, d’une capacité en sable de 2575 m3, sort chargée de l’estuaire de l’Adour. A droite, la grosse drague Pallieter d’une capacité de 5230 m3, est en plein dragage à l’embouchure du fleuve.

 

Pour une première, c’est une première!
En effet, la Société de Dragage Internationale (SDI) a réalisé presque un sans faute lors de cette campagne en ramenant sur les plages d’Anglet 98% des sables dragués à l’embouchure de l’Adour. De mémoire de clapage côtier angloy, cela ne s’était jamais vu!
Autant, lors de la dernière campagne de Mars 2014, nous avions été très désappointés par le mauvais résultat, autant cette fois ci, nous sommes satisfaits de ce résultat enregistré pour les plages. Pour la première fois, nous avons senti une volonté commune entre l’équipe de la SDI et les agents du port à vouloir faire un bon résultat! Seul bémol, le tirant d’eau important de la DAM Pallieter implique des clapages côtiers en moyenne vers 8 mètres de profondeur, soit à une distance de plus de 700 mètres du bord ce qui a pour effet une diminution de l’effet de régalage des petits fonds, si chers aux baignades et aux sports de glisse.

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Le 14 10 2014, la DAM Pallieter effectuait 8 clapages côtiers en 24H à une distance moyenne de 700 mètres de la côte. (Photo issu de Marine Traffic)

 

Quelles sont les raisons d’un tel succès?
Au départ, il était prévu que la DAM Orwell (Drague Aspiratrice en Marche) face tout le boulot de cette campagne. Comme à l’habitude, elle commence par s’occuper du banc St Bernard, ce qui tombe bien car les conditions de houles ne permettent pas de faire du clapage côtier avec le sable accumulé à l’entrée de l’Adour. La DAM Pallieter, de retour d’un chantier méditerranéen, passe devant le golf de Gascogne au moment même où une période d’accalmie de houle se met en place. L’occasion est trop belle pour draguer rapidement l’embouchure de l’Adour et faire un maximum de clapage côtier, pendant que la DAM Orwell s’occupe du banc St Bernard et avant que les conditions ne se dégradent. La drague Pallieter est donc réquisitionnée par l’équipe sur place de la SDI, pour accélérer la campagne de dragage dans de bonnes conditions. C’est pour cette raison précise que l’on a pu apercevoir durant une petite semaine, deux dragues vertes circuler à l’embouchure du fleuve. A situation exceptionnelle, résultat exceptionnel!

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La DAM Orwell est en train de sucer la vase du banc St Bernard, zone de dépôt naturel de l’Adour.

 

Mais pourquoi pas 100% de clapage côtier?

Sur les 139 332 m3 de sable dragués à l’embouchure de l’Adour durant cette campagne de dragage, 136 528 m3 ont été clapés dans la zone d’immersion côtière soit 98% des sables dragués. 2% de sable angloy ont été perdus au large sur la zone de dépôt. Lors de sa dernière rotation, l’élinde de la DAM Palletier est restée bloquée en dessous du niveau de la coque, cet incident technique ne permettant pas au navire de claper devant la côte dans de bonnes conditions. Par mesure de sécurité, elle est allée claper ce dernier chargement au large.

 

Quel est le bilan de l’année 2014?

Sur 546 205 mètres cube de sable angloy dragué à l’entrée de l’Adour, 272 672 mètres cubes angloys ont été perdus au large soit 50% de perte en 2014 qui viendront impacter une nouvelle fois le littoral angloy lors des prochaines houles hivernales. Depuis l’année 2000, le littoral angloy a perdu près de 5 millions de mètres cube de sable lié aux activités de dragage. D’ailleurs, la faiblesse du littoral se voit à travers la digue des Cavaliers qui, après une restauration en Octobre 2013, est l’objet de nouveaux travaux en 2014!

