Le jeudi 09 Mai 2019 s’est tenu la réunion d’information sur l’évolution de la côte angloye et les futurs opérations de reprofilage. Les échanges entre la ville, le port de Bayonne et les associations en lien avec le sujet se sont faits une nouvelle fois dans un contexte positif. Voici le compte rendu de cette rencontre avec les différents spécialistes du littoral:

Madame Deckequer, adjoint à l’environnement, présente la réunion et laisse place rapidement aux intervenants pour traiter leur sujet:

– Didier Rihouet (D.R), président du Casagec, dirige un partenariat technique mis en place par la ville d’Anglet sur une période de trois ans (2018-2020). Il se compose en deux points: d’un volet opérationnel qui accompagne la mairie pour les reprofilages des plages et la mairie et le port de Bayonne pour le suivi des clapages côtiers. Un second volet concerne la recherche par l’exploitation de relevées bathymétriques et de données vidéos dans un but d’optimiser la gestion de notre littoral dans l’intérêt de tous:

Le casagec est en possession des levées bathymétriques d’Anglet depuis 1979 ce qui est très intéressant pour le suivi du littoral. Un graphique sur l’évolution sédimentaire de cette période est projeté en salle. On observe un maintien des profondeurs au sud d’Anglet grâce au clapage côtier depuis 1974 qui fléchit au début des années 2000 avant de reprendre lentement à partir de 2010. Sur le nord du littoral, les bathymétries sont en baisse constante sur toute la période jusqu’en 2016 avant une inflexion de la courbe correspondant au clapage côtier sur la nouvelle zone autorisée depuis le nouvel arrêté inter-préfectoral de 2017. On a donc une corrélation entre les clapage côtiers et l’évolution sédimentaire des fonds du littoral angloy.

I- Volet opérationnel:

A- Suivi des clapages côtiers:

– Thomas de Recy (TR), capitaine d’armement de la drague Hondarra, présente le bilan des dragages/ clapages pour l’année 2018: Pour rappel, Hondara est une drague mixte de 63 mètres de long. Elle travaille à la grue pour les quais et à l’élinde pour les chenaux, les zones d’évitage et l’embouchure. Ce navire est armé 6 jours/7, 12h00/ jour par 5 marins. Il existe principalement deux zones de travail, la zone de l’embouchure de l’Adour où il faut 80 à 90 jours de travail/ an (40% du temps) et y draguer en moyenne entre 340 et 380 000 m3  de sable /an, le banc St Bernard dans l’estuaire de l’Adour, où il faut 130 jours de travail (50% du temps environ) pour y draguer en moyenne 300 000 m3 de sédiment/an. Viennent ensuite le curetage à la benne des pieds de quai qui mobilisent la drague  environ 60 jours/ an soit 10% du temps restant.

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Bilan de l’ensemble des dragages en 2018:

Pour les sables dragués à l’embouchure, la zone de clapage du large (zone de dépôt) n’a pas été utilisée en 2018, ni sur cette première partie de 2019. En 2018, 364 000 mètres cubes de sable auront été dragués à l’embouchure de l’Adour et auront été clapés en totalité dans la zone côtière.

Pour les sédiments dragués dans l’estuaire, 234 000 m3 de vase ont été dragués et 232 900 m3 ont été clapés au large. Seulement 1 100 m3 ont été clapé en zone interne.

L’intérêt d’avoir une drague à demeure à Bayonne permet d’ajuster le travail à réaliser en fonction de la météo afin de réaliser 100% de clapage en zone côtière et d’éviter l’utilisation de la zone de clapage interne. Il n’y aura pas eu de limitation d’accès sur la rentrée des navires en 2018, et des économies auront été réalisées puisque le budget de la drague représente 1 670 000€ contre 2 500 000€  avant. De plus, il s’agit d’argent dépensé en local, même pour les arrêts techniques. Depuis que le nouvel arrêté inter–préfectoral est sorti en 2017, plus de 600 000 m3 de sable ont été clapés sur les quatre nouveaux casiers nord à fin 2018 (B1-B2-B11-B12) montrant une amélioration de la bathymétrie dans cette zone (schéma 0, 1 et 2).

schéma 0

Sur les casiers B1-B2, on voit essentiellement du bleu foncé correspondant à des profondeurs > -10 mètres. (Source S3PI Bayonne)

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Sur les casiers B1-B2,  les nouveaux dépôts de sables caractérisés par des hernies de bleu clair (-8 mètres) prennent la place du bleu foncé. (Source S3PI Bayonne)

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Sur les casiers B1-B2, les nouveaux dépôts de sables en bleu clair ont reconstitué la barre externe de la plage. (Source S3PI Bayonne)

 

Les objectifs pour l’année 2019, c’est de claper en B4-B5, B14-B15, avec des sorties jusqu’à l’extrême sud de la zone dans les casier B9-B10 en fonction du temps.

zone de clapage 2019

Zones prévues pour les clapages et volumes réalisés depuis Janvier 2019.

