Observons les embouchures de l’Adour au Boucau et du Boudigau à Capbreton:

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La grande digue du Boucau, terminée en 1966, semble retenir un peu de sable du côté nord de l’embouchure et créer une belle érosion au sud (photo des années 1980)

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La digue du Boudigau à Capbreton, construite huit ans après la digue du Boucau , retient une quantité énorme de sable issu de la dérive littorale au nord et subit une belle érosion au sud. (photo des années 1990)

Pourquoi y a-t-il bien plus de sable accroché contre la digue du Boudigau à Capbreon qu’au nord de la digue du Boucau à Tarnos? 

 

Étrange, non? La grande digue du Boucau, construite en 1966, se situe à seulement 15 km au sud de la digue du Boudigau construite en 1974. Et pourtant, le sable y est bien moins acculé sur sa face nord que chez sa petite cousine. Le phénomène de « DÉRIVE LITTORALE » y parait finalement plus faible. Certains experts vont jusqu’à dire qu’elle est localement inexistante ce qui nous parait étrange. Nous avons donc pris le temps de faire notre petite enquête pour connaitre « LA RAISON » d’une telle différence…

 

I- D’OU VIENT LE SABLE DE NOS PLAGES?

Le sable littoral a pour origine les montagnes. Suite à la fonte des glaciers, il y a plusieurs milliers d’années, il a été porté par les fleuves et les rivières jusqu’à la côte. Ce phénomène perdure toujours aujourd’hui mais avec des volumes de sable bien plus faibles. La diminution de ces apports est à l’origine de l’érosion la côte Aquitaine. Déposé sur les plages, au niveau des embouchures, le sable est pris en charge par le courant appelé « dérive littorale ».

La dérive littorale est le déplacement des sables ou sédiments provoqués parles courants présents le long de la côte. Les houles obliques de nord ouest, les vents à dominance nord ouest et le déferlement des vagues créent un courant parallèle à la côte qui déplace les sables dans une direction qui est en général celle du sud en Aquitaine. Lors de cette dérive, le sable des plages disparaît de quatre manières:

– une partie est emportée par les vents dans l’arrière pays dunaire.
– une partie est emportée par les vagues et disparaît dans les profondeurs océanes.
– une partie est ramassée par l’homme avec les déchets sur les plages.
– le reste qui correspond à la plus grosse partie, suit le courant dominant vers le sud.

A son arrivée, au niveau des plages de Capbreton, une partie est arrêtée par la digue du Boudigau qui vient se placer comme un obstacle artificiel à la dérive littorale.

Une autre partie de ce sable passe un peu plus au large de la côte et tombe dans la fosse de Capbreton, particularité locale, connue aussi sous le terme de Gouf.

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Le gouf de Capbreton est un canyon sous marin unique au monde

 

Les grains de sable qui réussissent à franchir ces deux obstacles continuent de dériver en direction des plages d’Anglet. Mais suite à un changement de direction de la côte, qui passe d’une orientation sud-sud ouest à une orientation sud-ouest, la dérive littorale s’affaiblit. Ainsi l’action de la houle sur le déplacement des sédiments baisse.

Le vent dominant de nord ouest a lui aussi tendance à faiblir au fur et à mesure que l’on se rapproche des Pyrénées.

Pour ces deux raisons, le volume de sable qui dérive au sud des Landes est bien moins important que celui qui dérive sur la côte Girondine et sur le nord de la côte Landaise.

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Au loin sur la droite, Capbreton et le grand virage de la côte aquitaine.

 

Au niveau de l’Adour, la digue du Boucau, vient se placer comme le dernier obstacle majeur à la dérive du sable vers les plages d’Anglet. Ce grand rempart provoque l’accumulation du sable sur les plages de Tarnos mais pas de façon flagrante.