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Au premier plan, les travaux de renforcement de la digue des Cavaliers commencé en septembre 2014 et dans le fond, la DAM Pallieter qui clape, qui clape et qui clape…Une performance exceptionnelle de la SDI que l’on aimerait voir se reproduire dans l’avenir!

 

L’équipe SosLa

 

*clapage côtier: sable dragué déposé devant les plages.

Pourquoi si peu de sable aujourd’hui du côté des plages de Tarnos?

Observons les embouchures de l’Adour au Boucau et du Boudigau à Capbreton:

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La grande digue du Boucau, terminée en 1966, semble retenir un peu de sable du côté nord de l’embouchure et créer une belle érosion au sud (photo des années 1980)

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La digue du Boudigau à Capbreton, construite huit ans après la digue du Boucau , retient une quantité énorme de sable issu de la dérive littorale au nord et subit une belle érosion au sud. (photo des années 1990)

Pourquoi y a-t-il bien plus de sable accroché contre la digue du Boudigau à Capbreon qu’au nord de la digue du Boucau à Tarnos? 

 

Étrange, non? La grande digue du Boucau, construite en 1966, se situe à seulement 15 km au sud de la digue du Boudigau construite en 1974. Et pourtant, le sable y est bien moins acculé sur sa face nord que chez sa petite cousine. Le phénomène de « DÉRIVE LITTORALE » y parait finalement plus faible. Certains experts vont jusqu’à dire qu’elle est localement inexistante ce qui nous parait étrange. Nous avons donc pris le temps de faire notre petite enquête pour connaitre « LA RAISON » d’une telle différence…

 

I- D’OU VIENT LE SABLE DE NOS PLAGES?

Le sable littoral a pour origine les montagnes. Suite à la fonte des glaciers, il y a plusieurs milliers d’années, il a été porté par les fleuves et les rivières jusqu’à la côte. Ce phénomène perdure toujours aujourd’hui mais avec des volumes de sable bien plus faibles. La diminution de ces apports est à l’origine de l’érosion la côte Aquitaine. Déposé sur les plages, au niveau des embouchures, le sable est pris en charge par le courant appelé « dérive littorale ».

La dérive littorale est le déplacement des sables ou sédiments provoqués parles courants présents le long de la côte. Les houles obliques de nord ouest, les vents à dominance nord ouest et le déferlement des vagues créent un courant parallèle à la côte qui déplace les sables dans une direction qui est en général celle du sud en Aquitaine. Lors de cette dérive, le sable des plages disparaît de quatre manières:

– une partie est emportée par les vents dans l’arrière pays dunaire.
– une partie est emportée par les vagues et disparaît dans les profondeurs océanes.
– une partie est ramassée par l’homme avec les déchets sur les plages.
– le reste qui correspond à la plus grosse partie, suit le courant dominant vers le sud.

A son arrivée, au niveau des plages de Capbreton, une partie est arrêtée par la digue du Boudigau qui vient se placer comme un obstacle artificiel à la dérive littorale.

Une autre partie de ce sable passe un peu plus au large de la côte et tombe dans la fosse de Capbreton, particularité locale, connue aussi sous le terme de Gouf.

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Le gouf de Capbreton est un canyon sous marin unique au monde

 

Les grains de sable qui réussissent à franchir ces deux obstacles continuent de dériver en direction des plages d’Anglet. Mais suite à un changement de direction de la côte, qui passe d’une orientation sud-sud ouest à une orientation sud-ouest, la dérive littorale s’affaiblit. Ainsi l’action de la houle sur le déplacement des sédiments baisse.

Le vent dominant de nord ouest a lui aussi tendance à faiblir au fur et à mesure que l’on se rapproche des Pyrénées.

Pour ces deux raisons, le volume de sable qui dérive au sud des Landes est bien moins important que celui qui dérive sur la côte Girondine et sur le nord de la côte Landaise.

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Au loin sur la droite, Capbreton et le grand virage de la côte aquitaine.

