Le projet d’achat de la drague pour le port de Bayonne a bien été validé le 31 Janvier 2014 par tous les partenaires concernés: la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne (CCI BPB), porteuse du projet, le Conseil Régional Aquitaine (CRA), propriétaire du port de Bayonne et de la future drague, la communauté d’agglomération Boucau-Bayonne-Anglet-Biarritz-Bidart (ACBA) et la ville d’Anglet.

Cet achat, pour lequel nous militons depuis plus de 2 ans, va se concrétiser avec l’arrivée du bateau au plus tard dans 18 mois, durée limite spécifiée par l’appel d’offre au constructeur, c’est à dire prévu d’ici l’été 2015.

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Maquette de la future drague du port de Bayonne. Elle ne porte pas encore de nom et son code couleur n’est pas finalisé.

 

L’entreprise retenue, Astilleros de Murueta dont les chantiers navals sont situés à Bilbao, possède un savoir faire en la matière puisqu’elle a déjà construit à ce jour, plusieurs dragues pour les ports français.

Cette drague devra effectuer 100% de clapage côtier*, résultat tant revendiqué par l’équipe SOS-LA afin que l’érosion artificielle des plages d’Anglet s’arrête une bonne fois pour toutes. Après cent vingt ans de dragage continus à l’embouchure du fleuve, le port pourra enfin inscrire cette activité dans un esprit durable avec la côte Angloye. En attendant l’arrivée de ce nouveau navire, il va falloir encore assister à trois campagnes de dragage, sous traitées avec les navires de la Société de Dragage International (SDI) et la probabilité de perdre encore des centaines de milliers de mètres cube de sable.

– Le deuxième objectif de cette drague est d’améliorer la navigabilité de l’estuaire de l’Adour afin d’augmenter l’attractivité du port de Bayonne. L’idée est notamment de développer le trafic des containers par voie maritime pour décharger les réseaux autoroutiers des nombreux camions qui traversent la chaîne des Pyrénées. Pour ce faire, le nouveau navire devra certainement draguer un peu plus profond ou draguer de nouvelles zones dans l’estuaire de l’Adour. Nous espérons que dans ces nouvelles perspectives d’exploitation, des études d’impact de zone seront faites dans les règles de l’art et que toutes les probabilités seront étudiées avant de valider le nouvel arrêté inter-préfectoral définissant ces nouvelles limites. Nous allons donc rester vigilants sur ces éventualités et nous ne serons surement pas les seuls à veiller au grain.

– Le troisième objectif potentiel serait de lui attribuer de nouvelles missions littorales. Si le temps lui permet (et c’est là son exploitation future qui le dira) elle pourrait très bien extraire du sable de l’océan pour conforter d’autres plages victimes d’un excès d’anthropisation. Nombreuses sont les options qu’offre ce navire, mais à ce jour, seule l’utilisation dictée par l’arrêté inter-préfectoral n°04/EAU/24 du 24 mai 2004 sera valable.

 

Quelques détails sur cette future drague:

– Il s’agit là d’une petite drague qui mesure 65 mètres de long pour 13 mètres de large et 5 mètres de tirant d’eau. Sa taille lui permettra d’être plus manœuvrable et lui donnera la possibilité de rentrer dans le radoub de Bayonne (cale sèche) pour y faire sa maintenance.

– Elle clapera plus près de la côte grâce à son faible tirant d’eau de 5.5 mètres de profondeur, portes de clapage ouvertes, contre 7.5 mètres de tirant d’eau pour les grosses dragues de la SDI. Ainsi, elle engraissera mieux les plages d’Anglet et les résultats se verront plus rapidement.

– Il y aura aussi à bord un équipage composé de dix marins locaux toute l’année. Il sera au fait de toutes les études menées sur la zone. Il aura ainsi une bonne connaissance des bathymétries angloyes pour travailler avec précision. Quand une drague de la SDI venait pour une campagne de dragage, on avait remarqué qu’elle était souvent différente d’année en année et que le capitaine changeait régulièrement. Sa faible expérience de la problématique angloye et le fait d’être seul maître à bord limitait l’efficacité des opérations.

– La drague sera polyvalente puisqu’elle sera capable de draguer les fonds de l’estuaire avec son élingue et d’entretenir les souilles des quais grâce à sa benne. Jusqu’à aujourd’hui, ces deux opérations étaient traitées par deux navires différents.

– Elle bénéficiera d’une capacité de stockage du sable trois fois plus faible q’une drague de la SDI, 1200 m3 au lieu de 3500 m3. Elle devra travailler trois fois plus de temps mais les activités se pratiqueront toujours en dehors de la saison estivale.

– Elle effectuera 100% de clapage côtier annuel. L’hémorragie de sable fins angloy perdu au large va enfin s’arrêter! C’est du moins ce qui est annoncé sereinement par les partenaires du projet. Cela sera une véritable RÉVOLUTION car, depuis le début du clapage côtier en 1974, JAMAIS ces valeurs n’ont été atteintes.

 

Quelques rappels sur les principes du dragage:

Le dragage de l’estuaire de l’Adour est une pratique qui suit le règlement définit par l’arrêté inter-préfectoral n° 04/EAU/24 du 24 mai 2004. Des zones de clapage côtiers* ont été définies depuis de nombreuses années par l’état. Ces zones sont fréquemment visitées par les navires de la SDI qui viennent y lâcher le sable Angloy dragué à l’entrée de l’Adour pour maintenir les plages de la zone urbanisée au sud. Une extension de la zone de clapage côtier* de 500 mètres environ vers le nord du littoral devrait être ouverte lors du renouvellement de l’arrêté inter-préfectoral courant premier semestre 2014. Cette avancée des mentalités dans le domaine est loin d’être négligeable car elle va donner la possibilité de lutter contre les profils très pentus des plages nord.

