Reprofilage 2017: le déroulé!

Comme chaque année et depuis quatre ans, les plages d’Anglet se sont offertes un lifting en vue de la saison estivale. Ces opérations ont duré quatre semaines, entre le 15 Mai et le 09 Juin 2017, soit une semaine de moins qu’en 2016 avec une enveloppe budgétaire proche des 100 000€. Le volume de sable déplacé a été de l’ordre de 150 000 m3 environ.

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Les bulls en action, plage de la Madrague!

Des relevés topographiques des plages ont été réalisés  par le Casagec avant, pendant et après les opérations pour mieux appréhender les zones prioritaires et suivre leur évolution au cours du chantier. Les buttes présentent l’année dernière en milieu de plage ne se sont pas vraiment reformées grâce notamment à un hiver moins énergétique. Les machines auront donc eu un peu moins de travail.

Les engins utilisés cette année étaient uniquement des bulldozers car ils étaient les mieux adaptés à la granulométrie de nos plages avec des gabaries légers. Les opérations ont débuté par le sud d’Anglet. Deux bulldozers ont fonctionné durant la première semaine, puis trois de la plage des Corsaires jusqu’à l’embouchure.

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L’armée de bulldozers CaterPillar à la plage de la Barre!

 

Un essai de reprofilage a été tenté à la plage de Marinella. Ce travail consistait à pousser les sables vers les digues nord et sud de la plage ainsi qu’au centre comme le montre le schéma proposé par le COLIAN en 2016. (test)

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Le test en cours de réalisation, plage de Marinella

Sur les autres plages, le travail a été généralement de pousser tout droit du haut jusqu’en bas de l’estran. Au sud de la plage des Cavaliers et au niveau des enrochements proche du poste de secours, un désensablement mécanique a été imaginé.

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Du reprofilage tout droit, du haut jusqu’en bas de l’estran à la plage des Corsaires.

Mais la tempête du 28 Juin 2017, est venu apporter son grain de sel sur ce travail de fourmis en déplacent de grandes quantités de sable sur tout le littoral en 48h. Bref, ces opérations de reprofilages ont une action très limitée dans le temps cette année.

L’équipe SosLa

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Le haut de la plage de Marinella et la promenade Victor Mendiboure bien ensablés après le passage de la tempête du 28 Juin 2017 (photo Josiane Rivas)

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Sur les traces d’une première grotte de la Chambre d’Amour! Episode 7/7

Comme nous avons pu le voir lors des précédents épisodes (épisodes 4 et 5), la grotte de la Chambre d’Amour fut comblée par la dérive littorale en moins de 30 ans durant le 19 ème siècle. A la vue de l’important phénomène d’ensablement qu’il existait dans le secteur, une question simple surgit: Et si la grotte de la Chambre d’Amour décrite par P. de Lancre en 1609, n’était pas celle décrite par J. Thore 200 ans plus tard? Et s’il existait une première grotte disparue sous les sables depuis plusieurs siècles? Voici les indices qui éveille cette possibilité:

Première indice:

D’après les ingénieurs du BRGM, la côte partant de l’éperon rocheux de la Chambre d’Amour jusqu’aux falaises de Bernain, est composée d’une roche très friable de type Stampien, favorisant des phénomènes karstiques propices à la formation de grottes. De plus, l’existence de dolines autour du golf du phare, autre phénomène d’érosion naturel, augmente la probabilité de trouver des cavités dont la Chambre d’Amour serait un bel exemple. (Episode I) Ainsi, on comprend vite que ce secteur est, depuis toujours, un vrai gruyère…

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En 1950, trois grottes sont visibles au sud de la pointe St Martin. Elles sont signalées par les cercles orange. Le plus à gauche situe l’entrée de la grotte du phare qui fait l’objet de fouilles archéologiques depuis 1899.

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Vers 1963, pas moins de quatre grottes creusées par la mer du côté nord de la pointe St Martin. (Photo François Palangier)

 

Deuxième indice:

P. de Lancre localise la grotte de la Chambre d’Amour à proximité du port des pêcheurs d’Anglet, port aussi décrit par J. Thore  et par A. Dumège deux siècles plus tard. Ce petit port est aujourd’hui disparu depuis sous les sables… Les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont montré qu’au 17 ème, 18 ème et 19 ème siècle, le littoral angloy gagnait en moyenne 3 mètres/an sur la mer! Si on fait un calcul de la situation du littoral à l’époque de P. de Lancre, cela placerait le rivage à 425 mètres en arrière du rivage actuel, soit au niveau du boulevard des plages! En fonction de la géologie locale et des écrits anciens, le port des pêcheurs devait se situer en contrebas du hameau, près du moulin Barbot…

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Carte représentant en jaune le trait de côte vers 1609 à marée haute. En rouge, l’emplacement présumé du port des pêcheurs d’Anglet.

 

Reprenons l’étude de J. Thore: « La Chambre d’Amour, si basse, et presque totalement abandonnée par la mer aujourd’hui formait, il n’y a peut être pas trois siècles, une vaste et haute caverne, toujours baignée des eaux de l’océan ».  Et au sujet de la baie de l’ancien VVF: « une grande anse dont une partie est accessible uniquement lors des très basses marées. Dans tout le reste, la mer s’y brise avec un fracas épouvantable. » Ce dernier constat se confirme lors de la visite de A. Du Mège en 1828. (56, page 162) Ainsi au cours du 17 ème siècle, il s’élevait une falaise depuis le moulin Barbot jusqu’à l’éperon de la Chambre d’Amour. Cette falaise comme celle de la baie de l’ancien VVF étaient balayées par les vagues. Notre grotte, plus à l’ouest des falaises, n’était donc pas accessible à pied car elle était baignée en permanence par la mer. Au 19 ème siècle, le phénomène d’ensablement a permis à Jean Thore d’avoir accès à la grotte, avant qu’il ne la comble totalement en moins de 30 ans!

Troisième indice:

Jean Thore explique aussi qu’à l’intérieur de la grotte « une foule innombrable de noms de diverses personnes est gravé là même où il est impossible de pénétrer, ce qui fortifie que le sol s’est exhaussé et qu’aucune date n’est très ancienne« . Incroyable! Pourquoi n’y a-t-il pas d’inscription de plus de 150 ans, comme c’est le cas aujourd’hui? Probablement parce qu’elle était inaccessible, totalement baignée par la mer.

Quatrième indice:

Plus étonnant encore, il existe des écrits réguliers sur la grotte durant le 17 ème siècle, mais plus aucune ligne à son sujet au 18 ème siècle… Le premier retour d’un témoignage littéraire apparaît avec d’Arnaud de Baculard, en 1784, alors que ce dernier n’est jamais venu à Bayonne et parle de suite d’une légende!

Cinquième indice:

Joseph Simonin, professeur d’hydrographie à Bayonne et membre correspondant de l’Académie royale de la Marine à Paris, dresse, en 1728, le relevé bathymétrique suivant de l’embouchure de l’Adour et des côtes d’Anglet:

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Carte de 1728 signalant la position de grotte à la Chambre d’Amour par un point noire devant notre flèche orange

On y trouve l’éperon rocheux de la Chambre d’Amour ainsi que celui du Cap St Martin. La fameuse grotte est située en fond de baie, soit 120 mètres en arrière de sa place actuelle... Si cette indication est correcte, cela place la grotte dans le talus végétalisé sous la piste cyclable Paul Prieto d’aujourd’hui! Le célèbre professeur bayonnais ne peut avoir commis une telle imprécision.

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Position supposée de la première grotte décrite par Pierre de Lancre en 1609 et localisée par J. Simonin en 1728

 

Ainsi, aux vues des constats des ingénieurs du BRGM du 21 ème siècle, des ingénieurs des Ponts et Chaussées de Bayonne du 19 ème siècle, du magistrat Pierre de Lancre du 17 ème siècle, du médecin géologue Jean Thore du 19 ème siècle et de l’ingénieur hydrographe Joseph Simonin du 18 ème siècle, nous avançons l’hypothèse de l’existence d’une première grotte de la Chambre d’Amour, antérieure à celle que nous connaissons aujourd’hui, située à une centaine de mètres plus à l’est, dans le talus de la piste cyclable Paul Prieto!

Sa recherche, sur un terrain encore vierge avec les moyens archéologiques modernes de sondage géophysique, serait facilement envisageable et se présenterait comme un pari audacieux pour faire revivre l’histoire du bourg. Sa redécouverte, si cette théorie se confirme, serait une belle plus-value pour l’attrait touristique de la ville d’Anglet et dynamiserait un quartier en recherche de notoriété comme nous l’a montré l’étude Anglet/Hollywood du printemps 2016. A méditer!

L’équipe SoSLa

Nous présentons ici tous nos remerciements pour l’aide et la patience qu’on sut nous apporter M. Gilles Parent et Mme Sylvie Martin-Guerric (archiviste de la Médiathèque de Bayonne), Mme Annie Gime (archiviste de la Ville d’Anglet), Audrey Farabos, Jacques Battesti et Anaîs Aphaule (Musée Basque de Bayonne), les archivistes des fonds départementaux des villes de Bayonne et de Pau ainsi que Cyril Mallet (chef de projet littoral du BRGM de la Nouvelle Aquitaine).

Si vous possédez vous aussi des manuscrits permettant d’apporter des indices complémentaires à cette étude, où si vous possédez des photos de la grotte antérieures à 1978, merci d’avoir la gentillesse de nous les communiquer par mail à soslittoralangloy@gmail.com, nous ne manquerons pas de vous référencer.

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne« p54

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe ». 1810

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(10) Joseph de Walsh,  » Suite aux lettres vendéennes » Paris 1829.

(11) Prosper de Lagarde, « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz« Paris 1835.

(12) Charles Hennebutte « Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » 1852, Archives Médiathèque de Bayonne.

(12b) Courrier de Bayonne 19, 22 Mai et 16 Octobre 1853, Archive Médiathèque de Bayonne.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(14) Germond de Lavigne,  « Autour de Biarritz : promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays basque« , 1856, Paris.

(15) Comte Roger de Bouillé: « Paléontologie de Biarritz et de quelques autres localités« , Pau, 1876.

(16) Paul Perret, « Le Pays Basque et La Basse Navarre » 1882, Paris.

(17) Carte dont la réalisation était située entre 1680 et 1700 par Raymond Ritter, historien seiziémisme et pyrénéiste français. (1894-1974)

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(19) Hippolyte Adolphe Taine, philosophe et historien français: « Voyage aux Pyrénées« , page 49, Paris, 1860.