 

Au niveau de l’Adour, la digue du Boucau, vient se placer comme le dernier obstacle majeur à la dérive du sable vers les plages d’Anglet. Ce grand rempart provoque l’accumulation du sable sur les plages de Tarnos mais pas de façon flagrante.

Mais attention, avec une longueur d’environ 1100 mètres de long, la digue du Boucau est trois fois plus longue que la digue du Boudigau à Capbreton, qui fait environ 400 mètres. Ainsi, par effet d’optique, l’accumulation du sable au nord de Capbreton parait bien plus importante que chez sa grande cousine.
De plus, la digue du Boucau est concentrique, c’est à dire qu’elle est courbée vers le sud. Le courant de dérive littoral est ralenti mais pas stoppé net comme dans le cas de sa cousine Landaise qui est rectiligne. Ainsi, les quelques grains de sable fin qui seraient transportés par le courant pourraient probablement traverser l’Adour s’ils ne tombaient pas dans le chenal de l’Adour régulièrement dragué…

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Le panache de l’Adour est poussé vers le sud grâce à la dynamique littorale dominante. Lors des grosses houles, un contre courant local remonte des plages angloyes pour y arracher le sable fin et le déposer à l’entrée de l’Adour. (photo IGN 1996)

 

Ainsi, nous constatons que même si la dérive littorale diminue au fur et à mesure que l’on se rapproche des plages d’Anglet, cette dernière n’est pas nulle quand elle arrive au niveau de l’estuaire de l’Adour puisqu’on aperçoit un léger engraissement de sable sur une longueur d’environ 4.5 km entre la plage du Metro et la plage de la digue côté Tarnos.

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L’embouchure de l’Adour en 2013

De plus, en faisant rempart au courant de dérive littoral, la digue du Boucau crée un contre courant sud-nord devant les plages d’Anglet. Lors des tempêtes, ce contre courant emporte le sable angloy vers le chenal de l’Adour ce qui provoque l’érosion des petits fonds de la côte si le sable n’est pas clapé en totalité sur la côte angloye par la suite.

Mais ce constat ne nous parait pas suffisant pour expliquer qu’il n’y a pas plus de sable aujourd’hui sur la côte nord de l’embouchure, surtout quand on sait qu’il y a 150 ans, la terre progressait à cet endroit de 25 mètres tous les dix ans!

 

II- LA COTE NORD DE L’EMBOUCHURE DE L’ADOUR GAGNE SUR L’OCÉAN DEPUIS DES SIÈCLES!

Alors que toute la côte aquitaine est entrée en érosion au début de notre ère, les plages de Tarnos, situées à proximité de l’embouchure de l’Adour comme celles d’Anglet, continuent d’engraisser jusqu’à la fin du 19 ème siècle. Cela est dû, à la fois à leur situation géographique, puisqu’elles se trouvent en fin de dérive littorale marquée par les premiers contreforts de la chaîne des Pyrénées qui se dressent là comme un rempart à la circulation des sables, et à la présence l’Adour qui produit encore, à cette époque, des quantités importantes de sédiment. Voici l’embouchure de l’Adour entre 1700 et 1869:

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Extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés entre 1700 et 1869: les tracés colorés et datés correspondent aux différents traits de côte de l’embouchure de l’Adour à marée basse. Nous avons juste rajouté les dates en couleurs pour mieux apprécier le document. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime).

 

D’après ce plan, on voit clairement que la terre gagne sur la mer au rythme moyen de 2.5 mètres/an côté nord et de 4.5 mètres/an côté sud de l’embouchure, pendant les 170 années étudiées. Comme le signalait à l’époque l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de Bayonne: « On a l’impression que la mer abandonne son rivage ».