Mais attention, avec une longueur d’environ 1100 mètres de long, la digue du Boucau est trois fois plus longue que la digue du Boudigau à Capbreton, qui fait environ 400 mètres. Ainsi, par effet d’optique, l’accumulation du sable au nord de Capbreton parait bien plus importante que chez sa grande cousine.
De plus, la digue du Boucau est concentrique, c’est à dire qu’elle est courbée vers le sud. Le courant de dérive littoral est ralenti mais pas stoppé net comme dans le cas de sa cousine Landaise qui est rectiligne. Ainsi, les quelques grains de sable fin qui seraient transportés par le courant pourraient probablement traverser l’Adour s’ils ne tombaient pas dans le chenal de l’Adour régulièrement dragué…

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Le panache de l’Adour est poussé vers le sud grâce à la dynamique littorale dominante. Lors des grosses houles, un contre courant local remonte des plages angloyes pour y arracher le sable fin et le déposer à l’entrée de l’Adour. (photo IGN 1996)

 

Ainsi, nous constatons que même si la dérive littorale diminue au fur et à mesure que l’on se rapproche des plages d’Anglet, cette dernière n’est pas nulle quand elle arrive au niveau de l’estuaire de l’Adour puisqu’on aperçoit un léger engraissement de sable sur une longueur d’environ 4.5 km entre la plage du Metro et la plage de la digue côté Tarnos.

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L’embouchure de l’Adour en 2013

De plus, en faisant rempart au courant de dérive littoral, la digue du Boucau crée un contre courant sud-nord devant les plages d’Anglet. Lors des tempêtes, ce contre courant emporte le sable angloy vers le chenal de l’Adour ce qui provoque l’érosion des petits fonds de la côte si le sable n’est pas clapé en totalité sur la côte angloye par la suite.

Mais ce constat ne nous parait pas suffisant pour expliquer qu’il n’y a pas plus de sable aujourd’hui sur la côte nord de l’embouchure, surtout quand on sait qu’il y a 150 ans, la terre progressait à cet endroit de 25 mètres tous les dix ans!

 

II- LA COTE NORD DE L’EMBOUCHURE DE L’ADOUR GAGNE SUR L’OCÉAN DEPUIS DES SIÈCLES!

Alors que toute la côte aquitaine est entrée en érosion au début de notre ère, les plages de Tarnos, situées à proximité de l’embouchure de l’Adour comme celles d’Anglet, continuent d’engraisser jusqu’à la fin du 19 ème siècle. Cela est dû, à la fois à leur situation géographique, puisqu’elles se trouvent en fin de dérive littorale marquée par les premiers contreforts de la chaîne des Pyrénées qui se dressent là comme un rempart à la circulation des sables, et à la présence l’Adour qui produit encore, à cette époque, des quantités importantes de sédiment. Voici l’embouchure de l’Adour entre 1700 et 1869:

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Extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés entre 1700 et 1869: les tracés colorés et datés correspondent aux différents traits de côte de l’embouchure de l’Adour à marée basse. Nous avons juste rajouté les dates en couleurs pour mieux apprécier le document. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime).

 

D’après ce plan, on voit clairement que la terre gagne sur la mer au rythme moyen de 2.5 mètres/an côté nord et de 4.5 mètres/an côté sud de l’embouchure, pendant les 170 années étudiées. Comme le signalait à l’époque l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de Bayonne: « On a l’impression que la mer abandonne son rivage ».

En 1893, après avoir formulé sa demande à l’Etat, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne, poussée par les entreprises locales, obtient l’autorisation de pratiquer le dragage continu de la Barre de l’Adour et retire chaque année 700 000 mètres cubes de sable, soit l’équivalent de deux fois le volume de la Tour Montparnasse.
Nous savons aussi que la préfecture donne l’autorisation d’extraire de la madrague à l’embouchure du fleuve et que 50 000 mètres cubes de sédiments sont ainsi retirés chaque année de la plage de la Barre. Quelques années plus tard, la même autorisation est délivrée pour la côte nord de l’embouchure sur la commune de Tarnos. Le volume total de sable extrait annuellement sur la zone avoisinera ainsi les 800 000 mètres cubes!