-Afin de lever le doute sur tout risque de pollution comme l’ont laissé penser certaines personnes mal informées par le passé, un double contrôle de la qualité des sédiments dragués est régulièrement effectué à l’entrée de l’Adour, d’une part toute l’année par la CCI BPB dans le cadre de l’arrêté inter-préfectoral, et d’autre part par l’Observatoire de l’Estuaire de l’Adour (OEA) lors de chaque campagne de dragage. Depuis la reprise des clapages côtiers, la qualité des sables dragués à l’embouchure de l’Adour a toujours été de bonne qualité avec des caractéristiques physiques, chimiques et biologiques inférieurs à la norme N1 c’est à dire avec un impact neutre ou négligeable pour l’environnement, selon l’arrêté interministériel du 14 juin 2000 (complété le 9/08/06)

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La drague « Elbe » appartenant au SDI possède un petit air de la nouvelle drague du port de Bayonne.

 

 

Coût global de l’opération

Le coût global de cet achat est évalué à 2.8 millions d’euros annuel sur 20 ans. Il se répartit de la manière suivante:

2.3 M€/an CCI + (0.41€/m3 CRA + 0.41€/m3 ACBA + 0.41€/m3 Anglet) x 400 000 m3/an = 2.8 M€

2.3 millions d’euros sont pris en charge par la CCI BPB qui dépense traditionnellement 2.1 millions d’euros pour les 2 campagnes de dragage annuelle. Il reste encore 500 000€ à trouver. C’est donc l’ACBA, le CRA et la ville d’Anglet qui se partagent cette somme en payant le sable ramené sur les plages d’Anglet. Cela représente un coût de 41 centimes d’euro par mètre cube de sable pour chaque partenaire soit un total de 1.23€/m3 de sable ramené sur les plages. Le volume de sable moyen annuel ramené a été estimé à 400 000 m3 environ.
Si les intempéries s’avèrent plus importantes qu’à l’habitude, comme pour cet hiver avec une activité océanique très intense, le volume de sable ramené sur la côte pourra être supérieur.
Si la drague était amenée à ne plus fonctionner pour des raisons techniques pendant plusieurs mois, ou bien pour des raisons de naufrage comme avec le cas historique de la « Bayonne II », drague du port coulée en mer en Mars 1898 soit deux ans après sa construction, les collectivités ne payeront rien! Nous rappelons quand même que la durée de vie moyenne d’une drague aujourd’hui est estimée à 40 ans.
Cet achat semble donc s’inscrire dans un programme de développement durable et de gestion intégrée pour la côte Angloye. MAIS la méthode du financement de ce navire reste discutable. En effet, il a été démontré par maintes études et procès (page 50) que la ville d’Anglet est la grande victime de l’érosion artificielle générée par les activités de dragage. Aussi, il serait logique que les Angloys ne contribuent pas directement au coût du clapage côtier…

Dans 18 mois, les plages d’Anglet seront figées dans l’état où elles se trouveront le jour où commencera l’action de cette nouvelle drague. Il s’agit là d’une première victoire pour le littoral angloy sur l’érosion artificielle, mais il est évident que les résultats escomptés ne seront pas suffisant pour contrer la tendance érosive générée par un autre phénomène avenir, l’accélération du réchauffement climatique. Nous sommes déjà convaincu qu’il faudra aller plus loin dans cette lutte en allant chercher le sable fin disparu durant les années noires du dragage** pour reformer et pérenniser le profil des plages Angloyes. Nous avons déjà plusieurs pistes à ce sujet comme récupérer le sable abandonné au large depuis plus de 120 ans ou bien aller chercher le sable accumulé artificiellement au nord de la digue de Capbreton, sable qu’offre cette commune à tout ceux qui en auraient une utilité littorale. A voir maintenant où la prochaine équipe municipale placera ses priorités!

 

L’équipe SosSLa

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Endeless summer sur les plages angloyes autrefois: une sirène, des vagues et une drague en action dans le fond…what else ! Photo Arnaud de Rosnay issue de « Décennies de surf en France » par Gibus de SOULTRAIT (Editions Surf Session 2008)

*Clapage côtier: largage du sable dragué à proximité des plages.
**Clapage au large: largage du sable dragué sur une zone de dépôt au large prévue par l’arrêté inter-préfectoral.

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2 réflexions sur “Littoral angloy, première victoire mais à quel prix ?

  1. Géologue (et pro parte sédimentologue marin) nouveau venu sur la côte , simple nageur ou body-surfeur aussi à l’occasion o); -mais sans prétentions sportives de haut niveau dans ce domaine , je salue à la lecture que j’en ai faite ce mardi 20 décembre , le coté très bien documenté , vraiment intéressant et a priori objectif de ces articles sur la problématique du dragage côtier…
    Bravo à vous !, et par ailleurs je serai ravi d’apporter mon concours si nécessaire aux études , suivis cartographiques, Une des clés , outre les bilans matières globaux que l’on peut mener, me semble être aussi (complémentaire) une tentative de suivi sélectif des sites.
    D’un point de vue méthodologique, l’exploitation combinée de données , même indirectes liées à l’activité du dragage proprement dit pourrait apporter tant une meilleure compréhension du phénomène .
    Restant à disposition, bien cordialement
    Laurent de Chambure
    LDC consult , 6 place de la Liberté 64100 BAYONNE , tel 06 89 33 66 57;

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