La patinoire de la Barre fête cette année ses 50 ans d’existence. Bravo! En effet, au sortir des Jeux Olympiques de Grenoble de 1968, l’idée d’ouvrir un palais de glace à Anglet sur les bords du littoral fait son chemin. C’était en tous cas le pari fou d’un promoteur, M. Lépine. Il avait trouvé écho favorable pour son projet auprès de la municipalité d’Anglet. Les travaux vont se dérouler alors à une vitesse grand V et la construction de la patinoire s’achève le 15 Mai 1969 à la Barre entre l’embouchure de l’Adour et l’hippodrome avec une piste de 56 mètres x 26 mètres.

Patinoire de la Barre

Début des années 70, la patinoire s’intègre entre la tour des signaux et la piste de karting à côté de l’hippodrome au bord du littoral.

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La patinoire de la Barre, peu de temps après son ouverture en 1970.

 

Mais le 1er mai 1975, le rideau tombe sur ce palais des rêves. Le propriétaire cesse l’activité et la commune se retrouve avec le bébé sur les bras! Par arrêté municipal du 24 décembre 1975, le maire prend la décision d’annuler la concession de 25 ans et à compter du 1er janvier 1976 l’ensemble édifié devient sans indemnité propriété communale.

La ville relance l’activité et la patinoire retrouve des couleurs et une intense fréquentation avec la montée en puissance de l’Hormadi, l’équipe locale de hockey sur glace qui remplit les gradins par ses performances à la fin des années 70. Les hockeyeurs et l’école de patinage artistique obtiennent alors des résultats flatteurs. (0)

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Des travaux de rafraîchissements ont lieu régulièrement sur ce bâtiment pour répondre à l’augmentation de fréquentation, notamment suite aux 96 000 entrées en 1994! Ils sont réalisés en 1980, en 1997 et en 2012. Il y a même au début des années 2000, un projet de création d’une seconde aire de glisse qui est présenté au conseil municipal, avant d’être retoqué par le préfet pour cause d’empiétement sur le domaine portuaire! Aujourd’hui, la patinoire de la Barre a une capacité d’accueil de 1 200 places et reste un lieu d’animation sportive intense. Mais ce paradis de glisse sur glace est construit au bord du littoral, sur une zone où chaque hiver ou presque, l’océan vient lécher ses fondations. Le problème est tel qu’un mur de protection en sable est dressé devant pour prévenir les risques de submersions marines…

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Le mur de sable dressé en 2016 sur le haut de la plage de la Barre.

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Le 09 Février 2016: les vagues de la tempête Ruzica balayent l’esplanade devant la patinoire malgré le mur de protection!

 

Alors la patinoire de la Barre, patrimoine sportif de la ville d’Anglet, peut-elle être menacée par l’océan? 

Retraçons l’évolution du quartier de la Barre pour bien comprendre la situation actuelle et les options futures:

Hier:

L’hippodrome de la Barre est construit juste à coté de la patinoire mais cent ans plutôt, c’est à dire en 1870! A cette époque, les tribunes et l’enclos sont placés dos à l’océan sur des terrains gagnés sur la mer. Rien ne laisse présager les chamboulements à venir sur la dynamique sédimentaire littorale. Le champ de course,  fait le tour des deux lacs dit « du boucau », qui sont des vestiges de l’ancienne embouchure de l’Adour. Ceux sont les deux points altimétriques les plus bas du secteur.

A partir de 1900, le littoral commence à reculer à raison de 1 mètre par an. Cela est dû aux quantités importantes de sable qui sont prélevées par les dragues et les camions-benne à l’embouchure de l’Adour.

Le 09 Janvier 1924, l’hippodrome est pour la première fois endommagé par une forte tempête. L’enclos et les tribunes sont détruits par des submersions marines, et la piste endommagée.  Les gradins et une partie de l’enclos sont reconstruits et le champs de course remodelée mais la terre a reculé.

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L’hippodrome ruiné au lendemain de la tempête du 09 janvier 1924. Les vagues sont arrivées jusqu’aux lacs.

 

Le 25 Février 1929, suite à une autre tempête, 50 mètres de piste sont enlevés à l’hippodrome. L’océan continue d’avancer. (1)

Dans les années 40, le complexe défensif mis en place par les allemands accouchera de plusieurs bunkers en front de mer, dont certains sont construits comme une ceinture de béton face à l’océan. Ils seront des repères précieux face à l’avancée de l’océan.