(20) Soletco S.A. pour la ville d’Anglet, Archives municipaux de la ville d’Anglet.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850

(23) Pierre de Gorsse: « Biarritz de jadis, plage des rois » 1962.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(28) Jean Laborde, Courrier de Bayonne, 4 Décembre 1956, Archives Médiathèque de Bayonne.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(31) Yves Deler, « Esquisse morphologique de la côte basque française entre l’embouchure de l’Adour et celle de la Bidassoa« , Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 3, fascicule 1, 1932.

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(35) Adolphe Joanne : »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l’Océan a la Méditerranée » Edition Hachette, 1858.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(38) M. Gassan, Service technique de la ville d’Anglet « Journal sur la recherche de la grotte de la Chambre d’Amour« , Novembre 1978.

(39) Archives départementaux de Pau, Sous série 4S185, Ponts et Chaussées de Bayonne.

(40) Construction d’un bassin de stockage, Sable D’or Printemps 2016, échange avec l’entreprise  en charge des travaux.

(41) Félix Morel: »Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(42) Auguste Bouët, le Courrier de Bayonne: « La Chambre d’Amour » Octobre 1853, médiathèque Bayonne.

(43) Germond de Lavigne, l’Artiste, journal de la littérature et de l’art: « L’artiste en Province« , Paris, 1842.

(44) Victor Hugo, En voyage, Alpes et Pyrénées, 1843.

(45) Richard, « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées » 1845.

(46) Auguste Chaho, écrivain et périodiste basque: « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan : itinéraire pittoresque » Deuxième partie, Bayonne, 1855.

(47) Louis de Joantho, « Biarritz illustré » Médiathèque de Bayonne, 1885.

(48) Madame Lamagnière, « Le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs« ,  Bayonne, 1864.

(49) Jakintza, André Lebourleux: « Chiberta: de la Barre à la Chambre d’Amour » N39, 2007.

(50) Guide Conty: »Les pyrénées occidentales et centrales et le sud ouest de la France« , Paris, 1899

(51) H. Bonnardot, « La Chambre d’Amour » L’Echo des jeunes, journal littéraire, 15/02/1894

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(53) Marianne Peter Borie: »Les massifs rocheux du crétacé supérieur du Labourd occidental: processus d’altération et instabilités littorales« , thèse BRGM 2008.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(55) P-J. Lesauvage, pharmacien militaire: « Essai topographique et médical sur Bayonne et ses environs » Paris, 1825.

(56) Alexandre Du Mège: « Statistique générale des départements pyrénéens, ou des provinces de Guienne et de Languedoc » Tome I, Paris, 1828.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725

(58) Jean-Baptiste Bailac:« Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » imprimerie Duhart-Fauvet, Bayonne 1828.

(59) H.-L. Fabre « Lettre Labourdine », 7 ème lettre du 30 juin 1867, Médiathèque Bayonne.

(60) Plan de la commune d’Anglet de 1874 présent aux archives de la ville d’Anglet.

(61) Benoit Pierre: « Pour Don Carlos« , Paris, 1920.

(62) Luis Mariano: « La légende de la Chambre d’Amour« , auteur Francis Blanche, Rolf Marbot, 1 Janvier 1957.

(63) Plan cadastral Napoléonien de 1831, tableau d’assemblage de la ville d’Anglet, archives départementales de Pau.

Le grand retour de la grotte de la Chambre d’Amour! Episode 6/7

LA REDÉCOUVERTE DE LA GROTTE

Durant les années 70, les plages de la Chambre d’Amour connaissent un recul sans précédent causé par les activités de dragage de l’embouchure de l’Adour. L’établissement de bain « L’escale » et sa célèbre piscine sont sinistrés et doivent fermer, impactant l’attrait touristique du front de mer. Pour relancer l’économie du quartier, la municipalité a une idée derrière la tête:

Le 14 Août 1978, suite à une visite de ce qui reste de l’établissement de bain, les services techniques de la ville proposent à Mr le Maire de procéder à la recherche de la fameuse grotte. L’ordre de mission est rapidement accepté par Victor Mendiboure.

Le 26 Septembre, les travaux de sondage commencent à l’aide de l’étude d’Emile V.Telle (4) et du plan cadastré du 28 Septembre 1831! (63) Dans la soirée, l’entrée de la caverne est dégagée, mais le sable effleure encore jusqu’en haut de la voûte.

Le 28 septembre, après le dégagement d’une bonne quantité de sable à l’aide d’un chargeur mécanique sur pneu, des inscriptions anciennes, semble-t-il, font leur apparition: « Camille, H.Lage, Esteve et Dorr ».

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Il s’agit là de la première photo officielle de la grotte de la Chambre d’Amour, réalisée par Mr Harriague le 28 Septembre 1978!

Le 29 Septembre, en milieu de matinée, après avoir libéré la voûte, l’inscription « 1873-J.D-FF-AV » fait son apparition: impensable!

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Et le passé revit! L’inscription « 1873-J.D-FF-AV » gravée au milieu de la voûte il y a 105 ans fait son apparition!

Le 03 Octobre, 500 m3 de sable fin et de marne ont été dégagés des entrailles de la grotte.

Le 05 Octobre, d’autres inscriptions apparaissent après le nettoyage des parois à l’eau sous pression. C’est ainsi qu’un « GUERRIN 1838 » saute aux yeux stupéfaits des employés municipaux!

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Si vous avez l’œil, vous pouvez encore apercevoir le « GUERRIN 1838 » sur la voûte près de l’entrée! 

Le lundi 9 Octobre, c’est un « NAVARRE » qui est mis à jour, probablement inscrit par un visiteur basque espagnol!

La grotte a été dégagée sur 5 mètres en hauteur et maintenant une tranchée de trois mètres de large est creusée pour sonder le sol. Il est constitué de petit grains ronds marins et de nombreux blocs très arrondis et très durs. Dans le fond, la roche apparaît sous 60 centimètres de sédiment. Dans l’axe médian, elle se situe à 2.50 mètres de profondeur et au niveau de l’entrée, on la trouve à près de 4.5 mètres! Le sol véritable de la grotte est donc en pente et se situe à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer au milieu de cavité ! Les blocs de pierre extraits vont servir à la confection d’un mur rustique en demi cercle à l’extérieur, qui marquera le début de l’escalier pour descendre dans la grotte.

Le 17 Octobre, d’autres rochers vont être prélevés au pied du Cap St Martin pour soutenir l’aménagement de l’escalier et du talus.

Le 30 Octobre, un mois après le début des travaux, tous les aménagements ainsi que les espaces verts qui entourent la grotte sont terminés. Ses dimensions officielles sont les suivantes: 31 mètres de profondeur, 20 mètres de largeur et 6 mètres de haut près de l’entrée. Transversalement, elle est demi-circulaire au niveau de l’entrée et en demi-ellipse entre le centre et le fond. Elle est donc très proche de la description faite par Jean Thore en 1806. Aucun doute possible sur cette identité!

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PLAN D IMPLANTATION, SOLETCO JUIN 1979

Après être tombée dans l’oubli pendant 84 ans, la grotte de la Chambre d’Amour, vestige des prémices du tourisme sur la côte basque, est de retour le dimanche 01 Mars 1979, avec l’inauguration de sa redécouverte par Victor Mendiboure. Bravo monsieur le maire!

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Victor Mendiboure à droite en présence de Saubade et Laurens! (Archives Sud-ouest)

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Saubade et Laurens ressortent de la grotte, vivants cette fois-ci: c’est pas mignon! (Archives Sud-ouest)

Ainsi, après un long travail des équipes municipales, la grotte a retrouvé son allure d’antan. Celui là même qui en avait fait sa réputation au temps d’Arnaud de Baculard et de Napoléon 1er. Mais les lieux ont bien changé, le rivage a été rejeté à plus de cent mètres de son seuil,  la côte sauvage a disparu sous la pression immobilière du 20 ème siècle, et la circulation y est devenue dense dès que les premiers rayons de soleil printaniers font leur apparition. De plus, l’entrée de la caverne se situe désormais plusieurs mètres en dessous de la voie publique. Seuls les curieux peuvent l’apercevoir…

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La grotte est en contrebas de la rue. En 1979, son accès se fait par un escalier délimité par des galets trouvés sur place lors de sa redécouverte.

Le 11 Février 1994, un arrêté municipal interdit l’accès à la grotte pour des risques de glissement de terrain. Ce site, faisant partie du patrimoine angloy, est désormais inaccessible au public, un comble!

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Panneau signalant l’interdiction d’entrée devant la grotte.

Le 21 Avril 2016, la ville d’Anglet planche sur la mise en valeur du quartier de la Chambre d’Amour. Une idée proposée par les services municipaux: la pose de grandes lettres blanches façon Hollywood sur le promontoire de la grotte…

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Le projet fou en image (photo sud ouest)

L’enquête, réalisée sur le projet par le journal Sud-ouest, montre que plus de 70% des personnes concernées ont dit non à cette idée, pensant qu’Anglet n’est pas Hollywood et que cela risquerait de dénaturer le site. Le projet a, semble-il, été mis aux oubliettes!

Le 02 Juin 2016, une histoire plus moderne de la légende des deux amoureux est proposée par Phil Cotebask: « La véritable histoire de la Chambre d’Amour à Anglet« . Cette version mérite vraiment votre attention!

Le 7 Novembre 2016, notre association « SoS Littoral Angloy » demande à la ville d’Anglet, au travers d’une enquête publique sur les « Travaux  annuels de conservation et de préservation des falaises d’Anglet« , l’intérêt de maintenir l’arrêté municipal du 11 Février 1994 sur l’interdiction de circuler près ou dans la grotte, sachant qu’un entretien régulier des falaises sera désormais assuré?

Le 12 Décembre 2016, Claude Olive, maire d’Anglet, donne sa réponse en signant un nouvel arrêté interdisant l’entrée de la grotte au public pour risque d’éboulement!

Alors qu’elle était autrefois le rendez vous des filles et des garçons du quartier, qu’elle était un lieu de collation, de convivialité, de théâtre, de concert mais aussi d’intimité, de recueillement ou d’évasion, la grotte de la Chambre d’Amour a progressivement disparu du patrimoine local par la seule force de la nature qui en a bouché l’accès au cours du 19 ème siècle. Sa résurrection, grâce à l’intervention de Victor Mendiboure et des services municipaux pour rendre cette perle aux angloys et aux touristes romantiques, est désormais sous le coup d’un arrêté municipal. Son accès est interdit, ce qui la place partiellement à l’abri du regard. Cette curiosité locale, véritable attrait touristique, manque foncièrement de reconnaissance! Pourtant, elle est à l’origine de la renommée de la côte basque. Une étude sur sa mise en valeur devrait être lancée car elle est l’identité d’un coin de paradis qui fait vivre une partie de l’économie touristique locale. Nous avons une belle idée sur cette question, et nous sommes prêt à partager notre point de vue avec la municipalité pour embellir et promouvoir la grotte.

