Voici le compte rendu de la réunion d’information « Érosion littorale et moyen de lutte » organisée par la ville d’Anglet le 23 Février 2015. Mr le maire, Claude Olive, entouré de nombreux adjoints (5), en a profité pour faire un discours général sur la problématique d’érosion des plages. Il nous a annoncé que le travail sur le profil des plages allait être relancé cette année, et il nous a rappelé l’intérêt du clapage côtier et de ses espoirs avec la future drague à demeure. Il a conscience qu’à chaque fois que le sable n’était pas ramené sur la côte, l’érosion des plages s’accélère un peu plus et que le fait d’avoir arrêté le clapage côtier au début des années 2000 avait été une grossière erreur car il avait très certainement contribué au profil des plages actuelles. Suite à cela, il céda la parole à Jacky Gunsett (JG), directeur adjoint des services techniques d’Anglet accompagné de Didier Mundutéguy (DM), directeur du dragage du port et Didier Rihouet (DR), directeur du Casagec, bureau privé en charge de l’évolution physique des plages d’Anglet. Tout trois nous font une présentation sur l’évolution des fonds marins, des profils de plage, et des moyens de lutte contre l’érosion actuelle:

I- L’évolution des fonds des plages angloyes  par Didier Rihouet (DR):

L’hiver 2014 est le plus énergétique depuis ces 40 dernières années. Le profil morpho-sédimentaire des plages d’Anglet en a souffert.  L’augmentation de la pente des plages est liée à une augmentation de la granulométrie du sable. Le sable fin étant emporté au large dû à son faible poids,  il ne reste plus que le sable grossier sur les plages.  Il n’y a plus que du sédiment grossier à 95% sur les plages d’Anglet aujourd’hui… Plus le sédiment est grossier, plus la pente de la plage est forte, c’est physique.

 Le sable fin est donc parti comme chaque hiver au large former une lentille sédimentaire surtout en face des plages nord. Une partie de ce sable fin est revenu durant l’été pour combler une partie des trous constatés à la sortie de l’hiver. Ainsi la fin de l’été a été plus propice à la baignade et aux déferlements des vagues.

Il y a eu pendant l’hiver 2014 des déplacements massifs de sable dans les fonds angloys entre -2 et -6 mètres. A -10 mètres, on considère qu’il n’y a quasiment plus de mouvement sableux dû à l’absence de courant. C’est ce qu’on appelle la profondeur de fermeture.

Jackie Gunsett (JG): L’érosion des plages dans les Landes se caractérise par un recul du pied de dune et donc du trait de côte. A Anglet, le problème est tout autre. A part quelques dégâts en 2014 sur le mur de soutien au sud d’Anglet, la dune est restée figée par la promenade Victor Mendiboure, ainsi l’érosion des plages s’est faite ici en profondeur.

Question Collectif(QC) : Est ce que l’on peut voir sur les relevés bathymétrique la zone ou le sable a été clapé?

DR: Oui. La lentille de sable liée à la campagne de dragage de Mai 2014 se situe au droit des plages du sud d’Anglet à une profondeur évaluée entre -6 à -8 mètres en côte marine, sachant que la côte marine est le niveau de l’océan à une marée plein bas, sur un fort coefficient de marée. Ensuite, le sable qui est déposé par le clapage côtier au le sud des plages transite progressivement vers le nord.

II- Bilan des opérations de reprofilage des plages d’Anglet de 2014 par Jacky Gunsett

Le but de cette opération était d’améliorer le rivage pour la sécurité des baigneurs en diminuant l’effet « shore break » et en diminuant la présence de trou allant parfois jusqu’à deux mètres de profondeur près du bord à la sortie de l’hiver.

D’abord, avant de faire cette opération de profilage au printemps dernier, le Casagec et la ville d’Anglet se sont assurés de la granulométrie du sable sur le haut des plages. Il serait idiot de pousser le sable fin qui s’y trouverait à la mer pour ainsi finir plus rapidement dans la fosse de garde. Le sable qui est emporté par le courant vers l’embouchure est d’une section moyenne de 250 microns. A partir de 850 microns, les grains sont chahutés devant les plages, mais ne partent plus au large! Comme on la dit précédemment, 95% du sable des plages d’Anglet aujourd’hui est supérieur à 850 micron… Ainsi, l’opération a été lancée. Elle a été perçue positivement par les Angloys qui avait l’impression de retrouver une plage plus agréable et plus propice aux bains. Les pentes étaient globalement plus douces qu’à la sortie de l’hiver.