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Les pieux défensifs sur la plage de la Barre. Un peu en arrière sur la dune, on distingue des bunkers en retrait du rivage. L’hippodrome est saccagé par les exigences de la stratégie militaire.

 

En 1950, l’hippodrome, qui a beaucoup souffert de la guerre, est racheté par la commune d’Anglet. Les tribunes sont reconstruites au même endroit mais l’enclos est déplacé vers le sud, le rivage s’étant trop approché. (2)

En 1963, les fondations des bunkers du haut de la plage sont affouillés par l’érosion littorale, qui gagne toujours du terrain. (rectangle orange)

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Photo aérienne de l’embouchure de l’Adour  (IGN 1963)

Toujours en 1963, c’est le début de la construction de la digue de Tarnos (rectangle noire). Cette future digue colossale va une nouvelle fois modifier la dynamique littorale et accélérer le phénomène d’érosion sur le littoral angloy. La vitesse d’ensablement de l’embouchure par le sable des plages d’Anglet va être deux fois supérieure! Le recul des plages atteint par endroit 40 mètres en 10 ans.

En 1969 la société foncière de Biarritz Anglet, qui a perdu des surfaces de terrain considérables, intente un procès contre l’Etat pour demander réparation pour sa responsabilité dans ce drame écologique.

1969, c’est aussi la date de la construction de la patinoire de la Barre! Loin d’être intimidé par le contexte, le maire de l’époque François Lacroix, donne l’autorisation de construire la patinoire de la Barre en bord de mer (cadre rouge) à côté des extractions littorales! (cercle bleu)

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La patinoire de la Barre le 22 Mai 1969, soit 7 jours après son inauguration! Photo IGN

 

Mais paradoxalement et contrairement au reste du littoral – et fort heureusement pour la patinoire – le secteur qui va des derniers bunkers à la digue de l’embouchure de l’Adour va s’engraisser en même temps que le chenal se remplit de sable. Notez l’accumulation de sable contre la digue sud en 1969 jusqu’à son extrémité (trait jaune) par rapport à 1963…

En 1970, les extractions littorales se développent et déforment la plage devant la patinoire.

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Les extractions de sable, plage de la Barre, déforment la plage en créant des immenses trous sur l’estran à quelques dizaines de mètres de la nouvelle patinoire. 

 

De plus, cette année-là, il est dragué 2 fois plus de sable à l’embouchure de l’Adour cette année là, ce qui est énorme, augmentant le déficit devant la plage. Cette fragilisation de l’estran nécessite la présence d’un mur de protection dès l’ouverture de la patinoire, pour éviter que les vagues ne finissent leur chemin dans le palais de glace!

Patinoire de la Barre

Dès l’ouverture de l’édifice, un mur de sable sera mis en place pour le protéger des risques de submersion de l’océan…

 

Au début de l’année 1974 et suite à une nouvelle tempête de forte intensité, l’hippodrome de la Barre est une nouvelle fois submergé par l’océan. Les pistes de plat en bord de mer sont emportées sur 300 mètres. Les vagues finissent leur course dans les lacs, détruisant  les boxes présents au sud-ouest de la piste et impliquant des travaux coûteux de remise en état avec une relocalisation… Mais aucun dégât sur la patinoire n’est à déplorer!

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Le 09 02 1974, la piste de plat est submergée par les vagues!

 

Suite au verdict du tribunal administratif de Pau  du 24 Novembre 1974, la DDTM de Bayonne décide de mettre un terme aux extractions littorales, après 75 ans de prélèvements industriels! La plage devant la patinoire va pouvoir se reconstituer mais…

En 1978, la décision est prise de construire la digue des Cavaliers pour barrer la route au sable angloy qui dérive vers l’embouchure. La dynamique sédimentaire est une nouvelle fois modifiée. Elle va être propice à une stabilisation de la plage entre les deux digues.

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La nouvelle digue des Cavaliers se dresse comme un rempart contre la dérive du sable d’Anglet vers l’embouchure.

 

En 1982, la société des Courses hippiques qui gère l’hippodrome jette l’éponge! L’activité n’est plus rentable et l’entretien est élevé. Un mur de sable est toujours en place devant la patinoire!

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La patinoire de la Barre sur la droite, logée entre la tour des signaux et les bunkers dans les années 80! Sur la gauche, le mur de protection en sable est toujours là

 

En 1989, les tribunes abandonnées de l’hippodrome sont détruites pour le projet « Port Chiberta ». Il implique un renforcement du littoral à l’aide de blocs d’ophite, notamment entre les bunkers de la Barre. Les casemates trop saillantes sont détruites.