 

Les suivis environnementaux des opérations de dragage et de clapage sont:

  • des suivis bathymétriques mensuels des zones de dragage et semestriels des zones de clapage.
  • des suivis semestriels de la granulométrie et de la chimie des sédiments dans l’ensemble des zones draguées au cours du semestre suivant avec 66 points de prélèvement.
  • des suivis des invertébrés macro-benthiques dans les substrats meubles.
  • des suivis de la faune piscicole qui est aspirée par la drague.
  • une étude sur la possibilité de traiter les sédiments à terre.

On peut s’informer sur les opérations de la dragage sur le site du port de Bayonne tous les mois. On peut savoir aussi où la drague se situe en temps réel grâce à ce lienDepuis le début de l’année, on est à 125 000 m3 de sable dragué/clapé devant le littoral.

Question: Y aurait-il un intérêt technique de draguer plus au nord des zones B1-B11, c’est à dire en face de la plage des Cavaliers?

D.R: Claper plus au nord n’est pas nécessaire car claper devant la plage de l’Océan profite aux plages des Dunes et des Cavaliers. Claper devant la plage des Cavaliers serait trop proche de la zone de dragage de l’embouchure et par proximité mettrait en difficulté le travail de la drague. De plus l’autorisation préfectoral ne serait pas accordé.

Question: Est ce que draguer plus de sable à l’embouchure serait envisageable?

T.R: L’objectif du dragage de l’embouchure est d’obtenir une cote à 10.50 mètres. Draguer plus ne présente pas d’intérêt pour l’entretien du chenal et la fosse de garde est suffisante en l’état pour assurer le trafic.

Question: Est ce que le fait de draguer à l’embouchure a un impact sur l’enrochement de la digue?

D.R: Il n’y a pas de problème de stabilité de la grande digue. C’est plutôt le musoir de la digue des Cavaliers qui souffre. L’abaissement du profil des plages a augmenté la hauteur des vagues dans cette zone et donc met à rude épreuve la digue mais la fosse de garde n’est pas responsable…

Question: Suite au clapage côtier depuis 2017 face à la plage de l’Océan, on s’étonnait l’année dernière de si peu d’impact sur le rivage avec la présence de trous d’eau. Est-ce que cette année, on voit une amélioration dans cette zone?

D.H:  Les barres sédimentaires ont tendance à s’éloigner l’hiver de la côte et on constate le phénomène inverse à l’approche de l’été. En rouge, ce sont les bathymétries qui signalent de l’érosion, en bleu, ceux sont les bathymétries qui sont en accrétion. Les petits fonds se sont exhaussés sur cette plage. (schémas non fourni à ce jour)

B- Opérations de reprofilage:

Les opérations de reprofilage ont pour but principal de casser les bosses qui se sont formées au cours de l’hiver afin de faciliter la surveillance des plages pour la saison estivale. Les engins alignent donc les buttes sur les creux. Alors qu’au nord du littoral, il y a encore de belles bosses, à la plage des Corsaires, elles ne se sont pas reproduites cette année. Aux Sables d’or et à la petite Chambre d’Amour, les profils sont bons et vont présenter peu d’action de reprofilage.

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Opérations de reprofilage à la plage des Corsaires, Mai 2019. (photo1)

 