Bilan des opérations plage par plage:

Cavaliers: La plage travaillée par les engins était moins pentue. Un maximum de sable a été poussé dans l’eau pour reformer un plateau, mais cela n’a pas fonctionné car le trou était trop important. C’est finalement le remaniement naturel pendant l’été qui a réussi à combler ce trou près du bord en réformant les terrasses.

Océan: remaniement du haut de la plage donnant un profil correct avant la saison.

Madrague: Idem

Corsaires: Cas particulier. Il y avait une berne sur l’estran à la sortie de l’hiver qui a été nivelé plusieurs fois par les engins jusqu’au rivage. Mais après chaque marée, la mer ressortait ce qui y avait été poussé la veille par les tractopelles. Ce phénomène a duré tout au long de la campagne de reprofilage.

Marinella: Le trou présent en milieu de plage a été comblé. Certainement, la plage la plus attrayante de l’été avec un estran très grand et une pente douce.

Vvf, Club, Sables d’or: Le nord du Vvf et la plage du Club avaient beaucoup trop de sable dans la partie. Les conducteurs d’engins se sont attachés à prendre un maximum de sable pour le mettre à la mer ou aux Sable d’or, afin de régaler les plages mais la tâche était là très grande.

Au total sur l’ensemble du littoral, 16 000 mètres cubes de sable ont été déplacé durant un mois et demi. Durant la saison estivale, environ 9 000 mètres cubes de sables supplémentaires seraient revenus naturellement du large vers le bord pour combler les trous. Au total, on compte un retour de 25 000 mètres cubes au niveau du rivage.

Pour 2015, l’opération de re-profilage va être renouvelée. Elle va durer 2 mois. Elle va commencer dès le début du mois de Mai et va s’attacher à régaler en premier la partie sèche des plages qui en aurait besoins. Le haut de la plage du Club qui possède un stock sédimentaire trop important, devrait être sérieusement nivelé pour retrouver son niveau avant les tempêtes de l’hiver 2014. Le haut de la plage des Cavaliers sera aussi retouché en priorité.

Les rivages, comme ceux des Corsaires ou il semble y avoir de forts mouvements sédimentaires marins seront retouchés juste avant l’ouverture des baignades surveillés afin d’avoir un maximum d’effet  «  terrasse » pour faciliter le travail des guides de bain.

En ce qui concerne les bancs de marée basse, il parait utopique de les reformer depuis de bord avec les engins.  En comparaison, les volumes de sables qui se déplacent naturellement d’une marée à l’autre et ceux amenés par le clapage côtiers sont 10 fois plus importants. A chaque fois que cela a été tenté depuis le bord, le résultat a été décevant.

QC: L’état compte-t-il participer au maintien du trait de côte?

JG: L’état se désengage peu à peu de ses responsabilités littorales. La ville d’Anglet avec Claude Olive a fait le choix de maintenir son trait de côte pour une raison d’utilité publique.  L’analyse coût/bénéfice  du maintien du trait de côte d’Anglet parait économiquement viable en utilisant des méthodes douces. Par exemple, le coût du Bellambra VVF en l’état est estimé à 70 millions d’Euros. Sa relocalisation sera très compliquée…

Question Adala (QA): Connaît-on l’origine géologique du sable angloy?

DR: Le sable angloy provient des transgressions glacières passées, période de glaciation et de déglaciation, ayant permis la libération des sédiments dans les fleuves et les rivières qui a leur tour ont porté ces sables jusqu’à la côte pour former le paysage côtier tel que nous le connaissons aujourd’hui.  Anglet est situé à la terminaison sud des Landes donc notre sable est issu de cette dérive littorale alors que les plages de la côte rocheuse ont une origine locale différente liée à la dégradation des falaises.

QC: Peut-on expérimenter des reprofilages moins rectiligne en créant des pointes de sable pour casser le courant traversier sud nord et sécuriser les zones de bains?

DR: C’est ce qui avait été prévu par le Casagec lors du dernier reprofilage à la plage des Cavaliers, c’est à dire de créer un triangle de sable à marée basse afin former un plateau pour la baignade surveillée et des  bancs plus propice à la pratique du surf. Mais cela n’a pas fonctionné, le trou était trop important…

JG: IL est prévu 3 campagnes de bathymétrie par an pour étudier les mouvements de sables sur les plages angloyes afin de connaitre les projets qui seront les plus viables dans l’avenir.