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Dans les cercles jaunes on aperçoit les traces des extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’entrée de l’Adour en 1938. (Photo IGN)

Dès lors, les relevés scientifiques constatent un recul moyen de 1 mètre/an entre 1896 et 1939 évoluant vers 3 mètres/an au début des années soixante sur les plages d’Anglet. L’apparition d’une érosion sur la côte angloye montre que les extractions qui ont lieu sur terre comme en mer, sont non seulement supérieures au volume de sable qui arrive naturellement, mais qu’en plus on puise dans le stock des plages provoquant leur recul. C’est ainsi que se dessine le début d’une catastrophe écologique puisque l’homme a inversé la dynamique sédimentaire qui existait ici depuis plusieurs siècles à Anglet.

– Mais qu’en est-il au même moment sur la côte nord de l’embouchure?

Voici la concession de bain de mer Laffitte, visible dans le cercle orange, qui se situe en front de mer des plages de Tarnos début 1900. Ce bâtiment, construit en pierre et posé sur le haut de la dune va nous servir de repère pour suivre l’évolution de la côte nord:

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La concession Laffitte, vue depuis la jetée sud de l’embouchure du fleuve début 1900.

 

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Schéma de 1902 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementaux de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1902, le service des Ponts et Chaussées situe précisément cet établissement sur la dune herbeuse devant la plage de la commune de Tarnos, suite à une demande de renouvellement du droit d’exploitation.

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Schéma de 1909 des Ponts et Chaussées, issu des Archives départementales de Pau. (Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

En 1909, l’établissement se trouve toujours au même endroit mais parait maintenant un peu plus en arrière du cordon dunaire qu’en 1902. La végétation s’est développée en avant de l’établissement et montre que la terre continue de gagner sur la mer. La distance gagnée durant cette période représente une quinzaine de mètres, alors qu’au même moment, les plages d’Anglet reculent déjà d’un mètre par an. A noter que la Tour des Signaux, située au sud de l’Adour, est en avant de la limite de la végétation des plages de Tarnos par verticalité.

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1938 et provenant des archives de l’IGN

Dans le cercle rouge, on reconnait la position du bâtiment de la concession Laffitte. Le trait vert est pour nous donner la limite de la végétation. Elle se situe maintenant à gauche de la tour des signaux par verticalité. On s’aperçoit qu’en 30 ans, la terre a gagné à cet endroit plus d’une centaine de mètres et ceci malgré les extractions littorales bien visibles et le dragage de l’embouchure. Même si ces activités perdurent dans le secteur, le sable de la dérive littorale, toujours aussi abondant, permet aux plages de Tarnos de gagner 2.5 mètres par an.

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Cette photo prise durant la guerre 39-45, avec le bâtiment Lafitte dans le fond, confirme la présence d’une longue dune herbeuse entre l’établissement et la mer.

 

Quatorze ans plus tard, on retrouve les vestiges du bâtiment Laffitte, rasé pendant la deuxième guerre mondiale. Il n’en reste plus qu’une dalle bétonnée, accompagnée de quelques arbres!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour, faite en 1952 et provenant des archives de l’IGN

Non loin de là, des casemates construites pendant la guerre 39-45 sont apparus sur les dunes (cercles oranges) . Elles vont nous servir de repères. Celle qui est la plus à gauche a été construit sur une dune herbeuse en partie détruite par la proximité des extractions. Elle est délimité sur sa gauche par le trait vert. La distance qui la sépare du bâtiment Laffitte est maintenant de 140 mètres, soit 28 mètres supplémentaires par rapport à 1938, ce qui signifie que l’on est toujours sur une dynamique d’engraissement de ces plages. Ce constat d’engraissement par photo aérienne est confirmé par une étude de C. Migniot et J. Lorin  » Evolution de la côte des Landes et du Pays Basque » sortie en 1978.