En 1893, après avoir formulé sa demande à l’Etat, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne, poussée par les entreprises locales, obtient l’autorisation de pratiquer le dragage continu de la Barre de l’Adour et retire chaque année 700 000 mètres cubes de sable, soit l’équivalent de deux fois le volume de la Tour Montparnasse.
Nous savons aussi que la préfecture donne l’autorisation d’extraire de la madrague à l’embouchure du fleuve et que 50 000 mètres cubes de sédiments sont ainsi retirés chaque année de la plage de la Barre. Quelques années plus tard, la même autorisation est délivrée pour la côte nord de l’embouchure sur la commune de Tarnos. Le volume total de sable extrait annuellement sur la zone avoisinera ainsi les 800 000 mètres cubes!

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Dans les cercles jaunes on aperçoit les traces des extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’entrée de l’Adour en 1938. (Photo IGN)

Dès lors, les relevés scientifiques constatent un recul moyen de 1 mètre/an entre 1896 et 1939 évoluant vers 3 mètres/an au début des années soixante sur les plages d’Anglet. L’apparition d’une érosion sur la côte angloye montre que les extractions qui ont lieu sur terre comme en mer, sont non seulement supérieures au volume de sable qui arrive naturellement, mais qu’en plus on puise dans le stock des plages provoquant leur recul. C’est ainsi que se dessine le début d’une catastrophe écologique puisque l’homme a inversé la dynamique sédimentaire qui existait ici depuis plusieurs siècles à Anglet.

– Mais qu’en est-il au même moment sur la côte nord de l’embouchure?

Voici la concession de bain de mer Laffitte, visible dans le cercle orange, qui se situe en front de mer des plages de Tarnos début 1900. Ce bâtiment, construit en pierre et posé sur le haut de la dune va nous servir de repère pour suivre l’évolution de la côte nord:

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La concession Laffitte, vue depuis la jetée sud de l’embouchure du fleuve début 1900.

 

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Schéma de 1902 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementaux de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1902, le service des Ponts et Chaussées situe précisément cet établissement sur la dune herbeuse devant la plage de la commune de Tarnos, suite à une demande de renouvellement du droit d’exploitation.

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Schéma de 1909 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementales de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1909, l’établissement se trouve toujours au même endroit mais parait maintenant un peu plus en arrière du cordon dunaire qu’en 1902. La végétation s’est développée en avant de l’établissement et montre que la terre continue de gagner sur la mer. La distance gagnée durant cette période représente une quinzaine de mètres, alors qu’au même moment, les plages d’Anglet reculent déjà d’un mètre par an. A noter que la Tour des Signaux, située au sud de l’Adour, est en avant de la limite de la végétation des plages de Tarnos par verticalité.

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1938 et provenant des archives de l’IGN

Dans le cercle rouge, on reconnait la position du bâtiment de la concession Laffitte. Le trait vert est pour nous donner la limite de la végétation. Elle se situe maintenant à gauche de la tour des signaux par verticalité. On s’aperçoit qu’en 30 ans, la terre a gagné à cet endroit plus d’une centaine de mètres et ceci malgré les extractions littorales bien visibles et le dragage de l’embouchure. Même si ces activités perdurent dans le secteur, le sable de la dérive littorale, toujours aussi abondant, permet aux plages de Tarnos de gagner 2.5 mètres par an.

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Cette photo prise durant la guerre 39-45, avec le bâtiment Lafitte dans le fond, confirme la présence d’une longue dune herbeuse entre l’établissement et la mer.

 

Quatorze ans plus tard, on retrouve les vestiges du bâtiment Laffitte, rasé pendant la deuxième guerre mondiale. Il n’en reste plus qu’une dalle bétonnée, accompagnée de quelques arbres!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour, faite en 1952 et provenant des archives de l’IGN

Non loin de là, des casemates construites pendant la guerre 39-45 sont apparus sur les dunes (cercles oranges) . Elles vont nous servir de repères. Celle qui est la plus à gauche a été construit sur une dune herbeuse en partie détruite par la proximité des extractions. Elle est délimité sur sa gauche par le trait vert. La distance qui la sépare du bâtiment Laffitte est maintenant de 140 mètres, soit 28 mètres supplémentaires par rapport à 1938, ce qui signifie que l’on est toujours sur une dynamique d’engraissement de ces plages. Ce constat d’engraissement par photo aérienne est confirmé par une étude de C. Migniot et J. Lorin  » Evolution de la côte des Landes et du Pays Basque » sortie en 1978.