 

III- Dragage embouchure/Clapage côtier par Didier Munduteguy

La zone de clapage côtier est définie par un arrêté préfectoral. Cette zone devrait peu changer avec le nouvel arrêté. Elle devrait juste être prolongée vers le nord devant les plages de l’Océan. Les chargements de sable déposés par la drague sont définis à l’avance par le Casagec. L’arrivée de la future drague à demeure est prévue en Septembre 2015. Il s’agit là d’une drague mixte, c’est à dire équipée d’une élinde capable d’aspirer le sable jusqu’à 20 mètres de profondeur et d’une benne pour nettoyer les pieds de quai et garantir les souilles. Rappel des côtes : 62 mètres de long pour 5 mètres de tirant d’eau, donc bien plus manœuvrable que les dragues de la SDI qui viennent actuellement. Il y aura deux équipages de 5 marins qui tourneront à bord tous les 7 jours.  Ils travailleront uniquement de jour soit 200 jours dans l’année et hors saison.

La drague aura pour premier but de maintenir les profondeurs du port afin de faciliter le passage des bateaux de commerces. Cette drague n’effectuera que des dragages d’entretien sur la zone d’embouchure. Elle ne sortira pas plus de sable que nécessaire.

L’objectif second de cette drague est de répondre au partenariat avec la ville d’Anglet pour que tous les sables dragués devant l’embouchure soient lâchés devant les plages d’Anglet.

Le nouvel arrêté préfectoral définissant les conditions de dragage/clapage est en passe de sortir et l’enquête publique qui y est liée, sortira en Mai/Juin 2015. Ce sera l’occasion de s’exprimer sur cet arrête le moment venu. L’arrêté devrait être opérationnel pour l’arrivée de la drague en Septembre 2015.

QC: Est ce que les sables dragués à l’embouchure proviennent des plages d’Anglet?

DR: la fosse de garde jouxte le chenal de navigation et piège les sables fins venant des plages d’Anglet avant de tomber dans le chenal. Les quantités draguées correspondent aux quantités qui disparaissent des plages d’Anglet.

Question d’un inconnu: Cela vaut il le coup de faire de nouvelles digues ou de rallonger les anciennes pour stopper les sables?

JG: les digues d’Anglet ont un effet positif sur la partie haute des plages et très peu sur la partie basse correspondant aux petits fonds. Les rallonger n’aurait que peu d’impact sur le courant sud-nord.

DR: La dérive littorale part de la Gironde et va jusqu’à Capbreton avant de s’atténue ensuite au niveau de Labenne voire presque s’inverser par la suite. Si la dérive nord sud amenait du sable jusqu’à l’Adour, elle provoquerait l’accumulation du sable au nord de la digue du Boucau, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Sur Anglet, le sable suit finalement la direction des houles: si elle est ouest, le sable s’accumule au sud de l’épi, si elle est nord-ouest, elle s’accumule sur la face nord de l’épi.

Avis d’un membre du collectif: je ne suis pas d’accord avec cette disparition de la dérive littorale à proximité de la digue nord de Boucau. Suite à l’étude de documents, on s’est rendu compte que jusque dans les années 1960, les plages de Tarnos engraissaient et à partir de la période des grandes extractions littorales en 60-70 sur la côte nord, elles se sont mis à reculer par dizaine de mètres. Quand l’Etat a été condamné en 1974 et a mis fin aux extractions littorales en 1976, les plages se sont remises à engraisser à un rythme de 1 mètres par an à la plage du Champs de tir et un peu moins au niveau de la plage du Metro. Cette étude qui a été faite avec les méthodes des ingénieurs du BRGM, c’est à dire à l’aide de photos aériennes en s’appuyant sur des repères au sol tel que les bunkers pour mesurer l’avancée de la mer. Nos analyses corroborent les constats faits par le BRGM transmis à la préfecture Aquitaine en 2001. Il y a 150 ans, les ingénieurs des Ponts et Chaussés avaient déjà constaté ce phénomène à mainte reprise. 

DR: Réponds que cette science est jeune et que tout ce qu’avançait les ingénieurs des Ponts et Chaussés étaient globalement faux…

JG reprend le dialogue en enchaînant sur l’idée d’aller chercher le sable ailleurs. L’idée d’un By-pass comme à Capbreton est intéressante mais encore trop cher. L’idée d’aller chercher du sable avec une drague reste la solution la plus économe.