Anne-Franceline Laffontas (AL) prend la parole pour présenter le programme de reprofilage. Cette année, comme les autres années, il y aura donc des zones qui demanderont plus d’effort mais dans l’ensemble, les besoins sont moindres et diminuent petit à petit depuis 2014. Les opérations vont commencer par le sud des plages, en suivant le calendrier des ouvertures des plages et vont durer trois semaines. On démarre le 20/05 avec un petit travail surtout au sud de la petite Chambre d’Amour. Rien au Club et peu aux Sables d’Or. A la plage de Marinella, les opérations s’enchaîneront dans le but d’avoir terminé avant le 25/05, date de l’ouverture de la baignade surveillée et puis, elles fileront vers le nord. Il y aura un effort à faire près de l’épis des Corsaires/Marinella où il y a toujours cette accumulation de sable inexpliquée (photo1). Il y aura trois bulldozers pour pousser le sable et un mini pelle pour replacer les blocs rocheux. Les opérations seront plus adaptées aux marées en s’efforçant de travailler à marée basse. Ainsi, les engins pourront travailler l’après midi. On garde un peu de temps pour repasser sur les plages qui auraient été perturbées par de forts coefficients ou par une forte houle. On espère que les gens respecteront les panneaux de signalisation en lien avec les opérations!

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Respectez les indications des panneaux si vous devez aller vous allonger sur votre serviette. (photo2)

 

Question: Pourrait-on faire un test de reprofilage sur le nord des plages d’Anglet en concentrant les poussées des bulls vers des points du rivage pour que le sable déborde largement de façon à créer des bancs de sable qui casseraient le courant de bord latéral au même titre que les digues de rochers plus au sud. (schéma 3)

reprofilage

Schéma proposé par le Colian. (Schéma 3)

 

DR: L’idée de faire un promontoire de sable était l’objectif en 2014 mais on s’est heurté à la réalité de la granulométrie. On ne pourra pas faire un promontoire de sable fin permettant de faire une terrasse stable. C’est donc difficilement envisageable car la granulométrie entre le sable des bosses et le sable du bas de plage n’est pas la même et il n’y a pas de liant qui se crée avec ces poussées.

AF: Il y a déjà un test qui a été proposé et qui a été réalisé il y a quelques années sur la plage de Marinella, qui a ce jour n’a pas démontré d’impact particulièrement positive mais la pratique de pousser en diagonale vers les épis est restée et continue d’être pratiquée à cette plage. Faire un nouveau test de promontoire sableux, pourquoi pas, si le temps est suffisant et si on trouve un endroit adapté pour le réaliser. On se tient au courant.

Question: Est-ce que la granulométrie s’est améliorée sur les rivages situés en face de la nouvelle zone de clapage qui est alimentée depuis deux ans, plage de l’Océan.

DR: La granulométrie du haut de la plage ne peut s’améliorer car naturellement le triage de la houle fait que c’est le sable grossier qui est déposé en haut de l’estran et le sable fin emporté plus loin. En revanche, on constate un net exhaussement de la zone de bain lié au clapage côtier, mais le bénéfice s’arrête à cette zone.

Question: Connait-on le bilan de l’utilisation des ganivelles en haut des plages:

DR: A Anglet, la cubature du sable fin stoppé par les ganivelles reste faible par rapport aux Landes car ici, le sable sur la plage est majoritairement grossier et donc moins mobilisable par le vent. Mais ce procédé a quand même son utilité.

AF: On peut voir le bénéfice de cette action à la plage de la Madrague sur les zones où la dune s’est reformé et a permis de planter de la végétation.

II- Volet recherche:

marée basse coeff108Thu_Mar_08_10_00_00_026_GMT_2012_adour_c7_timex

Etude du littoral avec les caméras depuis la tour des signaux. 

 

DR: Il y a aujourd’hui une station vidéo à la tour des signaux qui surveille le nord des plages d’Anglet, sur une zone allant de la plage de la Barre jusqu’à la plage de la Madrague. Sur la partie sud, une nouvelle station vidéo va être installée fin mai début juin sur le phare de Biarritz pour observer la fréquentation des plages sur l’ensemble du linéaire côtier angloy. Ainsi, on observe des systèmes barre-baïne entre la Madrague et les Cavaliers ressemblant aux systèmes sédimentaires des Landes et de la Gironde mais quand même moins affirmés. Au sud, entre la petite Chambre d’Amour et les Corsaires, les plages sont plus anthropisées et réagissent différemment notamment à cause des épis et du mur de soutien. Ces deux modèles nord-sud inter-agissent entre eux. Cela donne une dynamique complexe.

