VI- Les naufrages de 1914 à 1945!

Dès le début de la grande guerre, le trafic maritime perd en intensité, suite aux événements militaires qui touchent l’Europe. Les investissements pour l’amélioration du port de Bayonne vont eux aussi baisser et l’embouchure de l’Adour va ainsi être moins bien entretenue notamment avec la diminution par deux des volumes dragués. La fréquence des naufrages va rester la même durant une décennie avant de renouer avec le progrès:

– Le 4 Janvier 1915, la goélette malouine « Valentine » en provenance de Morlaix et chargée en lest navigue une douzaine de jour dans des conditions difficiles avant son arrivée à Bayonne. Lors du franchissement de la Barre elle est prise par un fort courant qui la jette sur la plage au sud de l’embouchure près de l’hippodrome! Aussitôt le pilote major Goalard organise les secours pour sauver les marins. Les six hommes sont ramenés à terre grâce à un va et vient tandis que le mousse préfère sauter directement sur le sable. Cette erreur d’appréciation lui coûte la vie puisque une vague l’emporte dans les flots pour toujours. La goélette va rester quelques temps sur le rivage et sera ballottée par les marées.

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La goélette à hunier Valentine tchanquée sur le flanc au sud de l’embouchure de l’Adour en 1915.

 

– Le 17 Février 1915, il fait beau et la mer est belle. Sept bateaux dont un voilier attendent que le pilote major finisse de relever la hauteur d’eau sur la Barre. Il affiche les calaisons sur le mât Fenoux de la tour des signaux. Le voilier « Enchanteresse » entre en premier avec le remorqueur, suivit du vapeur « Dalbéatie« . Le vapeur norvégien « Fjord » transportant de la houille se présente à son tour avec un tirant d’eau proche de la hauteur limite admissible. Le pilote major lui refuse l’entrée et lui envoie un pilote pour guider son passage. Mais le capitaine du navire entre malgré l’interdiction et s’échoue sur un banc de sable au sud de l’embouchure. Avec la crue de l’Adour qui sévit, le navire se met rapidement en travers, manque de toucher les anciennes jetées tubulaires et obstrue la plus grande partie du passage à cet endroit étroit. L’assistance du remorqueur ne change rien et, vers 23h00, l’eau fait son apparition dans la cale, obligeant l’équipage à quitter le navire. Le bateau finit par se casser en deux et son arrière jouxte la partie la plus profonde du chenal, provoquant de sérieuses difficultés dans le franchissement de la Barre pour les autres navires. Hélas, il va rester là pendant plusieurs mois gênant le trafic, avant d’être détruit avec de nombreux bâtons de dynamite. (90)

– Le 20 Novembre 1918, la tillole à vapeur « La Brise« , petit bateau de pêche, s’échoue contre la digue sud de l’embouchure.

– Le 4 Mars 1919, le trois mât  » St Bernard« , chargé en charbon, rentre à Bayonne à l’aide du remorqueur de l’Etat. Au moment de franchir la Barre, la remorque se brise et malgré la sortie des voiles, le voilier n’a pas le temps de reprendre de la vitesse pour se mettre en sécurité et dérive jusqu’à la digue nord qu’il heurte. Une voie d’eau survient le faisant couler en 15 minutes, juste devant la tour des signaux! L’équipage est sauvé grâce à l’action rapide des pilotes. De tout ce grand navire, rien ne reparaîtra, il sera disparu pour toujours..! (29 et 25; p358)

– Le 25 Mars 1919, le petit vapeur espagnol « Vinico » chargé de lest fait route vers Bilbao quand il est pris par la tempête. Ne pouvant lutter contre les forts vents de sud-ouest, il décide de rentrer à Bayonne pour ne pas finir drossé contre la côte. Au moment de franchir la Barre, son gouvernail se brise et il se met à dériver et s’échoue sur la plage près de la jetée sud de l’embouchure. Les douaniers présents sur place ainsi que des habitants organiseront un va et vient pour sauver les sept marins. Le navire finit probablement en épave.

– Le  8 Avril 1919, le vapeur espagnol « Arrita » transportant des fûts vides s’échoue devant les tribunes du champ de course de la Barre après une avarie des machines. Les cinq marins sont sauvés grâce à la venue d’une chaloupe depuis Biarritz. Le bâtiment est perdu.

– Le 10 mai 1919, la goélette anglaise « Skelle » chargée de 250 tonneaux de blé veut franchir la Barre de nuit à marée basse. Elle s’échoue à l’extrémité de la jetée sud. Après plusieurs tentatives de renflouement, le navire traverse la Barre pour finir à 400 mètres sur la plage nord. La mer grossit dans la nuit suivante et brise le voilier. L’équipage de cinq homme est sauvé. (31)

-Le 12 Juin 1922 à  5h30, le vapeur s/s « Baucis« , vapeur à vis de 98 mètres x 14 mètres x 6.5 mètres, en attendant un signal favorable, se rapproche de l’embouchure de l’Adour pour la marée haute. Un peu trop près de la côte, il est poussé par un violent courant vers le rivage et il s’échoue au nord de l’embouchure. Il est renfloué à la marée du soir grâce à l’assistance du remorqueur « Adour n 3″, de la drague « Bayonne I », du chalutier « Accotz » et de la chaloupe « Henriette » de Biarritz! Il transportait du phosphate pour l’usine St Gobain. Il peut assurer sa livraison dans la foulée.(30)