D’ici là, si personne ne s’en occupe, peut-être que dans quelques siècles, c’est l’océan lui même qui reprendra sa caverne et la légende des amoureux repartira de plus belle puisqu’il est dans la nature humaine que d’avoir un fond de romantisme!

Prochain et dernier épisode:

 SUR LES TRACES DE LA PREMIÈRE GROTTE DE LA CHAMBRE D’AMOUR

L’équipe SosLa

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Le soleil couchant, durant l’été vient dorer l’entrée de la caverne pour mieux contraster ce lieu d’amour et de mystère!

 

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne« p54

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe ». 1810

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(10) Joseph de Walsh,  » Suite aux lettres vendéennes » Paris 1829.

(11) Prosper de Lagarde, « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz« Paris 1835.

(12) Charles Hennebutte « Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » 1852, Archives Médiathèque de Bayonne.

(12b) Courrier de Bayonne 19, 22 Mai et 16 Octobre 1853, Archive Médiathèque de Bayonne.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(14) Germond de Lavigne,  « Autour de Biarritz : promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays basque« , 1856, Paris.

(15) Comte Roger de Bouillé: « Paléontologie de Biarritz et de quelques autres localités« , Pau, 1876.

(16) Paul Perret, « Le Pays Basque et La Basse Navarre » 1882, Paris.

(17) Carte dont la réalisation était située entre 1680 et 1700 par Raymond Ritter, historien seiziémisme et pyrénéiste français. (1894-1974)

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(19) Hippolyte Adolphe Taine, philosophe et historien français: « Voyage aux Pyrénées« , page 49, Paris, 1860.

(20) Soletco S.A. pour la ville d’Anglet, Archives municipaux de la ville d’Anglet.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850

(23) Pierre de Gorsse: « Biarritz de jadis, plage des rois » 1962.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(28) Jean Laborde, Courrier de Bayonne, 4 Décembre 1956, Archives Médiathèque de Bayonne.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(31) Yves Deler, « Esquisse morphologique de la côte basque française entre l’embouchure de l’Adour et celle de la Bidassoa« , Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 3, fascicule 1, 1932.

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(35) Adolphe Joanne : »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l’Océan a la Méditerranée » Edition Hachette, 1858.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(38) M. Gassan, Service technique de la ville d’Anglet « Journal sur la recherche de la grotte de la Chambre d’Amour« , Novembre 1978.

(39) Archives départementaux de Pau, Sous série 4S185, Ponts et Chaussées de Bayonne.

(40) Construction d’un bassin de stockage, Sable D’or Printemps 2016, échange avec l’entreprise  en charge des travaux.

(41) Félix Morel: »Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(42) Auguste Bouët, le Courrier de Bayonne: « La Chambre d’Amour » Octobre 1853, médiathèque Bayonne.

(43) Germond de Lavigne, l’Artiste, journal de la littérature et de l’art: « L’artiste en Province« , Paris, 1842.

(44) Victor Hugo, En voyage, Alpes et Pyrénées, 1843.

(45) Richard, « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées » 1845.

(46) Auguste Chaho, écrivain et périodiste basque: « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan : itinéraire pittoresque » Deuxième partie, Bayonne, 1855.

(47) Louis de Joantho, « Biarritz illustré » Médiathèque de Bayonne, 1885.

(48) Madame Lamagnière, « Le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs« ,  Bayonne, 1864.

(49) Jakintza, André Lebourleux: « Chiberta: de la Barre à la Chambre d’Amour » N39, 2007.

(50) Guide Conty: »Les pyrénées occidentales et centrales et le sud ouest de la France« , Paris, 1899

(51) H. Bonnardot, « La Chambre d’Amour » L’Echo des jeunes, journal littéraire, 15/02/1894

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(53) Marianne Peter Borie: »Les massifs rocheux du crétacé supérieur du Labourd occidental: processus d’altération et instabilités littorales« , thèse BRGM 2008.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(55) P-J. Lesauvage, pharmacien militaire: « Essai topographique et médical sur Bayonne et ses environs » Paris, 1825.

(56) Alexandre Du Mège: « Statistique générale des départements pyrénéens, ou des provinces de Guienne et de Languedoc » Tome I, Paris, 1828.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725

(58) Jean-Baptiste Bailac:« Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » imprimerie Duhart-Fauvet, Bayonne 1828.

(59) H.-L. Fabre « Lettre Labourdine », 7 ème lettre du 30 juin 1867, Médiathèque Bayonne.

(60) Plan de la commune d’Anglet de 1874 présent aux archives de la ville d’Anglet.

(61) Benoit Pierre: « Pour Don Carlos« , Paris, 1920.

(62) Luis Mariano: « La légende de la Chambre d’Amour« , auteur Francis Blanche, Rolf Marbot, 1 Janvier 1957.

(63) Plan cadastral Napoléonien de 1831, tableau d’assemblage de la ville d’Anglet, archives départementales de Pau.

La grotte face à son imparable destin: sa disparition! Episode 5/7

VERS LE DÉPÉRISSEMENT INÉLUCTABLE DE LA GROTTE

Le phénomène d’ensablement qui avait eu raison une première fois de la caverne, finit par reprendre le dessus et l’antre va disparaître une fois pour toutes sous les sables:

En 1867, H.-L. Fabre note dans une de ses Lettres Labourdine qu’ « à la pointe du phare, se cache l’anse derrière laquelle était cette grotte de tendre et fidèle mémoire, qui valut à ce lieu discret et solitaire le nom de la Chambre d’Amour. Le sable refoulé par la mer, qui empiète de plus en plus tous les ans, cache, aujourd’hui aux regards profanes, comme un tombeau sacré, son enceinte où disparurent les deux amants dévoués et semblables… » (59)

En 1875, le plan de la commune d’Anglet, conservé aux archives de la ville, ne signale plus la présence de la grotte.(60)

En 1876, le comte R. de Bouillé fait une petite allusion à la grotte de la Chambre d’Amour dans son recueil qui s’intitule: « Paléontologie de Biarritz et de quelques autres localités« (15, p27-28). Il raconte aussi la mésaventure de la pointe du même nom où le propriétaire, un excentrique, dynamita l’extrémité de l’éperon rocheux pour en extraire des moellons, ce qui explique aujourd’hui son nez cassé! Un chemin fut taillé par la suite dans la roche pour accéder à la baie! L’anse est devenue une carrière à ciel ouvert, d’où l’on entend un tonnerre artificiel dans l’intérêt d’approvisionner les charretiers en pierre et en sable et satisfaire une urbanisation biarrotte en plein expansion…On ne comptera pas moins de trois carrières et plusieurs projets d’extraction industrielle de sable littoral en ce lieu durant cette fin de siècle!

En 1882, Paul Perret, journaliste romancier, écrit au sujet de la grotte dans un guide sur le pays basque: « C’est la curiosité banale de ce coin de pays; il faut s’y prêter, comme tout le monde. Une grotte qui n’est pas une grotte, mais une anfractuosité assez profonde dans un massif de roches, et presque ensevelie par les sables. » (16, page 57-58).

En 1885, un nouveau cap est franchi avec l’inauguration le 07 Juin du premier établissement de bain à la petite Chambre d’Amour. Pour y accéder, une route digne de ce nom est aménagée près du front de mer. Elle passe devant la grotte avant d’enjamber la pointe rocheuse, puis traverse la baie passant à proximité de l’établissement de bain avant de regagner le chemin vicinal par la route des carrières.

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Projet de construction de l’établissement de bain à la petite Chambre d’Amour en 1884.

Toujours en 1885, dans le « Biarritz illustré » de Louis de Joantho, la grotte de la Chambre d’Amour est une nouvelle fois décrite comme un réduit obscur encombré par les sédiments littoraux que la mer vomit. Fort heureusement, la légende donne encore un sens à cette promenade bucolique.(47; p107)

En 1888, le guide P. Joanne sur les Pyrénées, décrit une nouvelle fois le lieu comme une grotte insignifiante…

Le 15 Février 1894, l’Echo des jeunes publie un joli poème de H. Bonnardot qui obtient une médaille de bronze à un concours. A la fin de sa tirade, l’auteur soulève que le sable de la dune a fini par combler l’entrée de la grotte dont il ne reste plus trace.(51)

En 1895, le guide Baedecker du Sud-Ouest, si détaillé, si minutieux et si complet d’après E. V. Telle, ne dit mot sur la grotte d’Anglet.

En 1899, le Guide Conty, qui raconte une ballade pédestre depuis Biarritz jusqu’à l’embouchure de l’Adour, alerte sur le fait que la grotte est ensevelie par les sables. (50, p78)

A partir de cette dernière date, plus aucun guide sur la région ne parlera de la fameuse grotte. Elle disparaît du paysage local dont elle avait fait pourtant la réputation, signant ainsi la fin d’une belle époque.

L’ABSENCE INAPERÇUE DE LA GROTTE

A partir du début du 20 ème siècle, le quartier de la Chambre d’Amour apprend à vivre sans sa grotte et réfléchit à sa reconversion.

En 1894, la Société de Terrains du Golf de Biarritz achète, par acte du 13 Août, les terrains de la baie de la Chambre d’Amour présents autour de l’établissement de bain et comprenant l’éperon rocheux. (61)

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Plan du parcours de golf de Biarritz en 1895 . Le green du trou n°14 se situe juste au dessus de la grotte disparue (source Biarritz Golf Club)

En 1905, l’auberge Bernet, située devant la grotte, est transformée en bar car nombreux sont les charretiers à passer devant, chargés de sable littoral, à la recherche d’un peu de réconfort dans leur dur labeur!

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L’ auberge qui devint la buvette Bernet au début du 20 ème siècle. On distingue quelques charrettes.