La station vidéo de l’embouchure permet aujourd’hui un suivi des bancs de sable nord et centraux. On peut coupler les images avec des données historiques pour les valoriser. On est en possession des relevées bathymétriques depuis 1979 à raison de un par an jusqu’en 2009 puis deux/an jusqu’à aujourd’hui. En valorisant ces données, on peut tracer l’évolution des barres sédimentaires sous l’effet des clapages côtiers. On observe que sur la partie centrale des plages, on a une barre externe presque continue alors que sur la partie nord, on a une barre discontinue avec des rythmicités de l’ordre de 300 à 400 mètres. On lie à cela, l’impact des tempêtes qui ont touché les plages dans le temps. On a donc des forçages naturels (tempêtes) additionnés de forçages artificiels (clapages) ce qui permet d’obtenir une interprétation de l’évolution du littoral.

Evolution des plages

Evolution du profil des plages d’Anglet depuis 1979. (origine Casagec)

 

On peut aussi, grâce à ces modèles étudiés, connaitre la surfabilité des plages dans le temps. Plus le fond s’élève, plus la vague déferle. Plus la pente est forte, plus le déferlement est plongeant. Ainsi, sur la marée basse de fort coefficient, on a des déferlements glissant sur la barre externe de tout le littoral. A mi marée, on constate que  le déferlement se fait sur la barre interne et qu’il est quasi rectiligne sur le sud des plages alors que sur le nord, il suit des déferlements glissant en triangle produisant des droites et des gauches. A marée haute, on continue d’avoir du déferlement de vague sur le sud alors que sur le nord, les vagues ne déferlent plus, il y a juste du déferlement frontale avec du shore-break. Donc avec les bathymétries historiques, on va pouvoir analyser les conditions de surf dans le temps, liées à l’impact des clapages côtiers pour savoir où les réaliser dans l’avenir. En effet, il semble qu’il n’y ait pas de lien évident entre l’endroit où l’on clape et l’amélioration de la plage située juste en face. Les résultats doivent être encore analysés, on est qu’au début du travail. C’est pour cette raison qu’il va être réalisé cette année un test de clapage au sud des plages sachant que cette zone n’a pas été utilisée depuis plusieurs années

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Zones de clapage depuis la reprise des activités en 2010. (Source Casagec)

 

Le but, à travers ces outils, est d’optimiser au plus juste le clapage côtier car il n’y a pas d’équivalent aujourd’hui en France. Le cas d’Anglet est observé par d’autres communes du littoral car le clapage côtier semble être plus rapide, plus facile et moins onéreux que la méthode de refoulement des sables par des tuyaux sur la plage ou depuis la drague par raimbowing… 

JG: Pour info, le rechargement d’un mètre cube de sable par clapage est égal à 0.83 € quand c’est presque 10€ par refoulement sur la plage! L’idée de recharger par raimbowing ou par déchargement du sable à terre avec transport par camion avait été étudié mais le gain pour le littoral était disproportionné par rapport au coût

TR: Aujourd’hui, avec Hondarra, le volume clapé par la drague en 12h de travail est de 5200 m3. Si on fait refouler à terre le sable avec la drague, on arriverait à mettre 2 000 m3 à terre et encore, il faudrait aussi une zone de décantation, une zone de stockage et des engins pour le transport….c’est très compliqué au regard du gain.

Question: Est ce que l’on pourrait utiliser du sable traceur pour suivre l’évolution des bancs et des courants?

L’expérience a déjà été faite dans les années 70 par le LCHF avec du sable radio-actif! Aujourd’hui, ce n’est plus possible! On utiliserait de la fluorescéine dans les zones près du rivage mais il faudrait recharger par la plage, ce qui ne se fera pas.

Valerie Dequecker clôture la séance et donne rendez-vous l’année prochaine pour un nouveau bilan.

L’équipe Sosla

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Hondarra, une drague qui fait des vagues!

3 réflexions sur “Compte rendu de la réunion littorale 2019

  1. Il y a 30 ans marinella était en pente douce avec du sable fin.les digues n’étaient pas ensablees comme maintenant. Pas de vagues de shore break. Qu’est ce qui a pu entrainer une pareille modification?

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    • Les digues! Elles ont pour rôle de stopper la dérive du sable et donc d’accumuler le sable en haut de plage. Elles ne se sont donc pas enfoncées en 30 ans mais plutôt ensablées. De plus, le trait de côte est figé par la promenade Victor Mendiboure, la plage n’a d’autre choix que de se creuser sur le rivage car elle ne peut plus reculer. Ce phénomène provoque le triage du sable avec les fortes houles. Le sable grossier reste au bord, le sable fin dérive vers l’embouchure. En espérant avoir répondu à votre question, nous vous souhaitons une belle soirée. Salutations littorales

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