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La casemate en question en 1944…..(Photo issu du livre « quand Hitler bétonnait la côte basque » de Jean Curutchet 1988)

 Mais le péril du sable est en train de naitre. En effet, il y a désormais deux machines d’extraction de sable littoral qui opèrent dans le coin (flèches rouges), correspondant à un   prélèvement de 100 000 mètres cube de sable/an.

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Le bunker, à gauche, se fait déchausser par l’intensité des extractions littorales provoquant une érosion artificielle!

Cette progression de la côte vers la mer, qui semble déjà ralentir, va malheureusement s’arrêter car l’homme va y mettre un terme…Voici une dernière vue de ce qu’a du être le maximum de terre gagné à Tarnos:

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L’embouchure de l’Adour en 1953. Le sable qui s’accumule au nord de la digue provoque un engraissement sableux de la plage rappelant le cas de l’embouchure de Capbreton.

III-LES PLAGES DE TARNOS RECULENT A LEUR TOUR!

En 1962, le nord de l’embouchure est totalement retourné par les extractions littorales! Le trait vert qui représente la limite de la végétation et qui était placé à gauche de la casemate la plus à l’ouest sur la photo de 1952 est maintenant situé sa droite. Les deux engins d’extraction qui opèrent sur ce secteur provoquent un recul des plages d’une dizaine de mètres. Çà y est,  la côte nord perd à son tour du terrain, soit en moyenne 1 mètre/an.  Au même moment, les plages d’Anglet reculent de 3 mètres/an!

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1962 et provenant des archives de l’IGN

 

– La construction de la grande digue du Boucau, entre 1963 et 1966, est synonyme d’une accélération de l’érosion de la côte Angloye. Non seulement, les sables présents sur la plage vont servir à sa confection mais en plus, les volumes de matériaux dragués à l’embouchure qui étaient retombé à 300 000 m3 depuis les années 1920 sont à nouveau multipliés par deux, avoisinant ainsi les 700 000 m3 par an.

 

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Extraction de sable littoral et construction de la digue du Boucau en 1964…

 

La grande différence avec le passé, c’est que désormais, la côte angloye devient quasiment l’unique contributeur en sable dragué à l’embouchure. Le trait de côte  y recule alors par dizaines de mètres tous les ans et ce jusqu’au milieu des années soixante dix.
Du côté des plages de Tarnos, on pourrait imaginer que l’arrêt net de la dérive littorale par ce nouveau rempart devrait contribuer à stabiliser ces plages voire, les ré-engraisser.
Mais il n’en est rien car le pire est en train d’arriver. En effet, ce ne sont plus deux machines d’extraction littorale qui fonctionnent en permanence sur le littoral de Tarnos mais six!!!

 

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Photo aérienne du nord de l’embouchure de l’Adour faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

On compte trois engins d’extraction littorale sur la côte nord de l’embouchure de l’Adour, signalés par des flèches rouges. Ils produisent 225 000 mètres cube de sable qui disparaissent chaque année de ces plages! Le cercle rouge situe la position de l’ancien établissement Laffitte. Les flèches jaunes montrent pour la première fois l’apparition de falaises vives creusées dans le cordon dunaire, signe d’une forte érosion. Le cercle orange le plus à gauche situe la casemate qui était la plus en avant du complexe défensif allemand. Elle se retrouve en quelques années en bas de la plage, presque enseveli!

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Photo du début des années 70, au nord du parking de la digue, montrant la casemate posée sur la plage en plein naufrage! (Herrero/Nicodigue)

 

La plage du Métro de Tarnos, 4 km plus au nord, est caractérisée par la présence d’une piste d’aviation construite par la société Dassault, mais aussi par son énorme casemate posée sur le haut de la plage, visible dans le cercle orange.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1968 et provenant des archives de l’IGN

Les flèches rouges indiquent la présence, là aussi, de trois engins d’extraction littorale, alors que jusqu’à présent, cette plage était épargnée par l’exploitation industrielle du sable. Ici aussi, 225 000 m3 de sable disparaissent tous les ans.