En 1906, un projet d’extraction de sable littoral est proposé à l’Etat par Mr Zueras, et ce juste devant la grotte. Le projet prévoit une voie ferrée de 60 cm de large avec wagonnets, pour transporter le sable chargé depuis la plage où siégeaient les baraques de bains. Fort heureusement, le projet sera stoppé mais d’autres personnes tenteront leur chance avec des alternatives toutes aussi effrayantes au sud de la baie! (39) L’emplacement de la grotte est absent des nouvelles cartes des Ponts et Chaussées…

En 1909, les promoteurs immobiliers de Biarritz, en quête d’un nouvel « Eldorado », s’intéressent sérieusement à la Chambre d’Amour. Une convention est signée entre la ville d’Anglet et la Société Centrale des Stations Balnéaires et Thermales de France, pour notamment le développement d’équipements d’accueil balnéaire avec la vente de 33 000 m2 de terrain. (49,page 4) Mais l’arrivée de la guerre de 14-18 marque la fin des voyages touristiques en Europe et l’arrêt de tous les projets de ce genre.

En 1920, le roman de Benoit Pierre qui s’intitule « Pour Don Carlos » rappelle que « la Chambre d’Amour, c’est la plage de Bayonne, entre le phare de Biarritz et la Barre de l’Adour. Une mauvaise plage ou l’on n’a pas intérêt à se baigner à cause des courants et aussi du souvenir. On l’appelle ainsi parce que deux jeunes amants s’y laissèrent, parait-il, surprendre jadis dans une grotte par la marée, et périrent noyés » (61). L’existence de la grotte y est relayée avec dans un passé hypothétique.

Le 02 septembre 1927, l’auteur angloy Amédée Dufourg s’exprime sur la grotte lors de son discours au Capitou de l’Académie Gascoune de Bayonne: « Malheureusement, il y a fort longtemps que la Chambre ne parait plus, remblayée peu à peu par des débris arrivant du haut. C’est fort regrettable et si vous connaissez quelque membre de la municipalité, demandez lui s’il n’est pas possible de mettre la grotte à jour« . (13 p62)

Avec les années folles, les mœurs changent sur la côte basque. Le côté bucolique du quartier de la Chambre d’Amour va faire place à la jeune jet-set européenne venue s’amuser à Biarritz! En 1928, la société immobilière et hôtelière de Biarritz finalise le projet d’avant guerre avec la construction d’un établissement de bain « grand standing » incluant piscine et parking. L’endroit sera remblayé avec les sables des dunes avoisinantes où poussait jadis la vigne. En effet, le terrain à bâtir se situait en contrebas de la route des carrières et nécessitait un terrassement pour le mettre à l’abri des humeurs de l’océan. La buvette de la grotte, quand à elle, va devenir l’hôtel restaurant le « Crampe d’Amou ».

Lors de son passage en 1931, le géologue Yves Deler fait une description géologique éclairée de la côte basque (31, p 29). Il signale que la grotte de la Chambre d’Amour n’existe plus et que la pointe du même nom est devenue une forme littorale morte due au jeu normal de l’ensablement à cet endroit.

En 1942, durant un épisode sombre de notre histoire, un pan du Mur de l’Atlantique s’installe juste au dessus de l’entrée de la cavité disparue, avec la construction d’une tourelle de défense allemande protégeant le flan nord de l’éperon rocheux.

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L’entrée de la grotte fut guetté par une casemate allemande présente juste au dessus. Cette fortification a fait réapparition lors des travaux de confortement de la falaise en 2012

Le 28 Novembre 1956, l’emplacement de la grotte a disparu de la mémoire collective puisque l’assemblée générale du syndicat d’initiative d’Anglet, sous la présidence du docteur Genthile, tente de relocaliser la grotte de la Chambre d’Amour. Mais les avis sont partagés entre les angloys. Certains la localisent au pied de la pointe St Martin, d’autres au niveau de la pointe de la Chambre d’Amour…(28)

Le 01 Janvier 1957, « La légende de la Chambre d’Amour » fait encore rêver les romantiques et devient une chanson de notre célèbre crooner local, le magnifique Luis Mariano!

En 1965, une nouvelle maison est construite juste devant la grotte et à côté de l’hôtel restaurant le « Crampe d’Amou ».

En 1969, Emile V. Telle(4) publie un opuscule de géographie humaine sur la grotte. Il rappelle que Biarritz doit sa renommée grâce à la légende de la caverne, qui était dans les feux de la littérature romantique du 19 ème siècle, bien avant que le goût pour les bains de mer n’arrive à Biarritz, et qui, par conséquent, a contribué à son développement touristique. Il tente de la relocaliser: « La grotte, appelée Chambre d’Amour, …, est pratiquement introuvable, le niveau de la plage s’étant élevé de trois à quatre mètres au cours de deux siècles. On peut la situer néanmoins à une trentaine de mètres, à l’arrière de la borne des Ponts et Chaussées de l’esplanade de la piscine; elle est de plus masquée par des baraques à usage commercial qui ont fini par défigurer un paysage qui faisait autrefois l’émerveillement du promeneur solitaire…Si la caverne dite de la Chambre d’amour est ensevelie, elle a toutefois légué son nom et sa légende à un quartier d’Anglet…. » Il pense aussi que si la grotte est tombée dans l’oubli, c’est avant tout dû à un changement de mode… A la vue de nos recherches, il nous semble plus opportun de concevoir que cet abandon est lié à l’avancée rapide de la terre sur la mer la comblant en moins de 30 ans et dénuant la légende des amoureux de tout sens! Rappelez-vous, l’endroit avait atteint sa renommée internationale à l’époque de l’empire, époque où le visiteur, les pieds dans l’eau, pouvait contempler cette cavité tout en gardant un œil sur l’océan en perpétuelle mouvement. Et maintenant…

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En 1970, son emplacement présumé devient même un refuge aux voitures qui cherchent un peu l’ombre sous la falaise.

En 1974, Renée Cuzacq, célèbre historien local, publie une étude sur la grotte et assure que, « même si elle a disparu sous les sables, l’endroit reste toujours aussi joli et même grandiose avec un nom aussi évocateur. Ses fastes ne cessent de continuer d’arriver jusqu’à nous. » Malgré ce constat très positif, cet homme conquis n’aura pas la chance de connaître l’heureux événement qui se prépare en cette fin de décennie…(21)

Prochain épisode:

« LE GRAND RETOUR DE LA GROTTE DE LA CHAMBRE D’AMOUR« 

L’équipe SoSLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(10) Joseph de Walsh,  » Suite aux lettres vendéennes » Paris 1829.

(11) Prosper de Lagarde, « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz« Paris 1835.

(12) Charles Hennebutte « Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » 1852, Archives Médiathèque de Bayonne.

(12b) Courrier de Bayonne 19, 22 Mai et 16 Octobre 1853, Archive Médiathèque de Bayonne.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(14) Germond de Lavigne,  « Autour de Biarritz : promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays basque« , 1856, Paris.

(15) Comte Roger de Bouillé: « Paléontologie de Biarritz et de quelques autres localités« , Pau, 1876.

(16) Paul Perret, « Le Pays Basque et La Basse Navarre » 1882, Paris.

(17) Carte dont la réalisation était située entre 1680 et 1700 par Raymond Ritter, historien seiziémisme et pyrénéiste français. (1894-1974)

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(23) Pierre de Gorsse: « Biarritz de jadis, plage des rois » 1962.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(28) Jean Laborde, Courrier de Bayonne, 4 Décembre 1956, Archives Médiathèque de Bayonne.

(29) E. Ducéré, 1908: « Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738″ Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908:  » Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits » . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997.

(31) Yves Deler, « Esquisse morphologique de la côte basque française entre l’embouchure de l’Adour et celle de la Bidassoa« , Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 3, fascicule 1, 1932.

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(35) Adolphe Joanne : »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l’Océan a la Méditerranée » Edition Hachette, 1858.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(39) Archives départementaux de Pau, Sous série 4S185, Ponts et Chaussées de Bayonne.

(41) Félix Morel: »Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(42) Auguste Bouët, le Courrier de Bayonne: « La Chambre d’Amour » Octobre 1853, médiathèque Bayonne.

(43) Germond de Lavigne, l’Artiste, journal de la littérature et de l’art: « L’artiste en Province« , Paris, 1842.

(44) Victor Hugo, En voyage, Alpes et Pyrénées, 1843.

(45) Richard, « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées » 1845.

(46) Auguste Chaho, écrivain et périodiste basque: « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan : itinéraire pittoresque » Deuxième partie, Bayonne, 1855.

(47) Louis de Joantho, « Biarritz illustré » Médiathèque de Bayonne, 1885.

(48) Madame Lamagnière, « Le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs« ,  Bayonne, 1864.

(49) Jakintza, André Lebourleux: « Chiberta: de la Barre à la Chambre d’Amour » N39, 2007.

(50) Guide Conty: »Les pyrénées occidentales et centrales et le sud ouest de la France« , Paris, 1899.

(51) H. Bonnardot, « La Chambre d’Amour » L’Echo des jeunes, journal littéraire, 15/02/1894

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(55) P-J. Lesauvage, pharmacien militaire: « Essai topographique et médical sur Bayonne et ses environs » Paris, 1825.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725.

(58) Jean-Baptiste Bailac:« Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » imprimerie Duhart-Fauvet, Bayonne 1828.

(59) H.-L. Fabre « Lettre Labourdine », 7 ème lettre du 30 juin 1867, Médiathèque Bayonne.

(60) Plan de la commune d’Anglet de 1874 présent aux archives de la ville d’Anglet.

(61) Benoit Pierre: « Pour Don Carlos« , Paris, 1920.

(62) Luis Mariano: « La légende de la Chambre d’Amour« , auteur Francis Blanche, Rolf Marbot, 1 Janvier 1957.

(63) Plan cadastral Napoléonien de 1831, tableau d’assemblage de la ville d’Anglet, archives départementales de Pau.

Vers une lente asphyxie de la grotte de la Chambre d’Amour…Episode 4/7

LA LENTE ASPHYXIE DE LA GROTTE

Après la chute de l’Empire, le tourisme côtier va poursuivre son essor. Parallèlement, l’attrait de la grotte va décliner face aux assauts des éléments naturels:

Vers 1815, P-J. Lesauvage, pharmacien aide major à l’hôpital militaire de Bayonne, témoigne dans un ouvrage peu connu de l’état de la grotte (55): « A l’extrémité d’Anglet, sur le bord de la mer, on voit la Chambre d’Amour, laquelle n’est autre qu’une roche qui offre une vaste cavité au niveau de la mer et qui est baignée par les flots dans les grandes marées….» . Ainsi nous apprenons que la grotte n’est plus atteinte que par les grandes marées alors que 9 ans auparavant, elle est quasiment immergée en permanence!