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La casemate en question en 1944…..(Photo issu du livre « quand Hitler bétonnait la côte basque » de Jean Curutchet 1988)

 Mais le péril du sable est en train de naitre. En effet, il y a désormais deux machines d’extraction de sable littoral qui opèrent dans le coin (flèches rouges), correspondant à un   prélèvement de 100 000 mètres cube de sable/an.

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Le bunker, à gauche, se fait déchausser par l’intensité des extractions littorales provoquant une érosion artificielle!

Cette progression de la côte vers la mer, qui semble déjà ralentir, va malheureusement s’arrêter car l’homme va y mettre un terme…Voici une dernière vue de ce qu’a du être le maximum de terre gagné à Tarnos:

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L’embouchure de l’Adour en 1953. Le sable qui s’accumule au nord de la digue provoque un engraissement sableux de la plage rappelant le cas de l’embouchure de Capbreton.

III-LES PLAGES DE TARNOS RECULENT A LEUR TOUR!

En 1962, le nord de l’embouchure est totalement retourné par les extractions littorales! Le trait vert qui représente la limite de la végétation et qui était placé à gauche de la casemate la plus à l’ouest sur la photo de 1952 est maintenant situé sa droite. Les deux engins d’extraction qui opèrent sur ce secteur provoquent un recul des plages d’une dizaine de mètres. Çà y est,  la côte nord perd à son tour du terrain, soit en moyenne 1 mètre/an.  Au même moment, les plages d’Anglet reculent de 3 mètres/an!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1962 et provenant des archives de l’IGN

 

– La construction de la grande digue du Boucau, entre 1963 et 1966, est synonyme d’une accélération de l’érosion de la côte Angloye. Non seulement, les sables présents sur la plage vont servir à sa confection mais en plus, les volumes de matériaux dragués à l’embouchure qui étaient retombé à 300 000 m3 depuis les années 1920 sont à nouveau multipliés par deux, avoisinant ainsi les 700 000 m3 par an.

 

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Extraction de sable littoral et construction de la digue du Boucau en 1964…

 

La grande différence avec le passé, c’est que désormais, la côte angloye devient quasiment l’unique contributeur en sable dragué à l’embouchure. Le trait de côte  y recule alors par dizaines de mètres tous les ans et ce jusqu’au milieu des années soixante dix.
Du côté des plages de Tarnos, on pourrait imaginer que l’arrêt net de la dérive littorale par ce nouveau rempart devrait contribuer à stabiliser ces plages voire, les ré-engraisser.
Mais il n’en est rien car le pire est en train d’arriver. En effet, ce ne sont plus deux machines d’extraction littorale qui fonctionnent en permanence sur le littoral de Tarnos mais six!!!

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

On compte trois engins d’extraction littorale sur la côte nord de l’embouchure de l’Adour, signalés par des flèches rouges. Ils produisent 225 000 mètres cube de sable qui disparaissent chaque année de ces plages! Le cercle rouge situe la position de l’ancien établissement Laffitte. Les flèches jaunes montrent pour la première fois l’apparition de falaises vives creusées dans le cordon dunaire, signe d’une forte érosion. Le cercle orange le plus à gauche situe la casemate qui était la plus en avant du complexe défensif allemand. Elle se retrouve en quelques années en bas de la plage, presque enseveli!