Si on les rajoute aux 225 000 mètres cube qui disparaissent au nord de l’embouchure, on arrive à un total de 450 000 m3 extrait tous les ans par la plage sur une distance de 4 km. N’oublions pas les 700 000 mètres cubes qui sont dragués chaque année à l’entrée de l’Adour depuis la construction de la grande digue du Boucau et les 75 000 mètres cube extraits à la plage de la Barre à Anglet. Ainsi, on totalise un chiffre ahurissant d’1 225 000 mètres cube de sable prélevé tous les ans des plages sur une distance de 4.5 km de littoral. Pas étonnant que devant une telle folie, ce qui devait arriver…arriva !

Et c’est ainsi que le littoral va reculer par dizaines de mètres entre 1968 et 1976:

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

En 1975, le carnage est époustouflant. On voit clairement, au nord de l’embouchure,  la présence de falaises vives de plusieurs mètres de haut taillées dans le cordon dunaire. Les casemates marquées par les cercles oranges sont en pleine bascule sur la pente des dunes, d’autres sont déjà posées en bas et certaines ont disparu. Le recul du trait de côte est sans appel!

 

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos, faite en 1975 et provenant des archives de l’IGN

A la plage du Métro, le bilan est aussi saisissant. La grosse casemate, jadis posée sur le cordon dunaire, s’est détachée de la dune et gît sur la plage, balayée par forte marée. La plage a reculé ici aussi d’une dizaine de mètre en peu de temps. Des falaises vives apparues dans la dune sont signalées par les flèches jaunes. Les flèches rouges montrent toujours la présence des engins d’extraction de sable, synonyme là encore, d’une forte exploitation industrielle en 1975. Entre 1960 et 1975, 7 500 000 m3 de sable littoral seront extraits des plages de Tarnos pour les travaux publics.

Ce recul sans précédent du trait de côte, dont l’homme est seul responsable ici, va-t-il se poursuivre?

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Extraction du sable littoral, à la digue du Boucau où quand les grands jouent aux châteaux de sable avec le sable de nos plages. (photo Herrero, début des 70 via Nicodigue)

 

 

IV- VERS UN RETOUR DU SABLE AU NORD DE L’EMBOUCHURE DE L ADOUR?

Les départs massifs du sable des plages allant de Boucau à Tarnos font écho aux événements qui se produisent à Anglet depuis la fin des années soixante. Le constat est si choquant que des citoyens vont réagir.

Des propriétaires privés du front de mer intentent un procès contre l’ETAT, et obtiennent gain de cause en 1974. Cette décision juridique a une énorme valeur puisque aussitôt la Direction du domaine publique maritime prend à sa charge la problématique en faisant arrêter en 1976 les extractions littorales qui ont lieu de chaque côté de l’embouchure de l’Adour, en faisant construire 6 épis au sud de la côte Angloye pour empêcher le sable fin de remonter vers l’entrée de l’Adour et en mettant en place à ses frais le clapage côtier pour ramener le sable angloy qui glisse dans le chenal de l’Adour.

Sur la côte nord de l’embouchure, la côte régresse encore quelques années tellement l’inertie de recul créé par l’homme est forte.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 1978 et provenant des archives de l’IGN

Ce n’est que trois ans après l’interdiction des extractions littorales, vers 1978, que la plage cesse de reculer sur la côte nord de l’Adour. Les casemates sont alors au plus près de la mer et l’ancien établissement de bains Laffitte se situe maintenant à 81 mètres des plus hautes marées au lieu de 140 mètres en 1952, correspondant à un recul moyen de 2.5 mètres par an avec des pointes à plus de 5 mètres dans les années soixante dix.