Dans le livre « Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » écrit par le Bayonnais Jean-Baptiste Bailac, l’auteur signale à la page 440 que la grotte de la Chambre d’Amour en 1820 est à demi-comblée …(58)

En 1822, Wilhelm von Ludemann, écrivain allemand mais aussi ethnographe, vient en voyage au pays basque! Quatre ans plus tard, il sort un livre qui s’intitule « Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » , dans lequel il écrit une nouvelle version de la légende, en choisissant des prénoms différents . Point important, il signale que l’événement sur lequel s’appuie la légende remonterait à la fin du 17 ème siècle…comme Etienne de Jouy cinq ans plus tôt. (34 page 54; 4 page 27)

En 1828, la duchesse de Berry, Marie-Caroline de Naples, est en pèlerinage royaliste dans le sud-ouest de la France. Elle fait un arrêt bucolique un soir d’été à la Chambre d’Amour avec sa cour. Pour l’occasion, la lune est de sortie et l’accompagne jusqu’à la mer dans une chevauchée incertaine. A son arrivée, le vicomte Walsh, journaliste et romancier raconte dans « Suite aux lettres vendéennes » (10 p447): « Enfin, on arriva à la Chambre d’Amour…O surprise, ô désappointement! Un tas énorme de sable amoncelé par les vagues avait tellement encombré la grotte, qu’il restait à peine à découvert quelques pouces de la voûte; mais cela n’arrêta pas la princesse; elle voulut voir le peu qu’il existait encore; précédée par des torches que portaient des habitants de ces bords, elle gravît gaiement la montée pénible….Arrivée en haut, elle repris haleine un moment et daigna adresser à ceux qui l’avait suivie quelques questions sur l’état antérieur de la grotte et sur les causes de son état actuel. La princesse, toujours aimable, malgré son désappointement, se replaça sur son cacolet et la caravane se remit en route » J. Thore n’avait pas tort! Les sables, venus du nord, étaient en passe de doubler la pointe de la Chambre d’Amour et par la même occasion, finissaient d’obstruer l’entrée de la grotte qui faisait encore 5 à 6 mètres de haut 20 ans plus tôt! Le phénomène d’ensablement était si marqué qu’il commençait à étouffer la légende. C’était les prémices de son déclin.

Le cadastre Napoléonien, réalisé en Septembre 1831, situe l’emplacement de la grotte. Une précision qui prendra toute son importance 150 ans plus tard…

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La grotte de la Chambre d’Amour signalée en pointillée sur le plan cadastral Napoléonien de 1831

Le 20 Juillet 1834, un obscur littérateur, Prosper de Lagarde, constate à son tour l’ensablement du seuil de la grotte. Il retranscrit son étape dans « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz » (11, p81),  sorti à Paris en 1835: « Après les rochers et les bains de Biarritz, j’avais encore à voir la Chambre ou Grotte d’Amour. C’est une grotte située au bord de la mer, dans un enfoncement de rochers, à quelques distances de ce village. On donne à cette dénomination de grotte d’Amour, l’origine suivante… » C’est alors que l’auteur livre sa version de la légende des amoureux, avant de reprendre un peu plus loin: « Quoiqu’il en soit de l’authenticité de cette histoire, toujours est-il que la Grotte d’Amour, quoique beaucoup moins digne d’attention que Biarritz, figure au nombre des curiosités de l’endroit. Je résolus donc de ne pas partir sans lui avoir payé mon tribut… » Pour la première fois, Biarritz semble voler la vedette à Anglet et à sa grotte. Les centres d’intérêt des touristes seraient-ils en train de changer? L’auteur reprend: « Après avoir laissé sur notre gauche un très beau phare de construction récente, auquel même on travaillait encore, nous arrivâmes à un petit hameau misérable nommé Bourdeille (voir photo cadastre Napoléonien). Là, trois ou quatre petits polissons prenaient leurs ébats. Catherine en appelle un, et lui dit de me conduire à la grotte d’Amour. Me voilà donc avec mon guide chevauchant dans le sable, comme tout à l’heure Glorieux (nom du cacolet), et ; comme lui, y entrant jusqu’aux genoux. Enfin nous arrivons devant un immense rocher, au bas duquel j’aperçois une ouverture d’un pied de hauteur sur trente ou quarante de longueur. Mon guide s’arrête et me montre du doigt cette ouverture:  Eh bien! lui dis-je, en regardant de tous les côtés, où est donc la Grotte d’Amour?_ La voilà! _Comment çà, la voilà, on y entre donc pas, dans cette grotte?_ Si fait, on y entre monsieur. _Mais Comment? _ En se couchant à plat ventre et en y descendant à reculons sur le sable. Oh! une fois que vous y serez, vous pourrez vous y tenir debout, vous y serez fort à votre aise. De temps en temps, on déblaie l’entrée pour la faciliter aux voyageurs; mais la mer y ramène toujours une quantité de sable et, au bout de peu de temps, c’est comme vous voyez. En effet, la mer s’avançait à cent pas de nous, terrible et furieuse; je ne vous mens pas: c’était justement une marée pleine lune, le dimanche 20 juillet; voyez l’almanach… »  L’enfant révèle que l’entrée de la grotte demande un entretien fréquent de désensablement pour en améliorer l’accès au gens de passage, mais en vain. « _Oh monsieur, soyez tranquille. La mer ne vient jamais jusqu’à la grotte: elle reste à plus de cinquante pas, même dans les plus fortes marées comme celle-ci. _ Mais tu viens de me dire que la mer y ramenait toujours des sables qui en bouchent l’entrée? _La mer les amène sur la plage, mais c’est le vent qui les porte jusqu’ici… » C’est alors qu’on réalise que la mer a abandonné la caverne car même les plus hautes marées ne l’atteignent plus.

L’auteur se lance: « Je pris donc mon parti et me décidais à pénétrer dans la grotte…_Allons, monsieur, mettez-vous à plat ventre, tout de votre long, les pieds vers la grotte, et ramper, comme moi, à reculons; et surtout, ne levez pas la tête, car vous la casseriez sur le rocher. Je m’exécutais de bonne grâce, après m’être bien assuré que la plage était déserte, et que personne ne pouvait me voir faire ma génuflexion. Nous descendîmes ainsi d’une douzaine de pieds en nous débattant dans ce sable, après quoi, nous pûmes mettre pied à terre et nous tenir debout….Après avoir erré quelques temps à tâtons dans cette caverne qui m’a paru avoir une forme à peu près circulaire, cinquante à soixante pied de diamètre, sur douze à quinze pieds de hauteur, comme il était avéré que j’avais bien vu la grotte de la Chambre d’Amour, je pensais à la retraite. Nous sortîmes aussi agréablement que nous étions rentrés… » Les dimensions de la grotte relevées par P. de Lagarde sont précieuses. Après conversion, on obtient un diamètre de 16.50 à 19.80 mètres pour une hauteur de 4 à 5 mètres. On a donc le sentiment que le sol s’est élevé au fil du temps!

En 1836, Félix Morel fait le même constat que Prosper de Lagarde dans le guide régional « Bayonne, vues historiques et descriptives » (41, page 417) et rajoute: « La Chambre d’Amour est aujourd’hui dépouillée de son attrait de terreur et de mystère; solitaire et abandonnée, elle n’est plus témoin que des amours 100 fois renouvelés des goélands et des éperviers qui planent et qui s’ébattent incessamment sur cette côte. Tous les vieux souvenirs que recommandaient une chapelle, une roche, un ermitage, ou un tombeau sont éteints ou déflorés et il faut au chroniqueur ou au romancier de longues études pour raviver ces couleurs et donner quelque prix à un récit des temps passés» Il confirme que la grotte est en train de disparaître sous les sables et avec elle, la flamme de sa légende. Il rappelle qu’elle fait l’objet d’un constant désensablement de son entrée pour permettre aux visiteurs de s’y introduire.

En 1842, G. de Lavigne rapporte dans l’ «Artiste en province», journal de la littérature et des beaux arts, que ce lieu de rendez-vous des amoureux existe toujours, que l’entrée de la grotte est à demi comblée, que la voûte est couverte de noms et de dates et qu’elle perd encore de son charme avec l’installation ressente de deux auberges près de la « tombe de Saubade et Laurens… » (43 p 201)

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Des noms, des dates et des codes gravés à plusieurs mètres de haut témoignent encore de ce passé romantique où la voûte était, durant un temps, à portée de main.

En 1843, Victor Hugo entreprend une escapade amoureuse dans les Pyrénées avec Juliette Drouet (23). De passage à Biarritz le 27 Juillet, il est subjugué par ce village blanc aux toits roux et aux volets verts. Il en parle dans des œuvres inédites: «En voyage, Alpes et Pyrénées » (44 page 54). Il décrit la présence de grottes « où l’eau filtre goutte à goutte, et pleure en longue perles depuis la voûte » et « des chambres sur les rivages avoisinant » du dit village, mais sans préciser si la fameuse caverne en fait partie. Manquait-il de temps pour aller lui rendre visite ou bien trouvait-il que la grotte avait tout simplement perdu son statut légendaire?

En 1845, le « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées» , édité par Richard parle d’une grotte de 13 mètres de diamètre.(44 page 594) Or, en 1806, J. Thore relève un diamètre situé entre 21 et 24 mètres. Ainsi, on constate une nouvelle fois que celle-ci s’ensable.

En Juin 1847, le naturalise M. de Quatrefages vient parcourir la baie de Biscaye et commence son étude par la côte angloye. Voici l’analyse qu’il dresse sur la grotte de la Chambre d’Amour dans la Revue des deux mondes: «depuis quelques années, sous le choc répété des vagues, une portion de la falaise s’est écroulée, des sables venus du large ont recouvert ces débris et obstrué l’entrée de la grotte… Aujourd’hui, le voyageur surpris par la marée et enfermé dans la Chambre d’Amour en serait quitte pour être pendant quelques heures en plein air; tout au plus, si la mer était grosse, serait-il forcé de chercher un refuge au sommet du monticule qui recouvre le tombeau des deux amants» (22) L’auteur explique aussi que le sable fin, emportés par le vent, s’accumule contre les falaises.

LE DEUXIÈME SOUFFLE POUR LA GROTTE

Pierre Lafargue révèle qu’en 1850, la municipalité a alloué une somme d’argent pour procéder à l’ouverture de la grotte et à son entretien pendant les dix années suivantes, dans le but d’éviter qu’elle ne disparaisse pour toujours. (13; p18 et 179).