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Photo du début des années 70, au nord du parking de la digue, montrant la casemate posée sur la plage en plein naufrage! (Herrero/Nicodigue)

 

La plage du Métro de Tarnos, 4 km plus au nord, est caractérisée par la présence d’une piste d’aviation construite par la société Dassault, mais aussi par son énorme casemate posée sur le haut de la plage, visible dans le cercle orange.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

Les flèches rouges indiquent la présence, là aussi, de trois engins d’extraction littorale, alors que jusqu’à présent, cette plage était épargnée par l’exploitation industrielle du sable. Ici aussi, 225 000 m3 de sable disparaissent tous les ans.

Si on les rajoute aux 225 000 mètres cube qui disparaissent au nord de l’embouchure, on arrive à un total de 450 000 m3 extrait tous les ans par la plage sur une distance de 4 km. N’oublions pas les 700 000 mètres cubes qui sont dragués chaque année à l’entrée de l’Adour depuis la construction de la grande digue du Boucau et les 75 000 mètres cube extraits à la plage de la Barre à Anglet. Ainsi, on totalise un chiffre ahurissant d’1 225 000 mètres cube de sable prélevé tous les ans des plages sur une distance de 4.5 km de littoral. Pas étonnant que devant une telle folie, ce qui devait arriver…arriva !

Et c’est ainsi que le littoral va reculer par dizaines de mètres entre 1968 et 1976:

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

En 1975, le carnage est époustouflant. On voit clairement, au nord de l’embouchure,  la présence de falaises vives de plusieurs mètres de haut taillées dans le cordon dunaire. Les casemates marquées par les cercles oranges sont en pleine bascule sur la pente des dunes, d’autres sont déjà posées en bas et certaines ont disparu. Le recul du trait de côte est sans appel!

 

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

A la plage du Métro, le bilan est aussi saisissant. La grosse casemate, jadis posée sur le cordon dunaire, s’est détachée de la dune et gît sur la plage, balayée par forte marée. La plage a reculé ici aussi d’une dizaine de mètre en peu de temps. Des falaises vives apparues dans la dune sont signalées par les flèches jaunes. Les flèches rouges montrent toujours la présence des engins d’extraction de sable, synonyme là encore, d’une forte exploitation industrielle en 1975. Entre 1960 et 1975, 7 500 000 m3 de sable littoral seront extraits des plages de Tarnos pour les travaux publics.

Ce recul sans précédent du trait de côte, dont l’homme est seul responsable ici, va-t-il se poursuivre?

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Extraction du sable littoral, à la digue du Boucau où quand les grands jouent aux châteaux de sable avec le sable de nos plages. (photo Herrero, début des 70 via Nicodigue)

 

 

IV- VERS UN RETOUR DU SABLE AU NORD DE L’EMBOUCHURE DE L ADOUR?

Les départs massifs du sable des plages allant de Boucau à Tarnos font écho aux événements qui se produisent à Anglet depuis la fin des années soixante. Le constat est si choquant que des citoyens vont réagir.

Des propriétaires privés du front de mer intentent un procès contre l’ETAT, et obtiennent gain de cause en 1974. Cette décision juridique a une énorme valeur puisque aussitôt la Direction du domaine publique maritime prend à sa charge la problématique en faisant arrêter en 1976 les extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’embouchure de l’Adour, en faisant construire 6 épis au sud de la côte Angloye pour empêcher le sable fin de remonter vers l’entrée de l’Adour et en mettant en place à ses frais le clapage côtier pour ramener le sable angloy qui glisse dans le chenal de l’Adour.