– Le 25 décembre 1922, le vapeur anglais « Speedwell » de 974 tonneaux, à destination de Bayonne, se perd en s’échouant à l’entrée de l’Adour. (66)

– Le 07 novembre 1930, le navire italien « Santa Rita » arrive de Tunis avec du phosphate et doit repartir de Bayonne avec des poteaux de mines. N’ayant pu obtenir de pilote pour rentrer durant une tempête, il tente de passer la barre de l’Adour. Il heurte violemment l’estacade et crée une brèche dans la coque où s’engouffre l’eau. Le navire est alors à la dérive et s’échoue sur la plage de la Barre.

Santa Rita

Echouage sur la plage sud 1930

Les vingt-trois hommes d’équipage sont sauvés grâce à des vas et vient depuis le sable organisé par les douaniers et les hommes des Ponts et Chaussées. Le bateau est rapidement considéré comme perdu.

Santa Rita

L’océan désagrège le navire d’acier en peu de temps!

Santa Rita

Les violentes des vagues finissent par démembrer le navire!

Le navire est désintégré par les vagues de marée haute arrivant à mâture.

– Le 29 Mars 1937, le cargo de Bilbao « Mar Caspio » est canonné par des bateaux nationalistes espagnols au large de Capbreton alors qu’il vient de Newcastle pour livrer du charbon à Bayonne. Il finit par s’échouer au nord de l’embouchure, en face de la buvette de la plage de Tarnos. Cet échouage n’est donc pas lié à un problème d’approche de la Barre mais il reste spectaculaire…

Mars Capio

L’océan désagrège le navire d’acier en peu de temps!

 

Bateau nord embouc 1938

En 1938, l’épave s’était déjà cassée en deux et s’était déplacée vers l’embouchure. (Photo aérienne Géoportail

Mars Capio

L’épave visible à marée basse en 2016 est sur le chemin des vagues.

Mars Capio 2015

L’épave vue depuis les fonds en 2015.

 

– Le 17 novembre 1938 à 10h00, le « Walborg« , un cargo Hollandais venant de Dantzig connait une avarie de gouvernail à 400 mètres de l’entrée de l’Adour après avoir été bousculé par une vague sur l’arrière en franchissant la Barre. Lancé avec la houle dans le dos, il ne peut stopper sa course et finit sur la plage à une encablure de la digue nord. Quinze des seize membres d’équipage sont sauvés par un va et vient. D’après le Courrier de Bayonne, un homme âgé, le cuisinier,  tombe dans le fleuve dans la panique et disparaît! Le navire sera lui aussi perdu. (29)

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Le Walborg après l’accident sur le rivage nord de l’embouchure!

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Vestiges de la chaudière du navire au milieu de la plage dans les années 60! (photo Eric L.)

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Encore des traces aujourd’hui de la coque de l’épave à marée basse.

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Probablement un dernier morceau de la chaudière du navire!

 

– Le 10 septembre 1942,  la drague « Bayonne II » coule suite à une explosion d’une mine magnétique mouillée par l’aviation anglaise à l’embouchure de l’Adour. Le capitaine de la drague, gravement blessé, meurt de ses blessures quelques jours plus tard à Anglet. La drague, elle, est renflouée par les Allemands pour être déposée en aval du banc St Bernard le 19 Septembre 1942. Une partie va être ferraillé.

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La Bayonne 2 à l’embouchure de l’Adour début 1900. (Photo Albertine Huart/Mediathèque Bayonne)

 

Ce naufrage n’est encore pas ici lié à un problème d’approche de la Barre mais à un conflit qui montre que l’embouchure de l’Adour reste une position stratégique. Pour preuve l’intérêt qu’y portait Napoléon 1er et les allemands avec la construction du mur de l’Atlantique et les naufrages réalisés en série par l’occupant lors de son départ en Août 1944 dans la partie la plus étroite du chenal devant la capitainerie du port à Anglet.

 

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L’embouchure de l’Adour devant la Capitainerie à Anglet, au lendemain du départ de l’occupant. Le passage est barré par les épaves.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, les épaves des navires coulées là dont les dragues « Suriname« , « Panama » et « Sambre« , rendent difficile le passage des navires et pose un sérieux problème pour le redémarrage économique du port.

Ainsi on peut noter que durant la période 1914-1945, le nombre de naufrages en correspondance avec un problème de franchissement de la Barre a chuté significativement puisqu’il n’est plus en moyenne que d’un tous les trois ans, sachant que ce résultat s’améliore énormément à partir de 1922 avec plus qu’un naufrage tous les huit ans! La prédominance des bateaux à vapeur sur les bateaux à voile continue de progresser, entraînant avec elle une belle diminution des avaries lors du franchissement de la Barre.

Prochain et dernier épisode: Les naufrages de 1946 à nos jours!

L’équipe SoSLa 

 

 

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