En 1998, la plage devant la patinoire n’a pas perdu un seul mètre depuis la construction de la digue des Cavaliers. Cet épis et l’arrêt des extractions littorales ont permis une stabilisation de l’estran entre les deux digues.

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Vue de l’embouchure en 1998 (photo IGN)

 

En 2000, une nouvelle digue est construite juste en face de la patinoire. L’ouvrage d’art, appelé digue intérieure, est légèrement désaxée par rapport aux autres digues. Ainsi, la plage côté nord s’ensable alors que la plage côté sud se trouve en érosion, créant une faiblesse à la submersion marine entre sa base et le premier bunker. (flèche bleue)

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La plage de la Barre et sa patinoire en 2003 (google map)

 

C’est ainsi que l’on peut constater des submersions marines quand les conditions sont réunies, c’est à dire quand les coefficients de marée et les houles sont fortes comme ici en 2014:

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La forte houle du 6 janvier 2014 est venue balayer les pieds de la patinoire pendant la nuit.

 

Aujourd’hui:

Depuis 2017, le sable dragué à l’embouchure de l’Adour est ramené systématiquement devant le littoral. Il n’y a donc plus d’érosion artificielle liée à cette activité. Mais la faiblesse du littoral elle, s’est bien ancrée avec le temps. Depuis 2014, le mur de sable est à nouveau dressé régulièrement pour contenir les vagues qui tenteraient de submerger l’esplanade. Mais des fois, ce n’est pas suffisant. Ce mur est visible même depuis le ciel:

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Patinoire de la Barre en 2017 (Google map)

En revanche, difficile de voir aujourd’hui des traces d’érosion sur le terrain. Le seul repère reste la distance de sortie de l’océan sur l’esplanade.

 

Et demain:

Ainsi, quel avenir pour la patinoire? Le réchauffement climatique continue d’agir et devrait augmenter la fréquence et la force des intempéries dans le Golfe de Gascogne. Un rapport du BRGM, sorti en 2011 et réactualisé en 2013, souligne que la plage de la Barre est en recul de 0.6 mètre par an avec une érosion prévue de -18.6 mètres d’ici 2040! (3) Ce rapport ne tient pas compte de l’accélération de la montée du niveau des océans sachant que le rythme de fonte des glaces de l’Antarctique a été multiplié par six depuis 1997. Les derniers scénarios  prévoient une augmentation de 77 cm du niveau de la mer d’ici 2100 si aucune réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est mise en place (4). Le niveau des océans grimpera de 12,3 mètres d’ici 2500 et seulement de 5 mètres si l’on réussit à réduire modérément les émissions de CO2. Ainsi, les modèles de prévision démontrent que l’eau devrait entourer progressivement la patinoire de la Barre (5):

Ainsi les vagues des tempêtes devraient traverser de plus en plus fréquemment l’esplanade de la patinoire de la Barre pour finir dans les lacs « du boucau ».

L’hippodrome, le karting, le camping, le centre de loisir des jeunes et le tir au pigeon ont été abandonnés où relocalisés par la pression de l’océan ces dernières décennies. Il y a fort à parier que, dans les prochaines décades, une relocalisation de la patinoire soit envisagée si celle-ci fait les frais d’intempéries à répétition. On pourrait alors imaginer qu’elle laisse place à une re-végétalisation naturelle de l’espace dunaire, en lien avec le parc Izadia!

 

Exemple de ce qui risque de se passer de plus en plus fréquemment sur l’esplanade de la Barre dans les prochaines décennies (séquence à 0.38 mn)

 

L’équipe SosLa

(0) Sud ouest 01/11/2012: « L’aventure d’une patinoire à la Barre« 

(1) Pierre Hourmat SSLB « La chambre d’amour à travers le temps » 

(2) Anglet magazine 1970, archives médiathèque Bayonne.

(3)  BRGM/RP59095FR« Caractérisation de l’aléas érosion de la côte aquitaine » 2011. 

(4) Robert M. DeConto & David Pollard: « Contribution of Antarctica to past and future sea-level rise » 2016.

(5) Sea level rise: http://flood.firetree.net/?ll=46.2276,2.2137&zoom=5&m=1

 

2 réflexions sur “Submersion marine: quel avenir pour la patinoire de la Barre?

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