Sur la côte nord de l’embouchure, la côte régresse encore quelques années tellement l’inertie de recul créé par l’homme est forte.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 1978 et provenant des archives de l’IGN

Ce n’est que trois ans après l’interdiction des extractions littorales, vers 1978, que la plage cesse de reculer sur la côte nord de l’Adour. Les casemates sont alors au plus près de la mer et l’ancien établissement de bains Laffitte se situe maintenant à 81 mètres des plus hautes marées au lieu de 140 mètres en 1952, correspondant à un recul moyen de 2.5 mètres par an avec des pointes à plus de 5 mètres dans les années soixante dix.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 2008 et provenant des archives de l’IGN

En 2008, l’inversion de la tendance entamée en 1978 se confirme puisque la végétation a repris du terrain vers la mer, signe d’une plage qui rengraisse à nouveau! Les falaises vives de la dune ont laissé place à un bourrelet sablonneux, la casemate sur la plage (2?), encore visible il y a 30 ans, s’est bien ensablée et a disparu! Celle qui est un peu plus haut à droite sur le cordon dunaire, est aussi enfoui derrière la dune. Un peu plus au nord, le bunker au grand mat en métal, bien visible aujourd’hui et qui était en train de glisser sur la pente de la dune, a été repris par le sable et la végétation. Notre repère Laffitte, qui était à 80 mètres de l’océan en 1978, est maintenant à 110 mètres environ, soit un engraissement moyen de la plage d’un mètre par an! La nature a repris ses droits.

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La plage de Tarnos, vue depuis le bord de l’Adour en 2015. L’accumulation du sable a enseveli les anciennes casemates 1 et 2 tombées sur la plage durant les années 70 et recouvre partiellement celle qui possède un grand mat.

Autre vue depuis la plage:

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Au premier plan, la casemate 2, qui fait plusieurs mètres de haut à l’origine, a été submergé par le retour du sable.

Idem, pour la plage du Métro à Tarnos.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 1979 et provenant des archives de l’IGN

Le maximum de recul est atteint vers 1978. En plus de la grosse casemate, une autre casemate, juste derrière et jusque là, caché dans la dune, s’est à son tour « tchanquée » sur la plage.

En 2008, la plage du Métro s’est aussi reconstituée, mais avec un effet moins important qu’à proximité de la grande digue du Boucau. On enregistre quand même un engraissement de la plage d’une quinzaine de mètres en 30 ans. Il faut imaginer qu’il y avait là, durant les grandes années d’extraction littorales, des falaises vives de plusieurs mètres de haut et qu’avant d’arriver à regagner du terrain sur la mer, la plage a dû se reconstituer durant plusieurs années… On comprend mieux pourquoi les bunkers, qui ont subit cette érosion passée, paraissent aujourd’hui figés à leur emplacement.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 2008 et provenant des archives de Google Earth.

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La fameuse casemate de la plage du Métro à Tarnos en 2015.

Finalement, on comprend mieux pourquoi les plages de Tarnos ne sont pas plus engraissées aujourd’hui. Au lieu d’avoir continué à progresser durant les années 60 et 70, elles ont perdu artificiellement une quarantaine de mètres. Depuis 1952, s’il n’y avait pas eu ces extractions littorales intensives, il est très probable que la plage du Champs de tir serait au moins 100 mètres plus en avant dans la mer.

Du côté de la côte Angloye, paradoxalement, les derniers relevés des limites du domaine maritime établis entre 1979 et 2009, font état d’un recul moyen de la côte de 30 mètres sur les plages qui ne sont pas défendues par les enrochements latéraux comme aux plages du Vvf, du Club ou des Cavaliers. Cela représente un recul d’environ un mètre par an pour le littoral située entre les Sables d’Or et les Dunes.

Cette analyse mets en lumière qu’il existe encore une « DÉRIVE LITTORALE » significative sur le secteur des plages de Tarnos, puisque du sable s’y accumule toujours. Ce courant est effectivement plus faible que celui qui circule au nord de Capbreton, mais si la grande digue du Boucau n’existait pas aujourd’hui, le sable issu de cette dérive se déposerait encore sur les plages d’Anglet comme par le passé, évitant ainsi leur érosion.

 

L’équipe SosLa

 

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La dérive littorale au sud des Landes: alors qui dit encore qu’il n’y a pas d’accumulation de sable au nord de l’embouchure?