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Photo aérienne de la côte nord de l’embouchure faite en 2008 et provenant des archives de l’IGN

En 2008, l’inversion de la tendance entamée en 1978 se confirme puisque la végétation a repris du terrain vers la mer, signe d’une plage qui rengraisse à nouveau! Les falaises vives de la dune ont laissé place à un bourrelet sablonneux, la casemate sur la plage (2?), encore visible il y a 30 ans, s’est bien ensablée et a disparu! Celle qui est un peu plus haut à droite sur le cordon dunaire, est aussi enfoui derrière la dune. Un peu plus au nord, le bunker au grand mat en métal, bien visible aujourd’hui et qui était en train de glisser sur la pente de la dune, a été repris par le sable et la végétation. Notre repère Laffitte, qui était à 80 mètres de l’océan en 1978, est maintenant à 110 mètres environ, soit un engraissement moyen de la plage d’un mètre par an! La nature a repris ses droits.

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La plage de Tarnos, vue depuis le bord de l’Adour en 2015. L’accumulation du sable a enseveli les anciennes casemates 1 et 2 tombées sur la plage durant les années 70 et recouvre partiellement celle qui possède un grand mat.

Autre vue depuis la plage:

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Au premier plan, la casemate 2, qui fait plusieurs mètres de haut à l’origine, a été submergé par le retour du sable.

Idem, pour la plage du Métro à Tarnos.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 1979 et provenant des archives de l’IGN

Le maximum de recul est atteint vers 1978. En plus de la grosse casemate, une autre casemate, juste derrière et jusque là, caché dans la dune, s’est à son tour « tchanquée » sur la plage.

En 2008, la plage du Métro s’est aussi reconstituée, mais avec un effet moins important qu’à proximité de la grande digue du Boucau. On enregistre quand même un engraissement de la plage d’une quinzaine de mètres en 30 ans. Il faut imaginer qu’il y avait là, durant les grandes années d’extraction littorales, des falaises vives de plusieurs mètres de haut et qu’avant d’arriver à regagner du terrain sur la mer, la plage a dû se reconstituer durant plusieurs années… On comprend mieux pourquoi les bunkers, qui ont subit cette érosion passée, paraissent aujourd’hui figés à leur emplacement.

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Photo aérienne de la plage du Métro à Tarnos faite en 2008 et provenant des archives de Google Earth.

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La fameuse casemate de la plage du Métro à Tarnos en 2015.

Finalement, on comprend mieux pourquoi les plages de Tarnos ne sont pas plus engraissées aujourd’hui. Au lieu d’avoir continué à progresser durant les années 60 et 70, elles ont perdu artificiellement une quarantaine de mètres. Depuis 1952, s’il n’y avait pas eu ces extractions littorales intensives, il est très probable que la plage du Champs de tir serait au moins 100 mètres plus en avant dans la mer.

Du côté de la côte Angloye, paradoxalement, les derniers relevés des limites du domaine maritime établis entre 1979 et 2009, font état d’un recul moyen de la côte de 30 mètres sur les plages qui ne sont pas défendues par les enrochements latéraux comme aux plages du Vvf, du Club ou des Cavaliers. Cela représente un recul d’environ un mètre par an pour le littoral située entre les Sables d’Or et les Dunes.

Cette analyse mets en lumière qu’il existe encore une « DÉRIVE LITTORALE » significative sur le secteur des plages de Tarnos, puisque du sable s’y accumule toujours. Ce courant est effectivement plus faible que celui qui circule au nord de Capbreton, mais si la grande digue du Boucau n’existait pas aujourd’hui, le sable issu de cette dérive se déposerait encore sur les plages d’Anglet comme par le passé, évitant ainsi leur érosion.

 

L’équipe SosLa

 

Embouchure Octobre 2004 Sud ouest

La dérive littorale au sud des Landes: alors qui dit encore qu’il n’y a pas d’accumulation de sable au nord de l’embouchure?

 

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2 réflexions sur “Pourquoi si peu de sable aujourd’hui du côté des plages de Tarnos?

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