En 1852, »Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » publié par C. Hennebutte, confirme l’intervention de la ville d’Anglet pour sauver la caverne: « La grotte a été longtemps comblée et que l’on s’occupe de la déblayer« .(12)  Ainsi la légende revit, mais pour combien de temps?

En 1853, le Courrier de Bayonne publie plusieurs articles sur la Chambre d’Amour:

Celui de E. Lamégnère, daté du 22 Mai, fait une analyse historique des lieux avec une grotte encore obstruée: « La chambre d’Amour était une grotte de la commune d’Anglet qui a longtemps joui d’une grande renommée dans le pays. On s’y rendait en pèlerinage le dimanche, de Bayonne et de Biarritz, comme d’Avignon on se rend à Vaucluse. Les parois en étaient couvertes intérieurement de noms, de devises et de chiffres amoureux. L’événement fort ancien qui s’y rattache et que raconte cette légende a été également célébré en prose par de Jouy, en vers par quatre poètes, français, espagnol, anglais et allemand Népomucène Lemercier, Iriarte, Southey, ou Bürger… Quant à la grotte, jadis, si célèbre, nul n’en parle plus de nos jours. Tous les pèlerinages élégiaques ont cessé depuis plus de trente ans. Les sables ont comblé l’asile des amours fugitifs; tous ces noms d’heureux inconnus, tous ces chiffres entrelacés, toutes ces devises palpitantes ont disparu sous l’avalanche aréneuse et la Chambre d’Amour n’est plus, pour les populations gasconnes et basques du littoral, qu’un souvenir lointain que le temps oublieux efface chaque jour de son aile.« (12b)

Un autre article, du 16 Octobre, d’Auguste Bouët, raconte une nouvelle légende, celle de Mérilla et Saubad. Il termine ses lignes en rappelant la situation de la grotte: « Bien qu’elle soit aujourd’hui presque entièrement obstruée par les sables, elle n’en attire pas moins encore les visites des curieux voyageurs, et plus d’une fois elle éveilla leur verve et leurs sympathiques souvenirs.« (42)

Pierre Lafargue déclare dans ses recherches en 1853: « Suite à son dégagement, la grotte de la Chambre d’Amour n’avait jamais été plus attrayante« . (13 p18)

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Dessin de Henry Charles Landrin de 1854 montrant l’entrée de la grotte récemment déblayée de ses sables par la municipalité.

En 1854, Napoléon III, probablement dans l’esprit d’un pèlerinage familial, fit construire une grande villa face à la mer au pied du cap St Martin, du côté de Biarritz. Sa femme, Eugénie de Montijo, y passa les quatorze années suivantes, de juillet à octobre, avec sa cour. Cette côte, qu’elle avait découverte dès l’age de 9 ans, lors de ses allez-venues entre Madrid et Paris, l’avait conquise. Une fois devenue impératrice, sa contribution pour le quartier de la Chambre d’Amour fut sans appel: construction d’une chapelle, financement d’une forêt de pins dans la lande littorale, soutien à Notre Dame du Refuge… Bien que nous n’ayons trouvé aucun texte attestant de sa visite à la grotte, il est dit qu’elle était reconnue de tous comme une aventurière romantique et qu’elle avait été séduite par la grotte et sa légende.

En 1855, A. Chaho, écrivain et périodiste basque, rappelle dans son ouvrage « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan » combien la terre gagne sur la mer à la Chambre d’Amour et prend la caverne comme repère pour signaler que le dénouement de la légende aurait été bien différent à son époque! (46)

En 1856, A. Germond de Lavigne signale, dans le guide: « Autour de Biarritz: promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays Basque« , que l’on peut entrer dans la grotte en se courbant mais qu’elle est loin des dimensions qui en ont fait sa réputation. (14, page 67-68)

Le 10 Août 1858, Adolphe Joanne publie ses fameux guides touristiques, dont un numéro sur le sud-ouest de la France: »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées« . Il n’est pas très enchanté par le coin et décrit les lieux tels quels: « La Chambre d’Amour, grotte insignifiante, à demi-fermée par les sables, est située dans une anse profonde, au pied d’une falaise escarpée« (35)

Les bains de mer qui continuent de recevoir l’approbation du corps médical, poursuivent leur développent à Anglet. Après les deux guinguettes implantées près de la grotte, voici quatre baraques de bain en bois en contre bas du chemin de la plage, représentées sur un document des Ponts et Chaussées de 1861.

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La Chambre d’Amour en 1861, avec sa grotte, sa pointe « entière », ses baraques de bains, sa végétation et ses grandes marées (en bleu et rouges)

En 1864, le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs, précise qu’il est difficile de pénétrer dans la grotte remplie de sable.(48, p15)

En 1865, Bismarck, ministre-président de Prusse, vient à Biarritz pour échanger avec Napoléon III sur l’avenir de l’Europe. Il décrit dans ses mémoires quelques unes de ses excursions, que P. de Gorsse recueillit dans une plaquette (23 page 18). La phrase suivante touche notre étude: « A un quart de lieu de Biarritz, il y a une étroite fissure dans les rochers de bord de la mer, gazonnée, buissonneuse, ombragée, invisible à tous les regards…. »  Que pouvait-il bien y faire???

Prochain épisode:  La grotte face a son imparable destin: sa disparition!

L’équipe SoSLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(10) Joseph de Walsh,  » Suite aux lettres vendéennes » Paris 1829.

(11) Prosper de Lagarde, « Voyage dans le pays basque et aux bains de Biarritz« Paris 1835.

(12) Charles Hennebutte « Le guide du voyageur, de Bayonne à Saint Sébastien » 1852, Archives Médiathèque de Bayonne.

(12b) Courrier de Bayonne 19, 22 Mai et 16 Octobre 1853, Archive Médiathèque de Bayonne.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(14) Germond de Lavigne,  « Autour de Biarritz : promenades à Bayonne, à la frontière et dans le Pays basque« , 1856, Paris.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(23) Pierre de Gorsse: « Biarritz de jadis, plage des rois » 1962.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(35) Adolphe Joanne : »Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l’Océan a la Méditerranée » Edition Hachette, 1858.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(41) Félix Morel: »Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(42) Auguste Bouët, le Courrier de Bayonne: « La Chambre d’Amour » Octobre 1853, médiathèque Bayonne.

(43) Germond de Lavigne, l’Artiste, journal de la littérature et de l’art: « L’artiste en Province« , Paris, 1842.

(44) Victor Hugo, En voyage, Alpes et Pyrénées, 1843.

(45) Richard, « Guide pittoresque et artistique du Voyageur, du géologue et de l’homme du monde aux Pyrénées » 1845.

(46) Auguste Chaho, écrivain et périodiste basque: « Biarritz, entre les Pyrénées et l’Océan : itinéraire pittoresque » Deuxième partie, Bayonne, 1855.

(48) Madame Lamagnière, « Le Guide de l’étranger pour Bayonne et ses environs« ,  Bayonne, 1864.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(55) P-J. Lesauvage, pharmacien militaire: « Essai topographique et médical sur Bayonne et ses environs » Paris, 1825.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725.

(58) Jean-Baptiste Bailac:« Nouvelle chronique de la Ville de Bayonne » imprimerie Duhart-Fauvet, Bayonne 1828.

 

 

Des premiers relevés scientifiques de la grotte de la Chambre d’Amour à la venue de Napoléon 1er! Episode 3/7

Les premiers relevés scientifiques de la grotte de la Chambre d’Amour:

La médiatisation de la grotte à travers la littérature française va attirer l’attention de plusieurs scientifiques:

Le naturaliste A. de Quatrefages livre dans « La Revue des deux Mondes » de 1847, les notes de son instructeur, le géologue émérite Alexandre Brongniart, venu travailler à Bayonne en 1794: « Le voyage de Bayonne à Biarritz se faisait à cette époque en cacolet avec un guide suivant les sentiers sablonneux ou trotter était impossible et, bien des fois, le touriste et sa cacoletière se reposaient dans les grottes de la Chambre d’Amour » . Il reprend: « la mer était partout très basse; à la marée haute, les flots battaient en tous sens les murailles à pic de la baie et envahissaient parfois une grotte percée dans le fond. Cette grotte, raconte la légende, servait de rendez-vous à deux amants… » (22)

En 1798, c’est Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, également naturaliste et géographe, qui vient à Bayonne pour rendre visite à la fameuse grotte décrite par Arnaud de Baculard. Il raconte dans son recueil qui s’intitule «Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire » son expérience des lieux: «Entre toutes les grottes de ces lieux, la Chambre d’Amour est la plus célèbre. On a soin d’y conduire les voyageurs. Ils y chercheraient en vain les Néréides et les Tritons: ce ne sont pas des divinités marines qui viennent s’y entretenir de leurs flammes, ce sont tout simplement les jeunes filles et les garçons du pays qui s’y donnent des rendez-vous. Cette Chambre est très remarquable par ses dimensions, mais ne serait pas plus remarquable que ses voisines, sans une histoire qu’on a bien soin de vous raconter…» (6, page 54)

En 1804, le jeune pyrénéiste V. de Chausenque fait plusieurs promenades à la Chambre d’Amour et dans la grotte durant ses fonctions d’officier de l’armée. (27, page 8 et 9)

En 1806, Jean Thore,  médecin et botaniste français, s’intéresse de près à la nature géologique des sols du sud-ouest de la France et à ses rapports avec la santé humaine. Il profite de sa venue pour faire une description géologique de la grotte qu’il transcrira dans son livre: « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe » sorti en 1810. (7)  Il écrit: « Rendu au port d’Anglet, situé entre l’embouchure de l’Adour et la Chambre d’Amour, il ne manquera pas, si la basse mer le lui permet, d’aller rendre hommage à cette grotte si renommée, et qui a reçu ce nom, dit une vielle tradition, de la fin fatale de deux amants qui s’y étaient retirés pour se soustraire aux yeux profanes, y rêver tranquillement à leurs amours, mais qui, enivrés de plaisir, ne songèrent pas à se précautionner contre la marée montante» (p284) ….. « A cet événement près, la grotte de la Chambre d’Amour n’a rien de curieux. Sa forme représente un demi cercle grossièrement tracé, de 36 à 40 pas de diamètre, l’ouverture est tournée vers l’ouest et sa plus grande hauteur, à l’entrée est de 5 à 6 mètres. Cette hauteur diminue graduellement jusqu’au fond de la grotte, où la voûte touche le sol; il y filtre continuellement de l’eau, et la surface de la voûte est tapissée d’une espèce de pâte que nous considérons comme de la matière des stalactites, qui n’a pas perdu encore toute son eau. Tout autour, et à toutes les hauteurs, même au niveau du sol, on distingue une foule innombrable de noms de diverses personnes. On en voit, là même ou il est impossible de pénétrer aujourd’hui, ce qui fortifie notre opinion, que le sol s’est exhaussé. Aucune date n’est très ancienne…. » Cette dernière phrase nous indique que les inscriptions doivent provenir du milieu voire de la fin du 18 ème siècle. Est-ce le temps qui aurait effacé les anciennes dates, ou bien est-ce la grotte qui aurait été autrefois inaccessible?

