Le sable des plages de la côte Aquitaine a pour origine les montagnes. Suite à la fonte des glaciers, il y a plusieurs milliers d’années, il a été porté par les fleuves et les rivières jusqu’à l’océan. Ce phénomène perdure toujours aujourd’hui mais avec des volumes de sables bien plus faibles. La diminution de ces apports est à l’origine de l’érosion généralisée de la côte sableuse car les volumes de sable qui arrivent sur les plages sont moins important que ceux qui sont enlevés par « la dérive littorale »

photo aérienne du courant d'Huchet

 La côte Aquitaine dessinée par la dérive littorale, ici au niveau du courant d’Huchet.

 

« La dérive littorale« , c’est le déplacement des sables ou sédiments liés aux courants présents le long de la côte. En aquitaine, les houles obliques de nord ouest et les vents à dominance nord ouest créent un courant parallèle à la côte qui déplace les sables dans une direction qui est en règle général celle du sud. Cette dérive est en grande partie responsable des effets d’engraissement ou d’érosion des plages. Si le volume de sable porté par la dérive littorale en un point est plus important que le sable qui en part, alors la plage est en engraissement. Si le sable qui arrive en ce point est moins important que celui qui en part, alors la plage est en érosion. Lors de cette dérive, le sable des plages évolue de quatre manières:

– une partie est emportée par les vents dans l’arrière pays dunaire et varie selon les caractéristiques du secteur. Il est estimé, selon l’ONF, à 10 m3 par mètre linéaire côtier au niveau de Seignosse nord et à 1.4 m3 par mètre linéaire côtier au niveau de Tarnos (ONF, dossier forestier N°11 p47)

– une partie est emportée par les vagues et disparaît dans les profondeurs océanes sur le plateau continental (Thèse BRGM Mazières 2014)

– une partie est enlevé par l’homme accidentellement depuis que celui ci entretien les côtes lors du ramassage des déchets sur les plages.

– enfin, le sable qui reste, lui, continue vers le sud. Pour avoir une idée de ce que cela représente, les volumes de sable qui dérivent annuellement varient entre 650 000 m3 sur la côte nord aquitaine et 38 000 m3 sur le sud de la côte Landaise. (Idier B. et al 2013)

 

La côte landaise près du Gouf de Capbreton  GDS

La côte Landaise au niveau du Gouf de Capbreton parait serpenter au fil du temps! (Photo GDS Octobre 2013)

 

A son arrivée devant l’embouchure de Capbreton, une partie de ce sable est arrêtée par la digue du Boudigau qui vient se placer comme un obstacle artificiel à la dérive naturelle.
Une autre partie tente de passer un peu plus au large et tombe dans la fosse de Capbreton, particularité locale, connue aussi sous le terme de Gouf dont la tête du canyon se trouve à moins de 250 mètres de la plage.

Gouf-de-capbreton

Le gouf de Capbreton est un canyon sous marin unique au monde!

 

Les grains de sable qui réussissent à franchir ces deux obstacles continuent de dériver vers les plages d’Anglet. Mais suite à un changement de direction de la côte, qui passe d’une orientation sud-sud ouest à une orientation sud-ouest, la dérive littorale s’affaiblit nettement. Ainsi l’action de la houle sur le déplacement des sédiments baisse.

Le vent dominant de nord-ouest a lui aussi tendance à faiblir au fur et à mesure que l’on se rapproche du pied des Pyrénées. C’est ce qui explique pourquoi les volumes de sable qui dérivent au sud des Landes sont bien moins important que celui qui dérive sur la côte Girondine ou sur la côte Landaise.

 

anglet aérien 2007

Au loin sur la droite, Capbreton et le grand virage de la côte aquitaine.

 

Au niveau de l’Adour, la digue du Boucau qui mesure plus de 1 km de long est en parti concentrique. Elle vient se placer comme le dernier obstacle majeur à la dérive du sable vers les plages d’Anglet. Ce grand rempart provoque l’accumulation du sable sur les plages de Tarnos. Cette impression est confirmée par la carte établie par la Préfecture Région Aquitaine en 2001 et par notre enquête lors des 4 épisodes « Embouchure de l’Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos« . On aperçoit cet engraissement sur une longueur d’environ 4.5 km entre la plage du Metro de Tarnos et la plage de la digue Boucau.

 

anglet mai 2013 Nautimages

La fin de la dérive littoral près de l’Adour, Juin 2013. (photo Nautimages)

 

Le courant littoral est ralenti par cette obstacle mais pas entièrement stoppé. Ainsi, une partie du sable issu de la dérive doit probablement traverser l’Adour au bout de la digue mais il se fait piéger à nouveau en tombant dans le chenal de l’Adour qui est régulièrement dragué…

Ainsi, même si la dérive littorale diminue au fur et à mesure que l’on se rapproche des plages d’Anglet, cette dernière n’est pas nulle quand elle arrive au niveau de l’estuaire de l’Adour. Avant la construction de la grande digue du Boucau, le terminus de la dérive littorale se situait au niveau de la pointe St Martin, là ou se trouve le phare de Biarritz. Ce premier contrefort rocheux se présentait comme la fin du long périple du sable à travers la côte Aquitaine. Ce cap était même en passe d’être submergé par les sable puisque plusieurs scientifiques avaient constatés que l’engraissement du sud des plages d’Anglet gagnait sur la pointe St Martin et provoquait un accroissement de la grande plage de Biarritz (Jean Thore dans « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne » 1810 ou plus récemment de La Roche Poncié « Recherches hydrographiques sur le régime des côtes, cinquième cahier de 1870 à 1878)

 

Anglet face au piemont pyrénéen 1999

Les premiers contreforts rocheux des Pyrénées présents à la Chambre d’Amour se présentaient autrefois comme le terminus de la dérive littorale Aquitaine.

 

Puis, il y a eu le début du dragage de l’embouchure de l’Adour en 1896 qui a mis un terme à l’avancée des plages d’Anglet et plus récemment la construction de la digue du Boucau qui fut à l’origine d’un contre courant sud-nord érosif devant les plages d’Anglet. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire aujourd’hui de ramener tous les sables dragués à l’entrée de l’Adour devant le sud du littoral angloy.

La grande finalité du phénomène de « dérive littorale aquitaine » est de parvenir à une stabilité sédimentaire où l’ensemble des plages se trouverait, à force d’accumulation de sable vers le sud et d’érosion au nord, en équilibre face aux intempéries à l’origine du courant littoral. Cet équilibre sédimentaire devrait intervenir, selon les experts du BRGM, d’ici 20 à 30 000 ans, à condition bien sûr, que l’homme ne perturbe pas plus la force des éléments naturels!

 

L’équipe SoSLA

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3 réflexions sur “La dérive littorale aquitaine pour les nuls!

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