QA et QC en même temps: Et aller chercher le sable sur la zone de dépôt au large alimenté par le dragage?

JG: Tout est possible, tout est envisageable, mais pour aller chercher ce sable au large, il faut un permis minier qui peut être difficile à obtenir. Je préfère dans un premier temps voir ce que cela donnera avec cette drague à demeure en ramenant les 400 000 mètres cubes annuels et faire le point dans 10 ans. Si cela est nécessaire, une autre solution comme celle d’aller chercher au large du sable pourra être envisagé.

QC: D’autres communes de France le font déjà sur leur littoral, ce ne doit pas être si difficile d’obtenir un permis minier?

DR: Oui, nombreuses communes procèdent déjà à cette opération et même tout près d’ici. La ville de Soulac projette de le faire à son tour. Le problème ici, c’est la houle, pour prélevé et claper. Il faudrait le faire en période d’été pour que cela soit jouable et un chantier comme celui-ci prendrait plusieurs semaines voir plusieurs mois. Il y a des études d’impact pour prélever le sable au large et il faudrait le faire tout l’été. C’est compliqué mais pas impossible. (Rappelons ici que Denis Hennebert de la SDI, nous avait décrit la faisabilité de l’opération en Mai Juin et que, Didier Munduteguy de la CCI BPB avait signalé que les dragues de la SDI étaient capable de claper 250 000 m3 de sable fin en 9 jours sur notre côte.)

JG reprend la conversation en disant que c’est dommage, car si on avait modifié l’arrêté inter préfectoral en notre faveur, il serait très facile aujourd’hui d’aller chercher ce sable au large et cela serait une bonne opportunité pour les plages d’Anglet comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays.

QC: Mais vous allez vraiment ramener tous les sables dragués à l’embouchure de l’Adour avec la nouvelle drague?

JG: oui

DM: en tout cas, c’est l’objectif. Peut-être qu’au début, il y aura des ratés, le temps que l’équipage s’habitue, mais on doit évoluer vers cet objectif qui est tout à fait raisonnable.

QC: Pourquoi la drague ne vient-elle pas plus sur le sud des plages, face au VVf, comme lui permet l’arrêté préfectoral?

DM: Les navires de la SDI qui viennent sont extrêmement difficiles à manœuvrer. La zone proche de la pointe St martin est remplit de filets de pêche qui rendent les opérations difficiles. C’est déjà arrivé qu’une hélice de la drague se prenne dans l’un d’eux et rende l’opération périlleuse à moins de 600 mètres des côtes. Les habitudes des pêcheurs changeront certainement quand la future drague à demeure sera là. Il y aura une meilleure communication entre les professionnels de la pêche et l’équipage du navire.

QC: Vu qu’on essaye d’élever le niveau des bancs de sable submergés avec le clapage côtier, pourquoi on ne décaisse pas plus le haut des plages pour diminuer la pente en mettant le sable grossier à terre dans un autre endroit où il serait stocké?

JG : Le problème, c’est que les volumes à enlever sont tellement énormes que cela serait inenvisageable. Et puis où stocker ce sable? Enfin, l’Etat ne donnera jamais son autorisation pour qu’on enlève le sable de ses plages.

QC: Pourquoi ne mettrait-on pas le sable dans des sacs en bas des plages pour le bloquer sur place?

DR : Des opérations similaires ont été mené au sud de Capbreton pour soutenir la dune, mais les sacs en géotextile ont été facilement éventrés par les vagues.

QA: En regardant à 100 ans, quel est la stratégie local du trait de côte vue par l’ACBA? Quel est le calendrier des réunions avenir sur ce thème?

Valérie Dequecker (adjoint à l’environnement): L’agglo a demandé à un cabinet privé une étude sur ce sujet. Elle est toujours en cours actuellement. Un retour devrait avoir lieu dans l’année pour savoir selon les communes, quelle est la stratégie à adopter pour l’avenir. Les municipalités et les associations devraient être consultées et puis un compte rendu, coût/aléa devrait être rendu.

QC: Pourrait-on faire le point chaque année sur la situation des plages afin de répondre aux incompréhensions?

JG: Nous voulons la transparence et l’échange avec les associations. Il n’y a pas de raison pour que cette réunion n’ait pas lieu tous les ans puisque c’est la volonté du maire.

La salle applaudit sur ces bonnes paroles.

La réunion se termine.

colians 2302 2015

Les Colians au premier rang!

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