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Carte BRGM de 2006 montrant la frontière géologique entre les sables dunaires (en jaune) et la côte rocheuse (rouge clair).

« La voûte est formée d’un seul bloc de roche calcaire, ou se font remarquer quelques nummulites… La grotte s’encombre peu à peu de sables et la basse mer en permet aujourd’hui l’entrée, pendant les 3/4 de l’année. Voilà pourquoi elle sert de retraite aux pasteurs et aux troupeaux, quand ils sont surpris par le mauvais temps.» (7 p287-292) Au vu des mesures relevées par le géologue sur la grotte, les dimensions sont de 21 à 24 mètres de diamètre et de 5 à 6 mètres de hauteur. Ces dimensions sont proches de celles rapportées par d’Arnaud de Baculard, 22 ans plutôt!

Puis, J. Thore finit par anticiper l’avenir de cette grotte au vu des éléments qu’il relève sur le terrain:  « La Chambre d’Amour, si basse, et presque totalement abandonnée par la mer aujourd’hui formait, il n’y a peut être pas trois siècles, une vaste et haute caverne, toujours baignée des eaux de l’océan, qui ne la visitent aujourd’hui qu’à l’époque des hautes marées, s’en éloigne par conséquent peu à peu, en déposant, dans son intérieur et aux environ, les sables qu’il vomit…La Chambre d’Amour disparaîtra entièrement » (7 p290). Fichtre,  le scientifique avait vu juste! Ses constats sur l’évolution de l’ensablement de la grotte vont se confirmer rapidement car la dérive littorale, venant du nord, va continuer pendant plusieurs décennies à apporter son lot de sable excédentaire et la pointe rocheuse va progressivement devenir une falaise « morte », c’est à dire, une falaise abandonnée par la mer! (voir carte précédente du BRGM)

L’Empire à la Chambre d’Amour:

 A partir du 19 ème siècle, la cour Napoléonienne va être aimantée par le pôle positif de la Chambre d’Amour, grâce à un vent des plus romantiques de notre histoire:

En 1806, Laure Junot, issue par sa mère d’une branche déchue des empereurs byzantins, marque son passage à la grotte en poétisant à son tour la légende dans « Mémoires de la duchesse d’Abrantès» (ouvrage publié en 1835 ). L’allée Paul Prieto correspondant à la piste cyclable qui passe tout près de la grotte portait encore le nom de Laure d’Abrantès, il y a 30 ans…(36)

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Macaron représentant l’entrée de la grotte, lieu de pèlerinage romantique réputé du 19 ème siècle

En 1807, c’est au tour d’Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, belle fille de Napoléon 1er, et future mère de Napoléon III, de venir à Bayonne. Probablement attirée par les récits d’Arnaud de Baculard, elle dira dans ses mémoires publiées plus tard par le prince Napoléon: « Je fus voir Biarritz et la grotte d’Amour » en  cacolet, s’il vous plait! (21)

En 1808, c’est au tour de l’impératrice Joséphine, femme de l’empereur Napoléon 1er, de visiter la grotte et se faire conter la légende devant l’entrée par un vieux paysan (29b, p51 et 29c, p 171). Elle reviendra un mois plus tard avec Bonaparte, qui profitera probablement de l’occasion pour jeter un œil à cette curiosité locale dans un instant de romantisme avec sa douce…Cet endroit lui tenait à cœur, il y reviendra une dernière fois la veille de son départ depuis le château de Marracq(8). C’est dire la beauté du site et sa valeur inestimable à une lieue et demie des portes de Bayonne. Napoléon 1er restera le visiteur le plus illustre que la Chambre d’Amour ait jamais reçu. Son passage répété aura une incidence sur ses descendants, qui en feront un lieu de villégiature qui contribuera à l’explosion du village de pêcheur de Biarritz comme station balnéaire de premier ordre.

En juillet de la même année, le Mercure de France publie la légende, contée par N. Lemercier, proche de Napoléon mais surtout poète et dramaturge français. Son poème, plutôt « mythologique », est une première dans ce style. (8b, page 97)

Mademoiselle d’Avrillon, première femme de chambre de l’impératrice Josephine, raconte dans son mémoire, son émoi devant la grotte lors de sa venue avec la cour (8c, p 384): « Nous visitâmes la Grotte-d’Amour, qui tire son nom d’un malheur arrivé à deux amants…Je passai une journée dans ce lieu enchanteur et je ne crois pas avoir éprouvé dans ma vie des sensations plus vives et plus délicieuses… »

En 1817, peu de temps après la chute de Napoléon 1er, Etienne de Jouy, membre de l’Académie Française, signe la plus belle version des deux amoureux disparus de la grotte, version qui reste encore aujourd’hui la version officielle de la légende. Vous la retrouverez dans  « L’Hermite en province » (9 page 119). A cette occasion, il situe l’accident vers la fin du 17 ème siècle.

Avec l’Empire, le charme de la Chambre d’Amour va gagner toutes les cours européennes. Cet engouement va inciter plusieurs écrivains étrangers à faire le voyage pour découvrir ces lieux et écrire sur sa légende, en prose ou en vers, en anglais ou en espagnol. Elle va accéder ainsi à une renommée internationale!

Prochain épisode: « Vers une lente asphyxie de la grotte de la Chambre d’Amour! »

L’équipe SosLa

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Saubade et Laurens, les vrais héros de cette légende qui perdurent encore aujourd’hui (Dessin extrait du livre d’E. de Jouie)

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54.

(7) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe », 1810.

(8b) Népomucène Lemercier, « Mercure de France » 33 ème tome, Paris, 1808.

(8c) Mademoiselle Avrillion, « Memoires de Mademoiselle Avrillion, premiere femme de Chambre de l’impératrice« Tome I, Paris, 1833.

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(8) Edouard Ducéré: « Les journées de Napoléon à Bayonne » Bayonne 1908. page 51 et 69

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(22) Armand de Quatrefages, Souvenir d’un naturaliste, « La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs » Janvier 1850.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(27) Henri Beraldi, « 100 ans aux Pyrénées » 1899.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(29b) E. Ducéré, 1908: « Les journées de Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits« . page 39; 51; 68.

(29c) E. Ducéré, 1904: « L’impératrice en cacolet » SSALB, page 171.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(36) SOLETCO S.A., Etude Géotechnique, « Falaise du VVF« , Anglet, 4 Juillet 1984, Archives Municipaux de la Ville d’Anglet.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725

La grotte de la Chambre d’Amour, à Anglet, est-elle bien celle que l’on croit connaitre? Episode 2/7

II- Des origines du terme « Chambre d’Amour » aux prémices d’une légende!

L’ORIGINE DU TERME « CHAMBRE D’AMOUR »

Les premiers termes retrouvés sur des documents bayonnais pour nommer ce coin d’Anglet datent de 1150, de 1198 (33; 54 page 48), ou encore de 1392 (13). Ils se présentent sous différentes orthographes: Igasc, Ygasc ou Higasc. Il s’agirait d’un terme occitan, d’origine pré-celtique signifiant ravin, falaise, bas fond ou encore basse terre humide. Hector Iglesias, professeur en langue basque, raconte qu’en 1307, l’endroit était aussi appelé « Roque d’Igasc »(18), ce qui signifie clairement pour l’agrégé d’histoire P. Hourmat: « Rochers du littoral ».(37)

Le terme « Chambre d’Amour » fait son entrée beaucoup plus tard, en 1612, avec le récit de Pierre de Lancre, conseiller au parlement de Bordeaux en voyage à Bayonne (2), mais il est fort probable que cette dénomination existait déjà à la fin du 16 ème siècle. En effet, ce magistrat ne fait que reprendre le terme à son avantage pour localiser ce coin de côte lors d’un épisode célèbre de chasse aux sorcières de 1609: « Elles sont là…caquetant et devisant le plus souvent de ce qu’elles ont veu la nuit précédente, et du plaisir qu’elles ont pris au Sabbat, aspreté et hauteur de ces montagnes, l’obscurité de ses antres qui s’y rencontrent, les cavernes, grottes et autres chambres d’amour qui se trouvent le long de cette coste de mer. Mer laquelle de son escume jadis engendra Venus: Venus qui renaist si souvent parmy ces gens maritimes, par la seule veüe du sperme de la baleine qu’ils prennent chaque année, d’où on dict aussi que Vénus a prins sa naissance: ce meslange de grandes filles et de percheurs qu’on voit à la coste d’Anglet en mandille, et tout nuds au dessous, se pesle-meslant dans les ondes, fait que l’Amour les tient à l’attache, les prend par le filet, les convie de pescher dans cette eau trouble, et leur donne autant de désir qu’elles ont de liberté et de commodité, s’étant mouillées partout, de s’aller seicher dans la Chambre d’Amour voisine, que Venus semble avoir planté pour cette seule occasion tout exprès sur le bord de la mer ». Ces notes, bien qu’elles soient sinistres et grotesques, vont probablement éveiller la curiosité de ceux qui seront amenés à les lire ou les entendre. De ce fait relaté, on comprend que la grotte est déjà accessible et se situe tout près d’un petit port de pêche angloy aujourd’hui disparu.

Le 20 Septembre 1611, c’est Antoine II, comte de Gramont, souverain de Bidache, gouverneur de Bayonne et de ses environs, qui conduit le prince de Condé, Henri II de Bourbon, à la Chambre d’Amour pour y faire une « belle collation ». Il  profitera de cette escapade pour lui montrer l’état inquiétant de l’embouchure de l’Adour, récemment détournée à Boucau neuf et qui méritait déjà de grands travaux onéreux (3).

Le 25 Mai 1621, le Maréchal de Bassompierre, de passage à Bayonne, profite de l’occasion pour aller voir, après dîner, la grotte d’amour et pêcher.(25, page 25)

En 1673, après avoir visité la plage de Biarritz, les échevins conduiront le comte de Molina à la grotte appelée « Chambre d’Amour ». (26, page 248)

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 La « Chambre d’Amour » est nommée pour la première fois sur cette carte pré-Belin réalisée entre 1680 et 1700 (17). Elle est située entre la Barre de l’Adour et le Cap Jette Chien qui deviendra plus tard la pointe de la Chambre d’Amour.   

Le 04 Janvier 1701, le jeune roi d’Espagne, Philippe V, se fait conduire en balade à cheval à la grotte, avec son frère et sa suite. (24 page 366) Voici la petite description qu’il en fait: «C’est une espèce de gouffre sous les rochers creusés par les flots». (32; page 6)

En 1706, la reine douairière d’Espagne, vient pour un long exil à Bayonne. Dès le mois de novembre, elle commence ses excursions pour découvrir les alentours et se rend à la Chambre d’Amour avec son cortège de cinq carrosses. Le site, suffisamment sauvage, inquiète la « Camarera mayor » qui demande à la reine de retourner à Bayonne sans voir la grotte…(29) Mais cette dernière, d’après Edouard Ducéré, revint souvent sur ces lieux. Ce nouvel épisode démontre le caractère attractif que suscitait déjà la caverne en ces temps anciens, notamment avec la noblesse de passage. Mais pour l’instant aucun écho de légende…

En 1728, Joseph Simonin, célèbre ingénieur hydrographe de Bayonne travaillant pour la marine royale, note pour la première fois sur une carte l’emplacement exacte de la grotte!

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La grotte de Chambre d ‘Amour, signalée par la flèche orange, est balayée par l’océan à marée haute.  (Carte de l’estuaire de l’Adour, J Simonie, 1728)

Et puis plus rien! Plus une seule ligne parlant de la grotte et ce, pendant près de 56 ans. Mais que s’est-il passé?

Sur la carte de J. Simonin, on peut voir que l’embouchure de l’Adour avait atteint un cap extrême vers le sud la plaçant à moins de 2.7 km de la grotte.(57) Il semblerait que les travaux pharaoniques pour ramener l’embouchure à son exutoire initial se soient multipliés à partir de 1694 et tout au long du siècle suivant. La dépense de sommes d’argent colossales pour contribuer au retour du fleuve ont attiré toute l’attention des personnalités de passage. Depuis les quais de la ville de Bayonne, ces derniers se déplaçaient sur le fleuve à l’aide d’une embarcation spéciale jusqu’à la Barre de l’Adour, pour apprécier l’avancée des travaux et le spectacle des navires franchissant les passes. En général, une fois sur place, un grand repas était servi sur la plage dans un pavillon en bois monté pour l’occasion, suivi d’une belle fête! (3) La grotte s’était-elle fait prendre la vedette par la terrifiante Barre de l’Adour, où bien aurait-elle simplement disparu du paysage?

LES PRÉMICES D’UNE LÉGENDE

Au 18 ème siècle, les bains de mer sur la côte basque se développent grâce à l’attrait des bayonnais pour la thalassothérapie. Cette mode, encouragée par les médecins dès 1750, aurait des effets bénéfiques pour la santé.(52) La Chambre d’Amour, plage la plus proche de Bayonne, devient la plage de référence face à un Biarritz qui n’est encore qu’un petit port de pêche, d’accès difficile et qui périclite suite à la disparition de la chasse à la baleine (4, page 9). René Cuzacq, célèbre historien local, rappelle dans une de ses publications que « de nombreux récits de ce siècle montrent la venue d’innombrables jeunes baigneurs et baigneuses se plongeant en foule dans les flots de la Chambre d’Amour» (21). De ce fait, la prévalence des accidents par noyades augmente avec cette nouvelle coutume. D’après M. Goyhenetche, en 1772, 8 personnes y périrent malgré la distribution d’un fascicule de premiers secours aux habitants l’année précédente.(30) Dans ce contexte, il est facilement imaginable que la tragédie d’un jeune couple imprudent qui se noie devant où dans la grotte de la Chambre d’Amour, balayée par des fortes houles, comme le précise J. Thore en 1806, ait pu se réaliser. Rappelez-vous, plus proche de nous, le cas de ce drame survenu au cap St Martin durant l’hiver 2014. Un couple de trentenaires, s’étant trop approché de la falaise durant une tempête, se fit emporter par une vague massive devant l’entrée de la grotte du phare…  Ainsi, il n’est pas difficile d’imaginer qu’une légende s’appuyant sur un incident similaire et défrayant la chronique locale, ait émergé du quartier. (6, page 54) D’ailleurs, deux auteurs du début du 19 ème, qui feront des recherches sur cet événement tragique, situeront l’accident vers la fin du 17 ème siècle.(9 et 34)

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Saubade et Laurens en plein échange romantique dans un coin de la caverne de la Chambre d’Amour.

C’est en 1784 que la légende de la grotte fait officiellement son entrée dans l’histoire du pays et devient rapidement un fait littéraire par la plume de François d’Arnaud de Baculard, écrivain sentimental, rival de Voltaire et pourtant illustre inconnu de nos jours! Son oeuvre intitulée: « Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » (5) va directement placer la grotte de la Chambre d’Amour aux premières places du hit-parade des lieux les plus romantiques de France! Ce témoignage exalté, qui attirera la noblesse de passage, livre de précieux détails sur l’aspect physique de cet antre, sur ses fréquentations et son environnement : « Sous le rivage, et presque sous les murs de Bayonne, sont amoncelés un nombre de rochers dont la plupart sont inaccessibles. Au pied de ces rochers, l’assaut répété des vagues et les coups du temps qui frappent et qui minent en silence, ont creusé des cavités très spacieuses, où, lorsque les heures de la marée le permettent vont s’amuser les diverses sociétés de la ville; on y sert d’agréables collations, on y donne des concerts; une de ces espèces de grotte l’emporte sur les autres, pour la situation et les commodités qu’on y trouve: elle a environ dix toises de long, sur trois de haut et huit de large: de ce lieu se dégage le spectacle si imposant et varié de la mer, l’entrée et la sortie des vaisseaux……. Cette retraite, qu’embellit son air sauvage, semble avoir été formée exprès par la nature pour servir d’asile au sage qui médite et à l’amant qui cherche à se remplir de sa passion: il n’appartient en effet qu’a ces deux individus de goutter le charme de la solitude: c’est pour eux que la nuit étend ses voiles épais, que la lune fait vaciller à travers les arbres ou sur les eaux sa lumière mobile et argentée; oui, c’est pour le philosophe et le cœur sensible que les flots mugissent, et vont se briser contre la rive; l’un et l’autre préféreront à un palais la caverne que nous venons de décrire…. » . D’après les détails erronés de la première phrase du texte, le professeur de littérature Emile V. Telle déduit que l’existence du lieu fut certainement colportée aux oreilles d’Arnaud de Baculard à Paris.(4) Mais qu’importe, cette première description est déjà un témoignage sur l’aspect de la caverne. Ses dimensions, après conversion, sont de 19.49 mètres de long x 5.85 mètres de haut et 15.60 mètres de large. D’autres détails intéressants sont cités ce qui nous invite à imaginer l’ambiance des environs. Puis l’auteur nous plonge dans la première version des amoureux de la grotte qui se noient où les protagonistes se nomment Angélique et Henry! Il y précise aussi que le drame est antérieur à 1784 et fixe ainsi la première pierre à l’édifice romantique local. Ensuite, ce sont les nombreuses visites de touristes, animées par la curiosité de cette histoire qui contribueront à la notoriété du lieu et au développement sans fin de nouvelles versions. A suivre…
Prochain épisode: « Des premières visites scientifiques à la venue de Napoléon 1er »

L’équipe SosLa

Bibliographie:

(1) J.F Larguillier et P. Charbonneyre, RR-32374-FR, « Effondrement de l’allée des Arroques, étude géologique et prospection radar » 15 03 1991, BRGM Aquitaine.

(2) Pierre de Lancre « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons... , Paris 1612, p43 et 44.

(3) E. Ducéré, Société des sciences, art et lettres de Bayonne »Entrée solennelle des rois, reines et grands personnages dans la ville de Bayonne. » Chapitre II, le prince de Condé, 1903, p41 et p42.

(4) Emile V. Telle, professeur de lettre à l’Université Catholique d’Amérique, à Washington: « La Chambre d’Amour : les origines littéraires et pittoresques de la fortune de Biarritz » Marrimpouey Jeune, Pau, 1969, Médiathèque de Bayonne.

(5) F. de Baculard d’Arnaud: » Délassement de l’homme sensible ou Anecdotes diverses » Tome V, Neuvième partie, page 224-246.

(6) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent; Annales des Voyages, de la Géographie et de l’histoire Tome VI, 1810: »Sur les grottes de Biarits, près de Bayonne » p54

(9) Etienne de Jouy: « L’Hermite en province » Tome I, 1819.

(13) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007, Edition Atlantica.

(18) Hector Iglesias, professeur de la langue basque, « Onomastique historique de la paroisse labourdine d’Anglet au XVIIIe siècle« Janvier 2000, page 9.

(21) René Cuzacq, « La prestigieuse histoire de la Chambre d’Amour« , S.S.L.A.B, 1974, série N 130.

(24) Camille Pitollet, Bulletin Hispanique « Les débuts du règne de PhillipeV  » 1934.

(25) Le maréchal de Bassompierre, « Mémoire sur l’histoire de sa vie » 1665.

(26) Gabriel François baron de Blaÿ de Gaïx, « Histoire militaire de Bayonne: De la mort d’Henri IV à la Révolution française » 1980.

(29) E. Ducéré, 1908: »Marie-anne de Neubourg à Bayonne 1706-1738 » Archives Médiathèque de Bayonne.

(30) Manex Goyhenetche, « Histoire d’Anglet: des origines à nos jours », Donostia, Elkar, 1997

(32) René Cuzacq, Anglet Mag « Image du passé à la Chambre d’Amour » Médiathèque de Bayonne.

(33) Lassus Alfred, « Petite contribution à l’histoire d’Anglet » n°88, Ekiana 2003

(34) Wilhelm von Ludemann,  » Züge durch die Hochgebirge und Thäler der Pyrenäen im Jahre » 1822.

(37) Pierre Hourmat: »La Chambre d’Amour » Anglet Magasine, 1979, Archives Médiathèque Bayonne.

(52) Dr Ch. Lavielle, « Où faut-il en France, passer l’hiver? Les stations climatiques hivernales« , Paris, 1901.

(54) Paul Raymond « Dictionnaire Topographique du Département des Basses-Pyrénées« , Imprimerie Impériale, 1863.

(57) Mémoire du constructeur de navire Castaings de Bayonne, 1725